‹ Histoire de CharlesChapitre 162 sur 301 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Le Trait^ de Calais.

I. Ouverture des conférences de Calais, Le désaccord sur la question des renonciations. Disjonction de deux articles du traité de Brétigny. Les lettres avec la clause: c'est assavoir; les renonciations pures et simples; le texte primitif et intégral du traité de Brétigny. — II. Conséquences de la disjonction des articles « corrigés ». — III. Les otages; comment ils seront délivrés ou échangés. — IV. La paix est jurée solennellement par les deux rois. Réserves et protestations d'Edouard III. Autres serments prévus par le traité. — V. Paix particulière de Jean II avec le roi de Navarre. L'amnistie. Le cas de Robert le Coq. — Vl. Traité d'alliance et d'amitié entre les rois de France et d'Angleterre. — VII. Fin de la captivité de Jean II. Le départ de Calais ; Boulogne, les nouvelles confirmations du traité de paix, les lettres de non-préjudice. Itinéraire du roi de France : Saint-Omer,Hesdin, Saint-Denis; entrevue avec le roi de Navarre, les promesses de Charles le Mauvais. Le retour à Paris.

I. — Les cinq mois qui s'écoulèrent entre la paix de Brétigny et la venue d'Edouard III à Calais furent pour le régent, comme pour son Conseil, une période d'activité fiévreuse et de soucis constants. Un traité avait bien été conclu, mais dont le caractère provisoire était mis en évidence par ce fait, qu'en le ratifiant le prince de Galles continuait à se qualifier : a fils au noble roi de France et d'Angleterre » K L'accord, si heureusement intervenu, restait subordonné à des conditions pour l'accomplissement desquelles il n'avait été accordé qu'un laps de temps limité. Leur inexécution, ou un simple retard, risquait de remettre en question l'œuvre entière des négociateurs. Qu'au bout de quatre mois, Jean II eût été reconduit de Calais en Angleterre, il n'en

I. Gr. Chron., VI, 175 : « Edouart, filz au noble roy de France et d'Angleterre, prince de Gales, duc de Cornouaillc et conte de Ccstre. A tous ceulz qui ces présentes letres verront salut » (Louviers, i5 mai i3lJo). — Ch. Pctit-Uutaillis et Paul Collier, La diplomatie française et le traité de Brétigny, p. 8. Caractère provisoire du traité du & mai.

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serait pas seulement résulté, comme il l'écrivait, un grand déshonneur pour ses sujets et pour lui, mais aussi une nouvelle rupture, dont les conséquences eussent été désastreuses. C est ce que le dauphin devait redouter par-dessus tout, et jusqu'au dernier moment il put se demander si la délivrance de son père ne serait pas empêchée par l'impossibiUté de satisfaire aux exigences d'Edouard lll.

Mille causes entravaient ou ralentissaierit l'envoi des fonds nécessaires à la rançon; des résistances locales ne perniettaient pas que la remise de la Rochelle aux Anglais eût lieu dans le délai convenu ; enfin, les otages désignés pour se rendre à Calais montraient beaucoup de mauvais vouloir, différant leur départ ou même refusant d'obéir*. Toutes les difficultés s'aplanirent cependant, et d'autant mieux que le roi d'Angleterre consentit à faire certaines concessions indispensables.

A quelle époque s'ouvrirent les conférences qui devaient se clore le 'i[\ octobre par un dernier échange de promesses et de serments? D'après Froissart, le prince de Galles, le duc de Lancastre, le comte de Warwick et plusieurs autres conseillers, d'Edouard III auraient accompagné Jean II jusque sur le continent ; puis, voyant que nul ne se présentait de la part du régent, ni pour reprendre les négociations, ni pour payer la rançon du Roi, ils seraient retournés en Angleterre. Ce double voyage est purement imaginaire. On sait de façon positive que Jean II se sépara du prince de Galles à Douvres '^, et qu'il vint à

1. Froissart, VI, 26 : « ... car li aucun hault baron de France, qui esleu et nommé estoient pour estre ostagiier et entrer en Engleterrc, refusoient et ne vo loienl venir avant et en faisoient granl dangier ».

Lettre de Jean au comte d'Armagnac ,2/» juin i3Go), où il lui demande d'user de son influence sur le comte de Poitiers pour que celui-ci arrive à Calais dans le délai convenu : « Nous escripvons à Jehan nostre fils et li mandons ainsi comme autrefois avons fait que il soit devers nous, à Calais, aus trois sepmaines de cette prochaine Saint-Jehan, car nous y entendons estre dedens douse jours au plus lart. Si vous prions très acertes que vous induisiés Jehan qu'il ne nous faille mie que il n'i soit aus dites trois semaines ou le plus tost après que il pourra et que sur ce gart son honneur et le nostre et nous scavons bien qu'il vous en croira, et de ce et d'autres choses... [Si] ne tendra que à nos hostages baillicr et à paier la somme que payer devons avant de partir de Calais et que nous ne puissions tanlost nous en aler [délivré à plain] de toute prison. Et sur ce escripvons à Jehan moult asprement etc. » (Bibl. nal., Doat, nj3, fol. 47-48).

2. Lettre de Jean 11 aux gens des Comptes (Cantorbéry, 5 juillet i36o) : « ... scavoir vous faisons que après nostre départ de Londres... nostre nepveu le prince [de Galles] nous a tenu compagnie, et tendra jusques à Douvres... » (Bibl. de la ville de Uouen, Coll. Menant, Extraits de la Chambre des Comptes, t. I, fol. 97"'-()8, d'après le Mémorial I), fol. G". — Bibl. nul., Decamps, \LVI, fol. 437-437".

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