Voy. Chérest, p. i5a, n. 4- Er. Petit, p. 374, n
«< Charles, duc de Normandie, devait lui-même accompagner le Roi », écrit M.Er. Petit. Je ne sais, mais ii est certain qu'il ne l'a pas accompagné. Pendant la durée de l'absence de Jean II, on a de nombreux actes du dauphin, tous datés de Paris ou, ce qui est plus significatif, de l'hôtel Saint-Pol.
292 Î.E DAUPHIN A l'hôtel SAINT- POL
L'occasion est donc favorable pour faire un retour sur la vie privée du prince et compléter ce qui en a été dit à propos de ses acquisitions à Sainl-Pol, en examinant sur quel pied il avait établi sa Maison, ou, pour parler le langage du xiv^ siècle, comment il avait a ordonné son Hôtel ». Un document très explicite nous renseigne à cet égard : l'or- -donnance rendue à Mclun le 28 novembre i36o, et publiée à Saint- Pol le 28 du même mois *. Le personnel des divers services est réduit dans une notable mesure, comnie cela était inévitable et nécessaire après le retour du Roi ^. Un semblable règlement ne se résume pas ; il ne saurait pas davantage être cité intégralement. Je me bornerai donc à en extraire quelques indications intéressantes, à mentionner les principaux officiers du dauphin.
Parmi ceux-ci, le plus qualifié est le « grand maître » ou « souverain maître » de l'Hôtel. En i36o, et depuis un an au moins, ce titre est porté par un chevalier de grande notoriété, Pierre de VilHers, qui ne fut pas étranger à la fortune de du Guesclin et devait garder tout son ' crédit sous le règne de Charles V -^ Par une pente naturelle, un grand maître « hors ordonnance » est déjà prévu ; ce qui est gros de conséquences, car un personnage aussi important ne va pas seul ; il lui, faut des écuyers, des valets, payés, nourris, — eux et leurs chevaux, - et défrayés de tout par le dauphin *.
I. Bibl. nal., Clairambault, DCCCXXXIIT, p. 1178 et suiv. — Copie. — « Ordonnance del'hostel de Monseigneur Charles, dauphin de Viennois, duc de Normandie. — C'est l'ordonnance de l'hostel Monseigneur le duc de Normandie, dauphin de Viennois, faite par luy en son conseil ou quel estoient Mons. Pierre de Villiers, chevalier et grand maistre de son hostel, Mons. Pierre Payen, Mons. Nicolas Braque, M* Bertrand du Clos, Sire Amaury Braque, Mons. Philippe Duisy et les chiefs des six offices de l'hostel, le lundy 28 novembre l'an mil trois cens soixante, à Meleun, et fu publiée en l'hostel mon dit seigneur lez Saint-Pol près les Barrez, à Paris, samedy a8 du dit mois l'an dessus dit. »
a. Voy. à titre de comparaison, l'organisation de l'Hôtel du régent à la date du 28 nov. 1359 {Ord. des rois de France, 111, 391-392).
3. Ord. du 28 nov. i359 :-« Magistri Hospicii. — Dora. P. de Villers, major. « — Bibl. nat., P. O. 3o2i, d. OG.SiG, Viixiers, n» 4 (22 nov. 1359) : « Pierre de Villers, chevalier le Roy et souverain maislre de l'ostel Mons. le Régent, capitaine de Mcleun et d'aucunes parties de Gastinoys... »
On le retrouve jusqu'en 1870 avec le même litre de « souverain maistre de l'hostel du Roy » (Dossier précité).
4. <« Le grand-maître d'hostel hors ordonnance aura deux escuyers et ni varlets mangeans en salle, foin et avoine pour vi chevaux, chandelle el vin de concilier • (P- H79)-
l'hôtel nr daupiii>- aq3
Le nombre des ci maîtres d'Ilùtel » est ramené de quatre ou cinq à un seulement '. Il n'y aura plus^que trois cliambellans au lieu de cinq ou six : Adam de Melun, Jean cl Bureau de la Rivière. A cote deux, je note un (jualrièmc chambellan u hors ordonnance »>, Pierre dOmont, (' en autel estai comme ses compa^mons », c'est-à-dire qu'il a droit à deux écuyers, Irois « varlels » et à la nourriture de six chevaux *. Il eut élc diflicilc de l'exclure, car il était Inn des plus anciens ^. Très vile, d'ailleurs, le cadre dos chambellans lut augmenté ou complété ; de nouveau on en compta de cinq à six ^, à peu près comme précédemment^. Pour les trois titulaires nouveaux, rilôtel dut entretenir quinze écuyers ou valets de plus et dix huit chevaux ^ Tous les emplois donneraient lieu aux mêmes constatations".
Le ser\ice religieux est assuré par un aumônier ^, un sous-aumônier^ et plusieurs chapelains *o Tous ces ecclésiastiques ont un personnel subalterne sous leurs ordres.
L'ordonnance donne les noms de sept secrétaires, dont il sembh que deux seulement, — quatre au plus, — soient de service chaqut
I. Mcssirc Robert d'AngeraPM maître d'hùlel, « aura i escuyer et il varlets mengeans en salle, foin et avoine pour un chevaux, chandelle cl vin de coucher »», (Clairainbault, Lbi supra).
L'ordonnance du 28 nov. iSôfj compte /i maîtres d'hôtel titulaires et un cinquième «extra onlinalionem ».
3 Ibid., p. 1 178. Je ne parle pas d'autres profits accessoires, communs au chambellan et à l>caucoup d'autres officiers de l'Hôtel : « chandelles et vin de couchier ».
3. Il fait «léjà fonction de chambellan, le a juillet 1 355, avec Adam de Melun et Jean des Essars (BibI rial., Clairainbault, CL\\\ III, Mklun, n* 56.)
4. ihi supra, p. 1188 : « Ce sont les gens de l'hostel Monseigneur estans présentement à court, outre l'ordenance qui fut faite en son conKeil à Melun l'an mccci.x, et les che\aux à foin et avoine.
Il fut ordené que Monseigneur auroil m chambellans continuellement et auroit chai un v personnes mcn^cans en salle et vi chevaux à foin et avoinne, et ils sont raainlrnanl v ou >i ; ainsi sont ni «Je crciie. xv personnes et xviii chevaux, et mcngent on chambre, et pluseurs snrvenans avec eulz. »
5. Le -.7 mai i3Go, il y a au moins 5 rhambelians en exercice : le sire de Vînay (Aiiiard de la Tour), Jean de (îroice, Artaut de Beausemblant, Jacques et Pépin des Kssar» (BibI. nat., Kr. ao.'jiS, n" y).
II, Vo\ . n. 'i.
7. Toute* les crues sont indiquées, pour chaque emploi, daos le mémoire visé à la note 6
8. Op. cti . ji. I i-ij. L'aumônier aura un écuyer et un varlel, foin et avoine pour 3 che\au\, chandelle et >in découcher.
(j. Le sous aumônier csil de ser\ice quand l'aumônier est « hors de cours ». 10, Deux au moins ; leur nombre n'est pas iiidir]iié.
394 LE DAUPHIN A l'hÔTEL SAINT POL
iour et par conséquent payés régulièrement *. En fait, cinq ou six sont employés d'une façon constante 2. Le règlement ne dit rien des deux chanceliers, — de Dauphiné et de Normandie, — non compris dans l'organisation de l'Hôtel. Y rentrent, au contraire, le « physicien », le chirurgien 3, le maître et le contrôleur de la Chambre aux deniers*. Toutes les dépenses de l'Hôtel sont payées par la Chambre aux deniers, dont la caisse est alimentée à l'aide de versements faits par les trésoriers du prince ^. Les trésoriers ne sont point portés sur l'ordonnance. Après les deux comptables de la Chambre aux deniers vient « le valet tranchant », homme de confiance évidemment d'après la place qu'il occupe, mais qu'on se fût plutôt attendu à voir rattaché à l'un des six grands « offices ».
D'après une répartition des services, traditionnelle au moyen-âge, on distingue, en effet, six offices : la Panelerie, VEchansonnerie, la Cuisine, la Fruiterie, l'Ecurie, la Fourrière ^. La Panelerie occupe huit personnes, mais comme le pain consommé dans l'Hôtel est acheté au dehors, le service de la panelerie a été étendu à des objets qui lui étaient originairement étrangers 7.
V Echansonnerie se renferme mieux dans sa spécialité. Il .fa y t six personnes pour assurer ce service. Un même clerc fait les écritures de la paneterie et de l'échansonncrie ^. La Cuiaine est un office très im-
I. Glairambault, (/6t supra, p. 1179-1180. 3. lbid'.,p. 1189.