CHAPITRE VIII
Les dernières années du règne de Jean II.
I. Les maladies <ie Charles V. La légende de l'empoisonnement. L'abcès et la tistule. L'amélioration de la santé du dauphin. Les pèlerinages : Notre- Dame de Boulogne. — IL Les Etats de Normandie. Rachat de forteresses occupées par les Anglais. Retour du dauphin à Paris. — IIL Le roi Jean se dispose à partir pour Avignon ; motifs vrais ou supposés de ce voyage : l'avènement d'un nouveau Pape ; le mariage de Philippe de France avec Jeanne de Naples ; les embarras d'argent. — IV. La Grande Compagnie. Prise du Pont Saint-Esprit. Les routiers en Languedoc et en Auvergne. La bataille de Briguais. Ses conséquences. — V. Départ de Jean 11 pour Avignon. Mort d'Innocent VI ; élection d'Urbain V. Prédication de la Croisade ; Pierre I. roi de Chypre, à Avignon ; Jean 11, capitaine de la Croisade. — VL Le douphin, lieutenant du Roi en l'absence de son père. L'exécution du traité de Brétigny. La rançon du Roi ; comment et dans quelle mesure elle a été payée; les aides pour la délivrance. La remise des terres cédées aux Anglais ; mission de Chandos. Les renonciations ; le traité des « fleurs de lys ». Pourquoi les renonciations ne se lirent pas. La politique personnelle du dauphin. — VU. Le retour de Jean !I. Philippe de France, lieutenant du Roi eh Bourgogne. Le dauphin aux Etats de Normandie. Le duc d'.\njou s'évade de Calais. — VllL Les Etats d'Amiens ; aides pour la provision et la défense du royaume. Jean II retourne en Angleterre. — IX. Lieutenance du dauphin. La guerre en Normandie ; du Guesclin et Philippe de Navarre ; la trêve de Bretagne ; défi de Guillaume de Felton. Mort de Philippe de Navarre ; Charles le Mauvais et la succession de Bourgogne, ses intrigues en Normandie. Jean Jouel au donjon de Rolleboise. Le dauphin se décide à prévenir le roi de Navarre et engage les hostilités sans déclaration de guerre préalable. Surprise de Mantes et de Meulan. —X. La mort du roi Jean ; l'avènement de Charles V. Le futur roi.
I. — Charles V, éniiniéranl, au début de son règne, dans un acte public, les motifs qui lui inspiraient, pour l'hôtel Sainl-Pol, u amour, plaisance et singulière affection d, nomme tout d'abord cette résidence un (« hôtel solennel et de grands ébattements », où, dit-il, « nous
tlistoire da Charles V. — U. SO
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avons eu plusieurs plaisirs ». Mais d'autres raisons, plus sérieuses, et qu'il indique clairement, l'attachaient dès lors à Saint- Pol. « Nous y avons, ajoute le Roi, acquis et recouvré la santé de plusieurs grandes maladies, que nous avons eues et souffertes en notre temps * ». Qu'entendait-il par là, et que peut-on savoir de ces accidents graves, répétés, dont il se ressentit pendant tout le reste de son existence ? Rappelons-nous ici ce qui a été dit précédemment, à propos des négociations de Brétigny, auxquelles le régent ne put assister en personne, parce qu'il était « malade d'un apostème », c'est-à-dire d'un abcès 2.
Un des crimes les plus odieux imputés à Charles le Mauvais, et, semble-t-il, sans fondement, est d'avoir voulu faire périr le dauphin, à une époque et dans des circonstances qui n'ont jamais été bien déterminées. La tentative d'empoisonnement aurait échoué, mais non sans produire de terribles ravages. C'est à cette cause, en effet, qu'il faudrait rattacher l'une au moins des maladies, qui ébranlèrent si profondément la constitution de Charles V 3.
Voici le passage de Froissart, devenu classique, sur lequel se fonde la légende de l'empoisonnement*, mais qu'il est possible d'interpréter comme l'a fait A. Brachet, d'une façon plus simple et plus rationnelle^. « En ce temps, ^ prit une maladie au roi de France, dont lui principalement et tous ceux qui l'aimaient furent moult ébahis et déconfortés, car on n'y voyait point de retour, ni de remède, qu'il ne lui convînt dedans brefs jours passer outre et mourir. Et bien en avait-il lui-même la connaissance ; f^f f»nssî l'avaient ses chirurgiens et ses médecins, je
1. Arch. nat., J. i5/i, n' 5 (Paris, Hôtel Saint-Pol, juillet i364) — Texte dans F. Bournon, op. cit., p. 65-66.