‹ Histoire de CharlesChapitre 206 sur 301 · r,r. Chr., VI, 8-; 83 (2/4 janv. i · texte numérisé non relu

r,r. Chr., VI, 8-; 83 (2/4 janv. i

'(. Entre le 5 août et le a septembre. — A. Bourgoise fut trésorier de France sous le règne de (Charles V (Bibl. nat., P. O. 570, d. lo./j/jG, Bourcjoise).

5. Cette divergence se remarque au temps du duc Jean. Le compte de Pierre Anzeré ou .Anzeray (7 niars-i" nbv. i3'i8) nomme cinq receveurs généraux en exercice (Bibl. nat., Fr. G738). Les comptes de Mcolas Braque (i3/iy-i35o) ne mentionnent, au contraire, que les vicomtes (Arch. nat., KK. 7). l'eut-èlre l'institution de receveurs généraux fut-elle exceptionnelle.

G. A. Coville, Les Etats de Normandie, 219-227.

7. Voy. surtout Bibl. nat., Fr. 2G.001, 2G.002, aG oo3 et suiv.

LES REVENIS HT DAIPHIN JQ^

se rapportent, rinlerprélalion de ces comptes est délicate et incertaine '. D'ailleurs, une partie seulement de la recette des vicomtes arrivait juscjuaux mains du trésorier qui, à son tour, ne reversait pas à la Chambre aux deniers tout ce qu'il avait touché. Comme les vicomtes, il lui fallait acquitter les mandements ou mandats de paiement, émanés de la chancellerie ducale, et qui escomptaient toujours largement les disponibilités.

Les aides octroyées par les trois ordres de la province ont une alTectation spéciale et, en principe, servent uniquement à payer les dépenses de guerre ou le rachat des lieux forts occupés par les Anglo- Navarrais. 11 n'est pourtant pas sans exemple que les fonds du subside soient employés à un autre objet, en dons et en gratiticalions, comme les recettes ordinaires. Le 17 juin 1857, 2.000 deniers d'or à l'écu sont prélevés sur les aides de Normandie pour être envoyés à Jean II, le captif besoigneux, constamment à, court d'argent 2. Sans établir au-

I. La recette totale de P. Anzeray, pour un peu moins de 8 mois, est de 8'i.Gi5 livres 5 sous a d. etc , mais les « recettes ordinaires » n'entrent dans ce total que pour n.497 '*^- ^ sous 3 d. etc. ; le surplus provient d'un subside octroyé par les gens du pays, le clergé compris. Sur les 84 61 5 livres etc. le trésorier a payé : i° à Monseigneur le duc pour metlre en ses coffres » : 5.440 liv. 2 sous 6 d. t. ; 2° " à maistre Guill. du Pin, maislre de la Chambre de Mons, le duc », 14.7G0 liv. 17 sous 6 d. t. ; 3" au même, pour mettre dans les coffres du duc : 345 1. t. ; 4° au maître de l'écurie du duc : 3.220 1. t. ; 5° au maître de ses garnisons : 881 1. 5 s t. ; G° à l'argentier du duc : 075 1. t. ; 7° à son pelletier : 11 35 1. ; 8° à son tailleur : G78 1. II s. 3 d. t.

Le duc a donc reçu, soit directement, soit par les mains du maître de sa Chambre aux deniers, soit pour les dépenses de divers services de son Hôtel, la somme de 36.746 livres 16 sous 3 deniers, beaucoup plus du double du montant des recettes ordinaires. Le compte est fait pour huit mois à peu près, de sorte cju'à supposer qu'im pareil calcul ne fût pas très aventuré, il faudrait tabler pour l'année entière sur un chiffre global de 33 à 34 000 livres tournois (Bibl. nat., Fr. 6738).

Trois comptes de Nicolas Braque (2&janv.-i" nov. i34o 5 '" "^^'- '^^0 ^^ avril i35o ; 26 avril i35o-32 août i35o) donnent des chiffres beaucoup plus élevés, soit pour le montant de la « recette commune » annuelle (de 3t à 33.oao livres 01 moyenne), soit pour le total des allocations faites à l'Hôtel du duc (Arch. nat., KK. 7). Mais il faut observer : 1° que « le xxvi' jour d'avril CCCL. . la monnoic déchet de moitié » ; 2' que le voyage de Lyon et la cession du Dauphirié furent l'occasion de grandes dépenses pour l'Hôtel du duc Jean (i34y).

3. Bibl. nat., Fr. io.4o3, n" 24 (Gisors, 17 juin 1857) Lettres du duc de Normandie : f Nous faisons assavoir nouz avoir eu et rcccu de Jehan le Vilain et Eude Climent, receveurs generalz des aides octroiécs en Normendie et loulc la province de Rouen, par mandement de noz amez les generalz esleuz sur le fait des dites aides, la somme de deux mille deniers d'or au mouton pour envoier devers nostre dit seigneur et père en Engleterre, par l'ordenance de nous cl de nostre conseil etc. •

300 LE DAUPHIN A l'hÔTEL SAINT-POL

cune corrélation entre les deux faits, on peut noter ici que, le 17 février i36i, le roi de France fit don à son fils aîné de la moitié des aides perçues pour la rançon, dans son duché de Normandie et dans ses terres de Brie, de Câlinais et de Champagne '. A coup sûr, le cadeau était royal, mais iLcaraclérise bien aussi l'imprévoyance et le manque de mesure du donateur. \vec de tels agissements, il n'est point étonnant que la rançon de Jean 11 n'ait jamais été payée.

Pour une autre province, le Dauphiné, les évaluations des recettes sembleraient, au premier abord, plus faciles et plus sûres. En effet, Philippe Gilier fut nommé trésorier de Dauphiné le 19 décembre i355^^; il resta en fonction jusqu'en i36o,et tous les comptes qu'il a rendus pendant ce laps de temps ont été conservés ^. Ils sont suffisamment détaillés, clairs et, au moins en apparence, correctement établis. Suffit-il donc, pour être renseigné sur ce que nous voudrions savoir, d'en extraire quelques chiffres ? On verra bientôt pourquoi cette façon de procéder ne donnerait que des résultats illusoires. Notons, en passant, qu'en Dauphiné comme en Normandie la majeure partie des recettes est absorbée par les dépenses locales. Restent toujours les envois directs faits au dauphin et à la dauphiné, et qui s'élèvent parfois à des sommes importantes. Prenons pour exemple l'année iSôg. D'après les allégations de son compte, Philippe Gilier aurait payé au dauphin, sur sa recette : 200 moutons d'or, le i3 février; 1 13 moutons le 18 février, et 200, le 27 mai ; 6.000 florins de petit poids, le 4 novembre ; 200 florins de bon poids, le 16 novembre ; 10.000 royaux d'or encore le 16 novembre et 200 moutons d'or, le lendemain ; enfin 900 florins de petit poids, le 32 novembre. Le mélange d'espèces monétai-

I. Bibl. nat., Fr. a5.7oo, n« ia5 (17 février i3Gi). Mandement aux généraux trésoriers, commis et députés sur le fait des aides pour la rançon : « Ordonné avons que nostre très cliicr et ainsné (ilz le duc de ^'ormendie et dauphin de Viennois ait et prengne pour la paie et délivrance de la despecisc de svjm lioslel cl de ses autres neccessitez la moitié des dites aydes par tout son dit duchié de Normcndic et ses terres de Meleun, de Hrie, de Gastinois et de Champaigne. » — Cf. Bibl. nat., P. O. .'470, d. 10./1/16, Boi RGOisE, n°* !t et 5 (26 avril iSOa-i" mars i303) : « ... à cause de la moitié des diz aydes (pour la rançon) à lui appartenant (au duc de Normandie) par don du Roy nostre sire... »

3. Arch. de l'Isère. Série B. i" compte de Ph. Gilier, fol. 03-():j". — Copie des lettres de provision.

3. Arch. de l'Isère. Série B. 11 y a trois comptes en tout, qui vont le premier du if) déc. i355 au i" nov. 1357, le second du 1" nov. 1367 au 4 sept. iSôy.lc troisième du '1 sept. i35(j au i.'i juillet i3Gu.

iMin.ii'PF. r.iMFit 3oi

rcs de difTérents types paraît compli(iucr le problème. Elle est lu'gligeable dans l'espèce, et il suffit dv. iKiler rimporlancc cxceplioniu'lle de deux versements : celui de (>.ooo llorins. de |)etil poids, et celui de lo.ooo royaux. Or, quand quelques années |>lus tard, — après l'avènement de Charles V, — la Chambre des Comptes de Paris fut appelée à vérifier la comptabilité de Gilier, il arriva que la réalité de ces deux versements lui parut fort douteuse, que les chilTres inscrits de cechefau compte furent contestés et finalement rejetés ^ llest évident que cette rectification modifie absolument le total des sommes encaissées par le dauphin pendant l'année iSjg. On ne peut donc plus utiliser qu'avec une extrême réserve les états financiers d'un comptable aussi peu exact ou aussi peu délicat.

VllI. — Qu'était-ce que ce Philippe Gilier? Ln curieux personnage, singulièrement habile et tenace, (|ui sut se pousser et parvenir là où bien d'autres auraient échoué -.

Dans les dernières années du règne de Philippe de Valois, il tenait une hôtellerie, ou pour mieux dire une modeste auberge, à Lussac-les- Chateaux, en Poitou. Les événements militaires, qui se déroulèrent en Languedoc et en Guyenne de i345 à i346, le tirèrent d'une condition assez précaire. Il avait quelques chevaux à lui, ou simplement Ihabilude de faire des charrois; il s'improvisa enirepreneur de transports et munitionnaire pour le compte de l'armée française. Le duc de Normandie agréa ses services, le prit comme « maistre de ses garnisons de blé, de foin et d'avoine », et l'employa notamment au siège d'Aiguil-

I. Arch. de l'Isère. — Deuxirme compte de Gilier, a' registre, fol. 3o. Les chiffres Vl^ Jî. petit poids el X" royaux d'or ont été soulignés et on lit en marge : « Radielur quia dominus Rex dixit se non récépissé nec docct (Ph. Gilier) quibus iradidit, nec dixit in prcsencia quorum et quia non recipiuntur in dicto Dalphinatu nisi floreniparvi vel grossi ponderis, non docet nec ostendit a quibus recepil, nec nomiaat campsores cuni quibus cambiavit (lorenos dicti Dalphinalus ad dictos régales, nec ostendit papirum suam originalem de roceptis cl expcnsis per ipsum faclis de lempore (\\io fuit thesaurarius ibi, (juamvis et non obstante cpiod de dictis summi» liabeat et habuerit lilteras recognilionis dicti domini régis et quanivis rex bene recolal tradidisse lilteras suas eidcm Pliilippode dictis suminis el quod nunquam recepit denarios. »>

■2. On tro'i\era la jiislincation de tout ce qui suit dans les documents réunis et publiés par M. ]\ (Juérin au l. XN II des Arch. hislor. de Poitou, p. i<')5 et suiv., 335 etsuiv.,3/|i et suiv (n" cc<;xcvi, ccccxliii et ccccxlv.) Joigncz-y Bibl. nal.F. O., i3a4, d. 2g.c)ùl^, Gw.iEK, n" 17.

302 LE DAUPHIN A l/lIOTEL SAINT-POL

Ion. Pour un homme intelligent et actif, pour un paysan rusé et sans scrupules, il y avait là matière à de beaux bénéfices. La prodigieuse fortune des frères Paris, au xviii* siècle, n'eut point d'autres causes. Pour faire fructifier- ses premières économies, Gilier s'avisa de prendre à ferme une prévôté royale : celle de Montmorillon. L'inspiration fut plutôt fâcheuse ; il éprouva des pertes, et, à l'expiration de son bail, il devait au Roi une somme d'environ 5oo livres. Son crédit n'en fut pas alleint : l'avènement de Jean lui valut un regain de faveur, une situation à la fois plus élevée et plus lucrative.

Vers i35o, il fut fait receveur du Roi u en Poitou, Limousin et es terre de Belleville ». En quatre ans, il commit tous les abus de pouvoir, toutes les malversations imaginables, s'enrichissant assez pour se mettre désormais à l'abri d'un retour de fortune. La Chambre des Comptes ne pouvait laisser de tels excès impunis. Des poursuites furent commencées contre Gilier en i354 ; et l'enquête ne releva pas moins de soixante-quinze chefs d'accusation, tous très graves ; mais le coupable obtint facilement des lettres de grâce en payant, à titre de composition pécuniaire, une grosse amende, — 600 deniers d'or à l'écu, — et en faisant quelques restitutions qui s'imposaient. C était s'en tirer à bon marché. Toutefois Gilier pouvait difficilement poursuivre sa carrière administrative dans son pays d'origine. Le 19 décembre i355, il était fait par le dauphin trésorier de Dauphiné. Il resta en fonction pendant un peu plus de quatre ans, rendu plus circonspect, mais non plus honnête, par sa mésaventure de i354. En i36o, son rôle grandit encore ; il fut, au moins momentanément, trésorier de France, et, après le retour de Jean II, le dauphin lui prodigua les marques d'une confiance assez mal placée. Il le nomma châtelain et garde du château de Melun, le chargea de divers travaux à exécuter dans ses résidences, notamment à Saint-Pol *. Dans ces emplois successifs,

I. Op. eiloc. cit. Lettres de rémission dejanv. 13G7 : « ...Comme Philippe Gilier eust et ait esté par long temps en pluseurs offices de nous et de noz predecesseuri, c'est assavoir en la recepte de Poitou, Limosin et Belleville, maistre des garnison» de nostre très chicr seigneur et père, ou temps qu'il estoit duc de Normandie, lre« sorier de Mascon, maistre despors et des passaiges de nostre royaume et en pluseurs autres estaz, entre Icsquelx il fu trésorier de nostre Dalphiné, et depuis treforier de Franco, chastelcin et garde de nostre chastel de Melun, et commis et députez à faire les ouvraiges, reparacions et édifices, qui ont esté fais de son temps en ycellui, et aussi à faire la bastide assise devant Marroles, et si s'entremist des euvres de nostre tour du boys de Vincennes, et aussi de certaines euvres qu'il fisl faire en Doetre hoslel de Salnl-Pol... »

PHILIPPE GIUER 3o3

Philippe (jilier ne démenlit pas ses origines. Au début du règne de Charles V, il était si compromis qu'il falhil de nouveau amnistier son passé. II obtint quittance des sommes qu'il devait encore et fut absous des malversations, délits et crimes qu'il avait pu commettre, en payant au Roi une amende de ^.ooo florins *.

Déjà une luiiison. qu'il avait à Monlreuil-sous-Hois. avait été saisie et donnée par (Charles V à un de ses filleuls, Charles Boistel ^.

L'existence de Philippe Gilier se proloFigea longtemps encore, mais sa vie publique prit hn par cet arrangement qui, tout en confinant à la disgrâce, né nuisit en rien à la carrière de son fils •^. Chambellan du duc de Berry, Denys Gilier fut comblé par un prince, qui ne se montrait pas difficile sur le choix de ses favoris. 11 obtint finalement des lettres d'anoblissement, ce qui permit à l'héritier du petit aubergiste poitevin de faire souche de gentilshommes.

Philippe Gilier appartient au règne tle Jean II beaucoup plus qu'a celui de Charles V. 11 est du nombre de ces parvenus, honnis et jalousés, contre lesquels s'acharnaient la colère populaire et les rancunes bourgeoises. Le dauphin les avait vus à l'œuvre ; il eut même à s'en servir, et longtemps il les couvrit de sa protection, par point d'honneur, ou parce qu'il les croyait nécessaires. Au fond, ils étaient jugés. Lorsqu'il fut roi à son tour, il sut choisir de meilleurs serviteurs. On peut ne pas approuver sans réserve les actes de ces nouveaux u Marmousets ». En général, ils furent d'une autre trempe et valurent mieux que les conseillers des deux premiers \ alois.

I. De quelque façon que l'on envisage la question, presque insoluble, de l'évaluation du pouvoir de l'argent, il est certain que /i.ooo llorins sont une très grosse somme

a. Fils de Jean Boistel, échanson du dauphin (Bibl. nat., P. O. 3(jG, d. 87^2. Bois- TBL, n* G ; 6 août i3GG). Peut-être le nsveu d'Aleaume Boistel, l'abbé de Saint- Ber lin à Saint-Omer.

Page 1