LA RANÇON DU ROI DE FRANCE
Roi*. La situation, en elTcl, requérait une conslanlevigilance.pour ne pas provoquer les réclamations d'un vainqueur exigeant. Si l'on veut comprendre quelle lourde lâche incombait au duc de Normandie, et pénétrer la politique de Charles V durant la première partie de son règne, il faut se reporter au lendemain des conférences de Calais. Trois objets principaux ne, cessèrent dès lors d'appeler l'attention du Roi et de ses conseillers : le paiement de la rançon, la remise des terres cédées aux Anglais, la question des renonciations.
i" La Rançon du Roi. — Aux termes du traité de Brétigny, un cinquième de la somme totale, soit 600.000 éciis d'or, devait êtfe payé préalablement à la mise en liberté de Jean II et dans un délai de quatre mois. En dépit des efforts du régent et de son conseil, les deux tiers seulement de ce premier acompte purent être réunis en temps utile. Edouard III "se contenta provisoirement de ces 400.000 écus ; il relâcha son prisonnier, mais en lui faisant promettre d'acquitter les 200.000 écus manquants, par moitié, à Noël de l'année en cours * et à la Chandeleur de l'année suivante (i36i)3. L'engagement fut pris et exactement lenu^. La dette du roi de France se trouvait ainsi ramenée
I. Ordonn. des rois de France, III, p. 60a, d'après le Mémor. D, fol. 63 de la Chambre des Comptes : « ...^oslre lieutenant gênerai en toutes les parties de la langue d'oyl...». Froissart s'est exprimé avec pou d'exactitude sur ce point, en substituant l'expression de régent à celle de lieutenant général, et cependant il importait, en raison des précédents, de ne pas les confondre l'une avec l'autre : « ... et laissa monbigncur Charlc, son ain^nel fil le duch de Normendie, régent et gouvreneur dou royaume de France » [Chron., VI, 78).
3. Arch. nat , J. 63tj, n" i3'" (Calais, ih ocl. i36o). En cas de non-paiement à la fête de Noël desdils 100 000 écus, le plus jeune fils du Roi, Philippe, devait se constituer otage à Calais dans un délai de quinze jours. — Même promesse renouvelée à Boulogne, le 36 octobre m. a. {Ibid.y J. 689, n* iS^'s).
3. Arch. nat., J. ôSg, n" 13 (Calais, 3/1 octobre i36o). En cas de non-paiement des loo.ooo écus à la Chandeleur, Jacques de Bourbon, les comtes de Tancarville et de Sarrcbriick, le sire de Craon, devaient être envoyés comme otages à Calais dans le délai d'un mois.
!i. Arch. nat., J. G4o, n° 3/i. Quittance originale d'Edouard III à Jean II de la somme de 100.000 écus que celui-ci devait payer le 25 déc. i36o : « ... à nostre manoir de Wodcstokc le darrein jour de décembre l'an de grâce mille trois centz sexante et un (lire : i36o; le »t}le suivi par la chancellerie anglaise, dans la présente pièce, est le style de Noël; une nouvelle année était commencée depuis le 26 décembre)...» Somme reçue «par les mains de nostre tresorer de Galays et de noz autres especialx députez à ce... ».
Ibid., J. 6^1, n* 7. Westminster, 1" mars i3Gi. Quittance originale d'Edouard III de « cent mille escutz d'or dount les deux vaillent un noble de la monoie d'Engle-
3a6 FIN DU RÈGNE DE JEA.N II
à a. 400.000 écus, et aurait dii être éteinte en six ans, par annuités égales de 400.000 écus. Mais, à sa mort, Jean II était en retard de plus de deux termes sur trois, et lorsque, sous son successeur, la guerre se ralluma entre la France et l'Angleterre, plus d'une moitié de la rançon demeurait impayée.
Des 400.000 écus exigibles en i36i, rien ne fut payé, cette année-là, et le Roi décéda sans même avoir réussi à parfaire la première annuité qui formait le complément du premier million. Mais des acomptes importants furent versés en 1862, i363 et i364. Le i" mai i362, Edouard III donna quittance à Jean II : 1° de 108.800 écus d'or, reçus du trésorier de France, Nicolas Odde; 2" de 90.000 écus, produit d'un subside octroyé au Pape par le clergé anglais, et qu'Edouard III garda pour lui, en vertu d'un arrangement intervenu entre Innocent VI et le roi de France. Le tout était à valoir sur les 400.000 écus, qui auraient dû être entièrement acquittés avant le i*' novembre c36i *. Furent également portés au compte de la première annuité les 107.000 écus
terre »,que le roi de France était tenu de lui payer à la Chandeleur passée pour cause de sa délivrance, — à lui ou à ses députes spéciaux, « à Bruges ou à noslrq ville de Caleis ». Somme reçue par les mains de u Johan Malewayn et Richard de Eccleshale », députés spéciaux du roi d'Angleterre.
C'est par erreur que S. Luce a «crit : « 300.000 écus complémentaires (du premier terme) furent payés : 100.000 le. 26 décembre, 100.000 le 3i décembre suivant» (Froissart, Chron., VI, xv, i). M. Gosneau a été induit en erreur par cette note. « Le reste des 600.000 écus ne fut versé qu'en décembre » (Les Grands traités de la guerre de Cent ans, p. 67. n. /|).
M. Coville aurait pu se montrer plus affîrmatif (E. Lavisse, Hist. de France, t. IV, Paris, Hachette, 1903, p. 169 : « N'ayant pu payer (Jean II) à Calais, le 3^ octobre i36o, les 600.000 écus du premier ^erme, il avait pris l'engagement de verser 100.000 écus, le a5 décembre, et autant le 2 février i36i : il parait que les versements furent faits au jour dit *).
I. Arch. nal., J. 64i, n» 10 : « Edward etc. Savoir faisons qe le révèrent piere en Dieu, Symondz evesqez de Ely, nostre tresorer, ad eu, compté et resceu, en noun de nous, par les mains de Nicholas Ode, trésorier de nostre très cher et très amé frère le roi de Ffrance, cent et oyt mille et oyt centz escuz d'or, et aussi d'une subside grantée au pape par le clergé «je nostre reaime quatre vintz et dis mille escuz d'or... en deduccJon et rebat de quatre centz mille escuz, les quieulx nostre dit frère nous estoit obligez à paier à la Touz seintz darrein passé à cause, de sa délivrance... » (Londres, 1" mai i36a).
Cf. Rymer, 111, 3* p., p. 647. Voy. aussi sur ce point S. Luce, qui se trompe pour-' tant, en croyant que les 90.000 écus payés par le clergé anglais étaient compris dans la somme de 108.000 écus, alors qu'ils en sont bien distincts (Hist. de B. du Guesclin, 367. n. a).