M. Boudet, op. cit
ROBERT RNOLI.ES S'J
sans conirùlc *. Le sort de l'Auvergncle laissait, à vrai'dirc, fort indilTércnt. L'ascendant du comte d'Armagnac, dont il ne devait pas tarder à épouser la lille. l'attirait de plus en plus vers le midi. Le vrai chef militaire de l'Auvergne, haute et hasse, était « le bon duc » Louis de Bourbon, le beau-frère du régent, auquel Charles avait donné pour lieutenant le d balard de France)), Thomas de la Marche, un aventurier dont la filiation est assez incertaine, mais qui fut, semble-t-il, un véritable homme de guerre^. La défense de la province ne pouvait être remise en de meilleures mains, et elle eut été parfaitement assurée, si des iniluences rivales n'avaient contrarié les plans les plus sages et les mesures les plus opportunes.
Dès la fin d'avril, ou au plus tard au commencement de mai, Thomas de la Marche, voyant venir l'orage, a placé son quartier général à Saint-Pourçain sur la Sioulc •". Cette riche localité, siège d'un atelier monétaire et centre d'un commerce important, était aussi sutTisamment fortifiée et constituait un excellent poste d'observation. Mais il eût fallu à la Marche, pour tirer parti de ces avantages, de l'argent et des troupes. Par apathie ou par méfiance, on ne fit droit à aucune de ses demandes. Cependant le péril était de jour en jour plus imminent. En mai, KnoUes s'empare de Cusset, ville d'abbaye près de Vichy, et bientôt il vient attaquer le bâtard dans Saint-Pouiçain. Ses furieux assauts ne peuvent rien contre la résistance de la place ^*. Il ne s'obstine pas inutilement et continue sa chevauchée, car il sait bien que son adversaire est impuissant à passer de la défensive à l'offensive. Se dirigeant droit au sud, le long de l'Allier, il arrive à Pont-du-Château, à treize kilomètres de Glermont et à quinze de Riom^. Maître de ce point important qui lui ouvre la route du Forez, il devient plus audacieux, lise sépare de son habituel compagnon, Hugues Calveley, et passe dans la vallée de la Loire, avec l'intention, cette fois évidente, de se jeter surle
I. Arch. nal., J. 188», n" 1, 2, 3. — Lctlrcs de Jean II données au Gué de Lonffroi. le 8 juin i35G; —du dauphin; Paris, l'i déc. i357 ; — du roi Jean; Windsor, 8 janvier i358. Cf. ilisl. ymér. du Laïujucdoc, I\, G5y, G75-G7G ; X, ii3/i-n36; M. Boudct, ojf. cil. , p. 129 cl suiv.
3. Marccllin lioudol, ofj. rit. — Pour la lilialiun de Thomas, je me conlenlerai de renvoyer au dernier article paru sur celte question : De l'origine de Thomas de la Marche, par H. Moranvillé {Bibl. de V Ecole des Charles, t. LXVI, 1906, p. 281-386).
3. M. Boudet, 0}i. cit., 108-109 : Si Pourrain ; .\liier; arr' de Gannal, ch-I. de c".
'\. Ihid., p. 110.
5. Pont-du-Châlcau ; Puy-de-Dôme, arr' de Clcrmont-Fcrrand, ch. 1. de c".
Puy et de là sur Avignon '. Pendant ce temps, Calveley, par la vallée de r Allier, atteindra la limite méridionale de l'Auvergne, pour se rabaltre ensuite, par le Rouergue, sur le Languedoc, où Knollesle rejoindra 2. Plan d'une hardiesse téméraire, car, en divisant leurs forces, les Anglais s'exposaient à un désastre sils avaient trouvé devant eux un ennemi avisé et entreprenant. Thomas de la Marche était de taille à leur infliger ce désastre, à ne pas laisser impunie la faute commise. Dans le courant du mois de juin, il se multiplie pour réunir une armée. La Savoie, la Bourgogne, lui fournissent quelques combattants. Les villes d'Auvergne elles-mêmes, tant les conjonctures sont pressantes, s'imposent des sacrifices extraordinaires et lui envoient des secours en hommes et en argent ^.
Au mois de juillet, il est en état de frapper un grand coup, mais c'est précisément alors qu'une influence hostile au bâtard prévaut dans le Conseil du régent^. L'ambition présumée de Thomas de la Marclie, la situation prépondérante qu'il aurait dans l'Auvergne sauvée par ses armes paraissent tout à coup des dangers pires que l'invasion anglaise. Il est brusquement désavoué et réduit à l'impuissance. Pour combattre les Anglais on n'aura pas recours aux bandes aguerries dont il est le chef, mais à une armée féodale, lente à se mobiliser, plus lente à se mouvoir, et mise sous les ordres du jeune dauphin d'Vuvergnc, Béraud 11, qui n'a pas encore gagné ses éperons de chevalier ^.
La première conséquence de ce revirement intempestif est qu'on n'agit point et que l'occasion favorable est définitivement perdue.
Jean VValdbouf et Jacques Wyn, qui couvraient le flanc gauche de Knolles, tout en opérant pour eux-mêmes, n'ont pas pénétré bien avant dans le Beaujolais. Dès le mois de mai ou de juin, Antoine sire deBeaujeu, à la tête de contingents savoisiens, les rejette sur le Forez, où Knolles vient leur prêter main forte ^. Le 19 juillet, le capitaine
I. M. Houdct, op. cU., p. i:!i-ija. — D'après Jean le Bel (II, 28O), il serait arrive •usqu'au Puy, mais rien ne confirme celte assertion, qui a trompe S. Lucc {Du Guesclin, p. '178.)
HuRucs Calveley (Calvcrley) aurait été le frère utérin de Robert Knolles. Voy. son article dans la Mational Biogropliy.