LE TRAITÉ DES FLEURS J)E LYS
Nous verrons bientôt quelle opposition fit échec aux prétentions du roi d'Angleterre, si facilement admises par les princes otages et par le roi de France. Pour en finir avec la question des renonciations, il reste un mot à dire d'une assertion de Jean de Monlreuil, reproduite dans plusieurs compilations manuscrites *. D'après lui, le roi de France était si disposé à exécuter le traité de paix de point en point qu'il aurait envoyé à Bruges des députés chargés de faire les renonciations en son nom. Personne ne s'étanl présente de la part d'Edouard 111, il n'y eut de renonciations ni d'un cùlé, ni de l'autre, puisqu'elles devaient se faire simultanément. Le ressort et la souveraineté restèrent donc au roi de France, mais par la faute et le mauvais vouloir du roi d'Angleterre. Evidemment, Jean de Monlreuil se trompe ou nous trompe ; mais, s'il est de bonne foi, son erreur est peut-être explicable. Dans deux ou trois circonstances au moins, Jean 11 s'est déclaré prêt à faire les renonciations et a donné à Edouard 111 toutes les facilités possibles pour les recevoir en personne ou par procureurs. A-t-il jamais envoyé des députés à Bruges, afin qu'ils s'y rencontrassent avec ceux du roi d'Angleterre? Il est certain que non ; le langage tenu par Charles V ne laisse aucun doute à cet égard. Je ne serais pas éloigné
tcaux, naguères cédés par les princes des fleurs de lys et de s'enquérir de leur valeur.
Ibid., p. Oyg (la mai i 3(J3). De seisina, nomine régis, recipienda, juxta formam Iractatus de obsidibus liberandis. — Edouard Ili à Chandos, William de Felton et Guill. de Sérys, ses commissaires.
Ibid., même date. De inquircndo super valore caslelli de la Roche-sur-Yon.
I. Je ne puis qu'indiquer ce point qui est traite à fond dans l'article de Petit- Dutaillis et Collier, p. 20, n. 2. Le traité de Jean de Montreuil est daté de ifiib. Il est ainsi annoncé : « In hoc parvo traclalu conlincntur occasiones seu colores quibus rex quondam Eduardus Anglic pretendebat haberc jus ad coronam Francie. » Voici le passage visé(Bibl. nat. lat., 10.930, fol. 3i - et non i3) : « Et quamvis rex Francie destinasset. infra lempus prefixum inlcr partes, Brugis nuncios et procuratorcs suos, qui ibidem diulissime permanserunl, preparati Lntegrare et perficere ea que rex Francie de sua parte promiserat, et intcr alia ad rcnunciandum superioriiati terrarum que per dictum traclalum Calesii Anglicis tradcbanlur, quanquam id potencia ordinata fieri non posset cum superiorilas a corona Francie sit prorsus inseparabilis, actamen Anglici non i>erunt, comparucrunt aut miserunt, veluti hec sciuntur ab antiquis viris insignibus Francie et Anglic et istud a duce Eboracensi, principe maximo in Anglia, Icslari faterique audivimus, et ab eodem, allô animo tanquam maie faclum reprobari. » Los mots soulignés ont été omis par M. Pctit-Dutaillis comme inutiles ; on peut cependant y voir l'indication d'un argument contre les renonciations. Voy. dans le même sens : Bibl. nat., Nouv. acquis, fr., 6.2i4, fol. 3i et Brienne, 35, f. 5G".
344 FIN DU RÈG!fE DE JEAN II
de croire, — et c'est la seule interprétation plausible des paroles de Jean de Montrcuil, — que celui-ci a conrimis une confusion et rapporté aux dernières années du règne de Jean II un épisode des conférences, qui s'ouvrirent à Bruges en 1878 *. A un moment donné, le rétablissement de la paix parut assuré et prochain. Charles V faisait de grandes concessions à Edouard III, tout en retenant expressément la souveraineté et le ressort, soit sur les terres que les Anglais occupaient encore de fait, soit sur celles qu'il s'engageait à leur restituer. Les négociateurs anglais ne voulurent ni accepter, ni rejeter les propositions françaises, avant d'en avoir référé à leur maître. Ils quittèrent Bruges le 28 juin, promettant de rapporter une réponse le T' août ou le i5de ce mois au plus lard. Mais le jour même de leur départ, Edouard 111 était mort ; les ambassadeurs ne revinrent pas.
Le dauphin dut être instruit de bonne heure, — peut-être avant le Roi, — des négociations nouées par ses frères, son oncle et son beau-frère. Le péril résultant du nouveau traite était si évident, que tout fut mis en œuvre pour le faire échouer. Est-ce afin d'avoir un conseil autorisé, et, le cas échéant,un appui , que Charles demanda une entrevue à l'Empereur ? La conjecture n'a rien d'improbable. On sait, par un mandement du dauphin, donné le 29 novembre i36^, que vers cette époque le comte de Sarrcbrûck fut envoyé en mission auprès de l'Empereur *. H s'agissait vraisemblablement de convenir avec lui du lieu et de la date d'un rendez-vous. C'est à Mouzon que Charles IV et son neveu se rencontrèrent dans les premiers jours de l'année i363 3. Rien n'a transpiré de l'objet de ce « voyage ^ », déterminé par des motifs graves, et que