Froissart, V, xlv, n
de vivres l'aurait oblige, au bout de peu de jours, de se rendre à discrétion. Vers minuit, son armée sortit de Long, dans le plus grand silence, sans donner réveil au camp franc;ais, où l'on se gardait fort négligemmcnl, et, sous la conduite de Jean de Picquigny, le meilleur guide pour cette région, elle s'achemina vers Péronne '.
Arrivés à Thorigny, petit village ou hameau situé sur un tertre, au milieu de la plaine, à peu près à égale distance de Saint-Quentin et de Péronne, Philippe de Navarre et ses gens durent faire halte à cause de l'épuisement de leurs montures. D'ailleurs, la position était favorable à la défensive. Les Navarrais s'y établirent solidement, en formation de combat, prêts à la bataille. Les Français n'arrivèrent en vue qu'assez lard, harassés également, eux et leurs chevaux. Ils n'osèrent risquer une attaque contre un ennemi aussi bien retranché et commandé par un chef, dont le prestige, au dire d'un chroniqueur, grand admirateur de Philippe de Navarre, aurait égalé la renommée légendaire de Hichard-Cœur-de-Lion -.
La nuit vint sur ces entrefaites, et, à la faveur des ténèbres, les Navarrais répétèrent la manœuvre qui leur avait réussi une première fois. Ils décampèrent sans bruit, mais non sans laisser quelques traînards, par (jui le connétable de France put être utilement renseigné sur les projets de ses adversaires. C.cux-ci, après avoir passé la Somme en face de Bertaucourt"^, longèrent les bois de Bohain '*, pour se rabattre ensuite franchement au sud et gagner, par une dernière marche forcée, l'importante forteresse de Vailly ^, occupée dès le mois de septem- . brc i358 par Ha bigot de Duyy et Bobin l'Kscot^».
Lorstpi'au point du jour les Français s'aperçurent que l'ennemi s'élait de nouveau dérobé, ils renoncèrent à le poursuivre, d'autant plus (piayaut eu vent de l'itinéraire qu'il suivrait, ils avaient avantage à lui couper la retraite, en le devançant sur la route de \ailly. Pour la réussite de ce plan, il fallait franchir la Somme au pont