CHAPITRE II
Jean II en Angleterre . — Les deux traités de Londres,
I. Innocent VI et la bataille de Poitiers. Il interpose de nouveau sa médiation. La trêve de Bordeaux. — II. Le roi Jean en Angleterre. Première entrevue des Icjçals i)onlilicaux et d'Rdouard III ; la conclusion d'un traité de paix est ajournée. Le roi de France à riiôtcl de Savoie. Le château de llerlford ; Isabelle de France et les prisonniers français. Fêtes données par Edouard III. — Ul. Reprise des négociations i)our la paix. Les plénipotentiaires français en Angleterre. Succès de leur mission. Le premier traité de Londres ; le texte en est apporté au régent ; satisfaction du prince et de son Conseil. Comment ce sentiment s'explicpie : 1- premier traité de Londres est le prototype du traité de Brétigny. Les fêtes de Windsor ; le baiser de paix. Espérances trompées ; les causes de la rupture : le premier terme de la rançon n'est pas payé à répo<|ue convenue ; graves sujets de conllit entre Edouard 111 et Innocent VI. — IV. Les eilets de la rupture; la captivité du roi de France est rendue plus étroite ; Edouard III reprend le titre de roi de France. Jean IL efl'rayé par l'expiration imminente de la trêve de Bordeaux, accepte toutes les conditions du roi d'Angleterre. Le second traité de Londres (i/J mars 1359). — V. Une expédition du traité est apportée au régent. Convocation des Etats Généraux du royaume. La séanct; solennelle et publique du 25 mai, au Palais Royal. La réponse des Etats.
L — Jean II était à peine tombeau pouvoirdes Anglais, que des négociations commencjaient pour sa délivrance et pour la conclusion d'un traité de paix. Le pape Innocent VI, auquel la bataille de Poitiers avait porté le coup le plus cruel *, ne s'était point attardé à de vaines
I. lieg. Val., 338, fol. 309^° (i" octobre i350). Le Pape au dauphin : a Audita nupcr casus iiovilalo siiii«;lri carissimi in Christo lilli noslri Joliannis, rogis Francic illustris, geniloiis lui qui novitcr, periniltenle Dco, exigentibiis peccatis, omersil, tanta fuirnus doloris acerbitate resprrsi, lanta mcslilia mentem nostram et queque inlima ocrufiavit, quanlam vix possel exprimere calonius, vix fmmana posset Ungua enarmre vie. ».
Ihid., fol. -lao (mémo dalo). Aux cardinaux do IVrigonl et Ca[)orci : <( Tanla nos tue, fraler epistof)e, litière aniariludiuc replexerunl, lauKiuc xelicnicnli^ tlolorib
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doléances. Fidèle aux idées de toute sa vie, il s'interposait une fois de plus entre les deux adversaires, prenant en main la cause du vaincu et préchant la modération au vainqueur. Dès le mois d'octobre i356, les cardinaux de Périgord et Capocci ' qui n'avaient pas réussi à prévenir un conflit sanglant, étaient envoyés à Bordeaux auprès du prince de Galles, pour oll'rir de nouveau leur médiation =^. En même temps, le Pape recoiirait aux bons offices de l'Empereur, le priant de s'associer à ses efforts -^ La rencontre du dauphin avec son oncle, annoncée depuis plusieurs mois déjà, allait permettre, avant la fin de cette même année, de solliciter, dans des conditions particulièrement favorables,
acnleo cor noslrnm cl inlima qucquc Iristis inspectio sauciavit canim, ut pêne in n»)l)is virliis ilelcccTit, eniarcticrit vijjfor et sciisiis cvanucrint quasi omnes. Quis cnim sane nicnlis, ((uis sui compos, ([uiscarnci cordis, quis humani animi, non erurnpat in lacrinjas, qiiisamara de profundis pcctoris suspiria non cducat, quis prohibeat jj^cniilus, quis ianiciila conlineat, singullus ctiani quis compcscal in cffusione christiani sanguinis, tanlorum casu noliilium, populorum ruina fidelium, cl mullarum, que dellenda sunl ami)lius, pcriculis animarum ? Nullum cnim credimus tam saxcuni i)cctus quod hcc audita non molliant, nullum lani rijïidum (juod horum coiisideralio non lenirct ». — Cf. une Ictlre du Pape à l'Empereur, dont le prcamliulc est conçu presque dans les mêmes termes (Ibid., fol. ao-j" ; 3 octobre i35G).
1. Elie ïalleyrand de Périgord, né vers i3oi : évècjue de Limoges (lo octobre iSa/i), d' Vuxerre (i3a8); cardinal prêtre de 8aint-Picrre-aux-Liens (^4 mai i33i) ; légat, évc(pie d'Albano (4 no>. i3/i8) ; mort à Avignon (17 janvier i3G/i).
Nicolas Capocci (ou Capoccio), i)révôt de Saint-Omer (i33G) : évêque d'Llrecht (i3'io : résign. i3/ji), d'Lrgel (i3/i8) ; cardinal prêtre de Saint- Vital (i35o) ; légat (i35G) ; év. de t^ascali (i3Gi) ; mort à Montc-Fiascone (2G juillet i3G8).
Ces dates sont empruntées au Répertoire (Bio-Bibliographie) de M. hl. Chevalier. {jn dissentiment assez grave avait éclaté quelques mois auparavant entre les deux légats et subsistait encore. Tous les efforts du pape tendaient à le faire cesser (Reg. Vat., 238, fol. lyo'" ; 3 octobre ; — fol. ^Slt"" ; 2/1 novembre ; — fol. 235 ; 28 novembre).
2. Dès le 1" octobre i356. Innocent VI mandait à ses légats de se remettre à l'œuvre, sans découragement, avec plus de zèFeet de persévérance que jamais : « ...discretioni veslrc per apostolica scripta mandamus qualinus... pro reparatione casus liujusmodi omnibus viis et modis, et cum omni diligentia atque solertiu tam apud carissim'um in Christo filium nostrum EdAvardum, regem Anglie illustrem. quam apud dilectos lilios noslros nobiles viros Edwardum primogenilum dicli régis, principem VVallic, ac Henricum ducem Lancastrie, quibus per alias noslras litteras scribimus, sicul in interclusis presentibus cedulis contineri vidcbitis, oportune si suflicit, et imp(jrtuno si cxpedit, insislatis, in Angliam, si necesse fuerit, transfretantes, ut si revocari prelerila nequeunt, fulura saltem provisionis veslre studio cui sub conndentia dÎNini auxilii etfuxoris innilimur, Deopropitio, evitentur» (Beg. Vat , 2 38, fol. 200). i>e 3 octobre, il écri\ait au prince de Galles pour lui prêcher la modénilton après la victoire, et le G octobre il le félicitait avec effusion des égards qu'il témoignait i son prisonnier, le roi Jean {Ibid., fol. 201, aoi").