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Les deux rois de France et d'Angleterre et l'Empereur

k. Le P. Denifle a signalé la a pluie de lettres papales w.qui « inondèrent l'Angleterre » à la date du 2 juin i357 [La désolation des églises, l, i* p., p. 146 et n. 3).

5. Il le fil cependant. Voy, Beg. Vat., 238, fol. 2a3" (19 octobre i35G). t ... non ignoras quanta ad tuam et carissimi in Cbrislo filii nostri Edwardi, régis Anglie illuslris, pacem et concordiam afifectione movemur... Serenitalcin tuam attente ac afTectuose precamur quatinus, ea que prefatus episcopus (Talayrandus episcopus

Histoire de Charles V, — II. 4

bataille, avait une idée fixe depuis qu'il était prisonnier : celle de recouvrer sa liberté. Fier de la vaillance qu'il ava^it montrée et des témoignages flatteurs qu'elle lui avait valus, il ne voulait plus se souvenir d'autre chose. Il semble n'avoir jamais eu conscience du désastre qu'il avait subi et qui risquait de compromettre l'existence même de son royaume. Avait-il un tel fonds de vanité naïve, qu'il eût pris le change sur les marques de courtoisie que le vainqueur lui avait prodiguées ? S'imaginait-il qu'une rançon personnelle, même très lourde, serait la seule conséquence delà défaite? 11 est difficile de ne pas le croire, quand on lit la curieuse lettre qu'il envoyait le 12 décembre i356 au prévôt des marchands et aux échevins de la ville de Paris *. Il a dû écrire dans le même sens à d'autres personnages ecclésiasliques ou laïques. On peut le supposer sans la moindre témérité, d'après ce qui reste de sa correspondance pendant sa captivité Toutes ses lettres révèlent, d'une façon aussi nette, quoique habituellement en termes plus brefs et avec moins d'abandon, le même état d'âme.

Le Roi commence par remercier la municipalité parisienne de sa (( bonne affection », comme du très grand désir qu'elle a de le tirer des mains de l'ennemi ^. Ces sentiments, qui n'ont jamais varié, ont stimulé dans tout le royaume la fidélité et le dévouement à la personne royale 3. Le Roi ne l'oubliera pas et saura marquer sa gratitude

Albancnsis) libi super hoc pro parle nostra reiulerit credens indubie, ad pacein et concordiam habilites animum, cor prépares et mentem tuam henignus inclines. « Cf. R. a3y, fol. ga" (a juin i357) : « Instant dies, fili carissimc, quibus expectata diutius et desiderata per ampliustua et cçrissimi in Christofilii nostri Edwardi, régis Anglie illustris, concordia complenda speratur... Quesumusigiturexcellentiam tuam...qualenus sicregium animum mentemque disponas ad pacem, quod, actore Deo, vota et desideria nostra et Christi fidelium compleantur » (Cité par H. Deniilo, op. cit., p. i48, n. i).

I. A. Guesnon, Documents inédits sur l'invasion anglaise et les Etats Généraux au temps de Philippe VI et de Jean le Bon. Paris, Impr Nat. i8y8, in-8' (Extrait du Bulletin histor. etphiloL, 1897), P* 37-39, n° xviii. Copie orig. sur parchemin, des Arch. commun. d'Arras.

a. « ... de jour en jour nous est rapporté la bone afïeccion et le très granl désir et \olenté que vous et euls avés à nostre délivrance et à ra\"oir noslre personne des mains de nos anemis ; dont vous mercions etc. ».

3. « Etpar espccial tenons nous pour ferme que devant tous autres sommes nous tenus à vous savoir bon gré et mercier de iagrant amour et feaulté que vous monstres en ceste partie de fait avoir à nous, si comme tous jours continucUemrnt avez eu, car nous savons bien que vovis, qui estes gouverneurs de nostre bonne ville de

LA MÉDIATION DU PAPE 5l

u en temps et lieu » *. Quant à « l'honneur » qu'il s'est acquis « en la bataille », on lui en fait trop de mérite *. Il est toutefois notoire que, s'il a risqué sa liberté et même sa vie, c'était pour le bien de ses sujets, car c( souvent, ajoute-t-il avec une indéniable sincérité, nous ont porté grande douleur au cœur les nouvelles, que chaque jour nous apprenions du grief et de l'ennui, que nos sujets souffraient sur les frontières de notre royaume » ^. Certes, c'est pour lui un cuisant regret de n'avoir pas mieux réussi, mais, on le sait, « les événements des batailles sont douteux », et il n'a rien fait qu'il ne fût prêt à faire encore (( demain », si un cas semblable se représentait^.

Jean 11 terminait en priant instamment ceux à qui il s'adressait d'avoir toujours a à cœur et à mémoire le fait de sa délivrance », de façon qu'il pût u brièvement s'en apercevoir » ^. Mais, pour obtenir ce résultat, uae seule voie était ouverte : celle des négociations pacifiques. Tenter le sort des armes eût été une imprudence ; et le Roi se croyait obligé d'insister, en répétant que « If^s événements des batailles sont douteux ». « Nous voulons bien, disait-il, que vous sachiez qu'il est impossible que vous nous puissiez jamais ravoir par guerre, ni autrement que par traité d'accord et de paix. Car si nos ennemis, dont nous sommes prisonnier, sentaient que par guerre vous nous vouliez ravoir et recouvrer, ils nous translateraient très souvent d'un lieu

Paris, qui est chief principal de toutes les autres villes de nostre royaume, avésesté premiers promotleur.- de ceste besongne, et les autres vous ont sievy comme membres, et se sont consentus et enclines à ce que vous avés premiers volu et propose».

I. « ... et encore le rocongnoistrons envers vous en lieu et en temps... »

3. n ...et se vous nous avez attribue los et honneur de nostre part en la bataille, comme nous a esté raporté que ainsi avez vous fait, c'est sans noslre déserte... »

3. « ... Commeil est noltoire, nous nous sommes exposés au péril que vous savés qui y gist, pour vous pourcachicr pais et repos ; et à ce faire avons nous moult souvent veillié. que l'en cuidoit que nous faissions autre chose, car souventefoiz nous ont porté grant doulour au ceur les nouvelles que chascun jour ouyons du grief et de l'enuy que nos subgez souffroient, saur les frontières de nostre royaume et ailleurs, par lés malices de nos anemiset les soudaines courses qu'il y faisoit... »

/i. •« ... mais, comme vous savés, les advenemens des baitailles sont doubteux, et neantmainz n'avons nous fait chose que nous ne faissorts demain en cas sanlable, plus volentiers que onquc maiz ne feismes, pour vous pourcachier plaisir et profit ».

5. ■ Si vous prions et requérons bien affectueusement, et tant de ceur comme plus poons, que en ccstc fcaulté et amour vous veuilliés conlinuelment persévérer et avoir le fait de la délivrance de nostre personne tousjours à ceur et à niemorp, si que nous nous e/i puissonz briefvement apperchevoir. »

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en un autre, de telle sorte que vous ne sauriez, ni né pourriez nous trouver » *.

Un captif, qui se consolait si aisément de sa défaite et se montrait aussi pressé d'être rendu à la liberté, ne devait pas entraver par une raideur intransigeante les efforts tentés en sa faveur. Dans les premiers jours de l'année i357, le prince de Galles avait autorisé les députés et procureurs d'Edouard III à s'aboucher avec ceux du roi de France et du dauphin, pour travailler, sous la présidence des légats pontificaux, au rétablissement de la paix 2. Le vœu du Pape ne fut qu'en ^partie réalisé. La paix ne se fit pas, quoiqu'on s'y fût acheminé, et que l'espoir subsistât, publiquement affirmé, de la conclure dans un avenir prochain «*. Les conférences de Bordeaux eurent, d'ailleurs, un résultat immédiat et très appréciable. Les plénipotentiaires convinrent d'une trêve, qui, commençant le 23 mars, durerait jusqu'à la fête de Pâques et, à dater de ce jour, deux années entières, c'est-à-dire du 9 avril. 1857 au 9 avril i359 ^. L'interruption des hostilités aurait pu

I. « ... Mais nous Aoulons bien que vous sachiés qu'il est impossible que vous nous puissiés jamais ravoir par guerre, ne autrement qi'e par traittié d'accor^ et de pais. Car se nos anemis, à qui nous sommes prisons, sentoient que par guerre vous nous vousissiés ravoir et recouvrer, il nous translateroient moût souvent de lieu en autre, si que vous ne autre ne nous sariez ne porricz trouver. Et si, comme dit est, et vous le savés bien, lès advenemens des baitailles sont doubteux etc. »

3. Chronicon Galfridi le Baker de Swynebroke,p. i55 : « Et captivi Gallicorum tam obnixe pfecibus devotis institerunt domino principi, quod concessit eiis diem tractandi do pace, scilicet quintum decimum post Nativitatem Jesu Christi (9 janvier), ita quod Anglicis apud Blayves (Blaye ; Gironde, ch.-l. d'arr') et Gallicis apud Mirabel (Mirambeau ; Gharente-Inf", arr' de Jonzac, ch.-l. de c") demorantibus, inter opidaprefata pax fîn[alis ordinaretur. » La date du 9 janvier est peut-être à retenir; mais ne s'agirait-il pas dans les lignes précédentes, au lieu de la trêve de Bordeaux, qui devait être signée le a 3 mars, de quelque trêve locale ? On ne voit pas bien pourquoi un rendez-vous aurait été pris à mi-chemin de Blaye et de Mirambeau, alors que les conseillers habituels du prince de Galles, comme les principaux personnages de la Cour de Jean II, se trouvaient les uns et les autres à Bordeaux.

3. w ... sur bonc et ferme espérance de bone pees et de bon acord finales faire mètre et acomplir entre iceux », disent les légats dans l'instrument de la trêve de Bordeaux.

4. Rymer, 111, i* p., p. 3/i8-35i (Rotuli Francie, 3i Edw. m, membr. i4 et i3 dorso). — Les Grandes Chr. disent : « Le samedy xviij jours du dit mois de mars, fa traictée la paix à Bourdeaux, entre le roy de France qui encores y estoit prisonnier et le prince de Gales. » (VI, 56;. Ce n'est pas sûrement une erreur de date, comme l'a cru M. Cosneau (Les Grands traités de la guerre de Cent ans, p. i, n. G). Peutêtre l'accord se fît-il ce jour là sur les conditions du futur traité de paix, qu'il ne faut pas confondre avec la trêve. En supposant même qu'il s'agisse ici uniquement

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