WALDEMAR III ET LA DESCENTE EN ANGLETERRE
roi d'Angleterre et du prince de Galles était imminente *. Où s'opèreraitelle ? Peut-être bien en Guyenne 2, et cette perspective était faite pour émouvoir les habitants du Languedoc, où nul n'avait perdu le souvenir de la terrible chevauchée de i355. En portant la guerre chez eux, on arrêtait tout net l'offensive des Anglais et on les obligeait à rappeler la tourbe d'aventuriers qui désolait le royaume^.
L'offre du roi de Danemark était une chance inespérée. La France ne pouvait tenter elle-même l'entreprise. Elle n'avait pas d'hommes d'armes en nombre suffisant, pas de vaisseaux surtout, pour transporter un corps de débarquement. A vouloir faire le nécessaire, on eût dépensé beaucoup plus que ne demandait Waldemar '*. Ce prince était, par ses ressources personnelles et avec l'appoint d'un subside, merveilleusement en situation de réussir •'. A son désir très vif de délivrer le roi Jean, s'ajoutait celui de châtier une dynastie usurpatrice de ses propres droits. Depuis longtemps, il songeait à une descente en Angleterre et en avait mûri le plan. H était assuré de l'appui des Ecos-
les recevroient bien et se.combairoieni à eux: et neantmoins ilz sont ainsi gastez et essilliez comme chascun scet.
a Item et doivent les gens de la langue d'oc ymaginer et penser que es pays dessus dis a plus de nobles, et que les autres sont hommes de deffense, et que ils n'ont mie dormi, maiz ont proveu à la deffense de leur pays, comme font les gens de la langue d'oc ; et neantmoins ont il perdu ».
1. « Item et considéré Testât en quoy il sont à présent (les gens du royaume de France), li royaumes et eux sont en doubte de avoir et encourre plus de maulz et de inconveniens que il n'orent onques » (p. ai).
2. Ihid., p. 23 : « Item et doit l'en doubler que se le roy d'Angleterre, le prince de Gales, ou autres ennemis viennent par les parties de Bordiaux, là où il pueent descendre sanz empeschement, mesmement que entre Tholose et Bordiaux il ont et tiennent plusieurs garnisons et forteresses, il porront, ou en sera granl double, degaster le pays »
3. Ihid,, p 2i : (( Hem et que par ce fait poons nous en brief temps plus honestement et plus profitablcment avoir v conclusions : la première ravoir le Roy ; la ii* empeschier la venue du roy d'Angleterre et d'autres, car se il estoient assailliz, il no pourroient alleurs entendre, la m* que, pour eux deCfendre, il manderoient nos ennemis qui sont ou royaume de France, et se mandez n'cstoientsi s'en retourneroicnl il ; la lin* avoir fin de guerre; et la v', véngence de noz ennemis ».
(x. Ihid., p. y5 : « Item ne nous ne poons faire l'armée; car nous n'avons mie navire ne l'appareil, et si nous cousteroil plus assez (c'est-à-dire : de beaucoufj) ». C'est le dernier article et comme la conclusion du Mémorial.
5. Ihid., p. 23 : « Item et que il a tout le nombre de xii" combatans près et appa reliiez de partir sanz delay, navire preste et toutes les autres choses à ce neccessaires; maiz il li convient avoir la dite somme, pour paier à ses gens d'armes ».
sais * et de celui des Gallois, mal soumis et regrettant leur nationalité perdue ^. L'annonce seule d'une semblable expédition déprimerait le moral des Anglais, « car ils ne craignent rien plus au monde, et disent bien que le roi de Danemark détruira le royaume d'Angleterre et ainsi le disent certaines pronostications ^ ».
Le roi, portaient les instructions du régent, n'entend pas être cru sur parole. Il désire que des députés soient envoyés en Danemark pour constater, de leurs propres yeux, qu'une descente en Angleterre est chose faisable, et que les préparatifs en sont terminés*. Quant à lui, il est àécidé à pousser la guerre à fond. Il ne s'arrêtera qu'après avoir délivré le roi de France, ruiné le roi d'Angleterre et son royaume^. S'il échoue dans sa première tentative, il la renouvellera à ses frais. S'il y succombe, son fils aîné entreprendra une deuxième expédition. Ce jeune prince s'y engagera par serment, et, pour garantie de sa pa-
I. Ibid , p. 24 : « Item et a li dis roys de Dannemarche, si comme on dit, aliances aus Escos, qui aveques li entreront en Angleterre, et li ont promis à aidier jusqiies à la mort ».
Vers le même temps, les envoyés du roi d'Ecosse traitaient directement avec les représentants du régent.
a. Ibid. : « Item et aussi a il les aliances des Galois, qui se sont de nouvel révéliez contre le fil du roy d'Angleterre, qui se dit prince de Gales ; et en vérité il heent naturelment les Angles, et ont jà occis des gens du dit- prince, et n'y oseroit entrer, et dient que il ont autre segneur; et en vérité il dient voir; car n'a mie plus de XXX ans que li roys d'Angleterre en chaça le droit segneur, dont il a à Bruges un bel enfant,' qui en est et doit estre segneur, si comme ce a estéraporté à monsegneur le régent ».
Ce « bel enfant » était Owen ou Yvain de Galles, petit neveu du dernier roi de Galles, Lewellyn. Sur le rôle qu'il joua sous le règne de Charles V, ou plutôt que le roi de France lui fit jouer, voy. Charles de la Roncière, Hist. de la marine française, t. If, 6-19.
3. Ibid., p. 23 : <i Item et en ont les Angles plus grant paour que de riens du monde, et dient bien que le roy de Dannemarche destruira le pays d'Angleterre, et ainsi le dient aucunes pronostications ».
4. Ibid., p. -ili : « Item et est assavoir que il ne veult rien du nostre, jusques à ce que certaines personnes du royaume de France, que les gens du pays esliront, auront veu son fait et s'armée toute preste, se nous ne nous en volons attendre à lui et lui en croire ».
P. 20 : (i Item et que il eslisent (les gens de la langue d'oc) bonnes gens et sages qui voisent en Dannemarches avecques ceux que monsegneur le régent y envoiera, et se il voient que le fait soit vray et tel comme dit est, il baillent l'argent de leur ayde; s'il n'est ainsi, demeure en pays li argens comme leur ».
5. « ...se il n'est mors ou desconfis en entièrement /sjcy, il ne partira d'Angleterre jusques il ait le roy de France, destruit le roy d'Angleterre et le pays, et ycelui conquis » (p. 2/4).