‹ Histoire de CharlesChapitre 55 sur 301 · WALDEMAR III ET LA DESCENTE EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

WALDEMAR III ET LA DESCENTE EN ANGLETERRE

c'est que le projet, qui fut alors examiné à nouveau, avait été sérieusement étudié et qu'il comportait des chances de réussite*. Mais pour le faire aboutir il eût fallu beaucoup d'argent, et il ne s'en trouva pas suffisamment, soit que la détresse du royaume y mît obstacle, soit que les risques de l'entreprise eussent paru trop grands.

L'heure était cependant bien choisie. Ilétaitnécessairedetenterquelque chose pour parera un danger prochain. Irrité de l'accueil fait en France au traité de Londres, Edouard lU organisait la plus formidable expédition qu'il ait jamais conduite sur le continent et dont les préparatifs étaient commencés depuis plusieurs mois. Le roi Jean, qui longtemps avait découragé le zèle de ses amis, en ne voulant recouvrer la liberté que par la voie des négociations, — et des négociations les plus décevantes 2 — avait fini par comprendre qu'il ne devrait sa délivrance qu'à la réussite du plan de Waldemar^.

11 se peut que les Etals généraux aient été saisis de la question. On sait que. dès le mois de mai ou de juin iSSq, les principales villes de la langue d'oil avaient été pressenties, que leur avis avait été favorable et qu'elles avaient offert de verser 200.000 florins sur les 600.000

1. Op. cit., p. 3^ : « Item et pour ce a raonsegneur le regenl envoie gens de son conseil^ pour veoir se il est ainpi comme dessus est dit, et ont trouvé que il est ainsi et ainsi l'ont raporté à monsegneur le rcgent et à son conseil »... « Item et que monsegneur le régent et son conseil sur ce assemblez par plus d'un moiz ont cestc chose conseillée, loée et acordée ». Le conseil du comte de Poitiers en a délibéré également. « et, tout considéré, il ont jugié que c'est la plus profitable et honorable voie qui puisse estre trouvée ne faite, si comme il puet apparoir par ses lettres ».

2. Ibid., p. a3 : « Item et que depuis la prinse du Roy monsegneur le régent heut faite l'armée (pour une descente en Angleterre) ; maiz il a heu 11 causes qui li ont empeschié, la première que li Roys li a plusieurs fois escript et mandé que, sur encourre en sa indignacion et sur toute s'amour, ii ne feist armée ne fait qui le traitié en quoy il estoit envers noz ennemis pcust rompre, empirer ou delaier; l'autre que aucuns traistrcs ses subgels l'ont empeschié par. leur traison, si que il n'a peu estre fait; et voloieut faire autre roy que nostre droit segneur, qui pour ce eut esté mort ». Cf. ibid., p. 25 : « llem et ne soions plus deceus par attendre traitiez ; car onques ne nous tindrent Anglois vérité ne loyauté, et plusieurs foiz s'est li roy» d'Angleterre parjurez de ses acors ».

3. Ibid., p. 24 : « ... car monsegneur (le roi de France) li a escript (à Walc ^mar) que la chose li plaît, et que il li acomplira ce que il requiert »; — p. a5 : c îlem, et que aucuns grans segneurs, si comme monsegneur de Poitiers, le segneur d'Aubigny et des autres gens du roy scevenl bien que le roy de France a très grant desir que ce soitbriefment fait, et a ferme espérance de estre par ceste voie hors de la main des ennemis ».

Histoire de Charles V. — II. 7

g8 I^ES PROJETS D* ALLIANCE DU REGENT

demandés par le roi de Danemark *. Il est donc probable que le projet de descente en Angleterre fut un des objets soumis aux délibérations des Etats convoqués à Paris. Toutefois, on ne peut émettre qu'une conjecture sur ce point, tandis qu'on connaît de façon certaine les démarches faites auprès des communautés du Languedoc. Vers la fin du mois de juin iSôg, deux conseillers du Roi, Alexandre l'Orfèvre et Guillaume de Marchières^, furent envoyés dans le midi, porteurs d'instructions fort développées, où toutes les raisons qui militaient en faveur de l'expédition étaient présentées avec beaucoup de force, et les objections — même celles que soulevait la question d'argent — très habilement réfutées.

Les commissaires du régent devaient faire ressortir les avantages el la nécessité d'une offensive énergique. Le royaume avait été perdu, parce que les Français avaient eu le tort de toujours attendre « la venue de l'ennemi^». Des provinces belliqueuses comme la Normandie, la Bretagne, la Picardie, le Beauvaisis, etc., où les nobles étaient beaucoup plus nombreux que dans le Languedoc, avaient pâti de cette erreur. Elles estimaient n'avoir rien à craindre; elles avaient été cruellement détrompées^. Le moment d'agir était venu. Une descente du

1. Voici commentle Mémorial s'exprime à cet égard : « Item et a envoie commissaires par la langue d'oyl qui ont fait assembler les gens des estas de la dite langue, qui sur ce ont heu grant conseil, el ont conseillé que le fait se face, et y ont mis du leur, tant que il ne nous convient maiz que nii' mH florins (sous-entendez : finer ou trouver) » (p. a 4).

2. Alexandre rOrfè\Te et Guillaumcde Marchières n'appartenaient pas à la Chambre des comptes, comme l'a cru A. Germain (op. cit., p. 6, n. a). Le premier était conseiller clerc delà Chambre des Enquêtes du Parlement, le second, maître des Requêtes de l'Hôtel. Voy. Arch. nat., X*a i4, fol. 271 (12 juin iSôg); Ord. des rois de France, III, Scjo (27 janv. i3Go). Cf. un mandement de Jean, comte de Poitiers, à Jacques Lempereur, trésorier des guerres, lui ordonnant de payer 5o royaux d'or à « nostre amé maistre Guill. de Marchières, conseiller de nostrc 1res chier scgneur cl perc, de nostre dit frerc et de nous, et maistre des reque^tes de leurs hostieux el du nostre », pour les bons services qu'il « nous a fait es parties de la langue d'oc » (Bibl. nat,, P. O , i84o, d. /i^Sia, Marchières, n" 2. Toulouse, 28 juin i3î)9).On a la quittance de G. de Marchières, du 29 juin (Ibid., n° 3).

3. Op. cit., p. 23 : u Item et comment nous, qui solieus estrc si puissans, avons tous jours perdu par attendre la venue de noz ennemis ; et, par conséquent qui voira faire bone guerre, si face desores en avant. autre guerre que n'avons fait ou temps passé ».

6. Ibid , p. 22 : « Item comment le pays de Bretaingne, de Normandie, de Picardie, de Biavoisins, de la conté de Valois, de Vermandois et de France, soloient dire que il2 ne doubtoicnt en riens les ennemis, et que, venissent quant il volroieut, il

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