L ATTAQUE D AMIENS PAR LES NAVARRAIS I
cent, furent conduits à Creil*, figurait l'évêque de Moyon, à qui il en coûta une grosse rançon pour recouvrer sa liberté*.
Le lendemain même du jour où la rencontre avait eu lieu, — ce qui est une pure coïncidence, car l'alTaire de Mauconseil ne pouvait guère être connue à Paris, — le régent pourvoyait à la défense des provinces situées au nord de la capitale, en nommant « son très cher et très amé cousin », Gui de Châtillon, comte de Saint-Pol, a lieutenant du roi es parties de Picardie et de Beauvaisis» -K La mesure était urgente, et les bons effets s'en lirent bientôt sentir.
Le iG septembre (i358), les Navarrais tentèrent de s'emparer d'Amiens par surprise^, et il s'en fallut de fort peu que le coup de main n'aboutit^. 11 avait été combiné par Jean de Picquigny, le capitaine de la llérelle, avec le concours de son frère Robert, qui commandait la garnison de Greil. L'un et l'autre avaient de nombreuses intelligences dans la place. Le mayeur Firmin de Gocquerel, l'abbé du Gard, le capitaine de la ville, Jacques de Saint-Fuscien, comptaient
1. Gr. Chr., VI, i38 : « Et les gentilshommes furent pris, jusques au nombre de VI vins ou environ ». — Froissant, loc. cit.
2. Rymer, III, i" p., p. 5i2. Lettres datées de Boulogne, le 22 oct. i3Go, par lesquelles l'évêque, qui avait été acheté par le roi d'Angleterre, s'engage à payer pour sa rançon g. 000 écus d'or du coin du roi Jean, 00 marcs d'argent de Paris ouvrés et un bon coursier du prix de 100 moutons d'or. — Voy. S. Lu ce, Froissart, V, xxxix, n. 2.
3. Arch. nat., JJ. 90, fol. 22-23, n» ^G (24. août i358). Indique par S. Luce, Froissart, V, XL, n. I. — Dès le G déc. i358, Gui de Ch. était remplacé on qualité de lieutenant du roi et du régent « es parties de Picardie, de lîcau voisin et des autres lieux voisins » par le connétable de France Robert de Ficnncs, son oncle (Arch. nat., JJ. 90, fol. 99", n» 179).
k. Le iG septembre, ou plus exactement dans la nuit du iG au 17, aux premières heures du lundi 17 septembre. Voy. Gr. Chron., VI, 1/40. « Le dymenche xvi* jour du dit mois de septembre messire Jehan de Picquegny, acompaignié de grant foison de gens d'armes, de nuyt dont le lundy adjourna, ala à Amiens ». Les mots soulignés se trouvent dans le man. fr. 281 3, mais manquent dans l'édition de P. Paris.
5. Les princi{)ales sources sont les Gr. Chron., VI. ilo-i/n, et Froissart, V, 127-130, Jean de \'enellc a parlé assez longuement de ce même événement, mais avec peu d'exactitude {(Jont. chronici G. de Nangiaco, II, 27/1-270). Voy. aussi Chronogr., II, 28^, et le continuateur de R.Lescot, p. i3/|. On ne trouve qu'un petit nombre d'indications dans les lettres de rémission : Arch. nat., JJ. 88, fol. 8"-9, n' 12 (juillet i3Go); Secousse, Recueil, 1G9-170. JJ. 90, fol. ii5'°-iiG, n° nU (juillet iSSy); Secousse, i5o-i5i. JJ. 87, fol. io5"-ioG, n» iG5 (sept. i359); Secousse, 1 50- 157. JJ. gS, fol. 76, n° i83 (mai i3G4); Secousse, 196.
Les textes les plus connus ont été habilement mis en œuvre par M. de Galonné, Hist. d'Amiens, I, 276-283, auquel j'ai beaucoup emprunté, surtout pour la topographie du vieil Amiens.
Histoire de Cliarles V. — II. » %
l8 LA GUERRE CONTRE LE ROI DE NAVARRE
parmi les partisans les plus ardents de Charles le Mauvais. On se rappelle que la délivrance du roi de Navarre avait été l'œuvre de Jean de Picquigny et de la bourgeoisie amiénoise. A peine sorti du château d'Arleux, Charles était venu à Amiens, où il avait été reçu avec les plus grands honneurs. Un chanoine de la cathédrale, Guy Quiéret, qui appartenait à la meilleure noblesse picarde, lui avait donné l'hospitalité.
Lorsqu'avait éclaté la rupture entre le régent et la municipalité parisienne, la ville d'Amiens avait conformé son attitude à celle delà capitale. Elle avait envoyé un secours aux Jacques, adopté les chaperons mi-partis et adhéré au manifeste adressé par Etienne Marcel à la communauté d'Ypres. Enfin, quand le régent, après la clôture des Etats de Compiègne, avait voulu se rendre à Amiens, on lui avait signifié nettement que les gentilshommes de son entourage eussent à venir sans armes, leurs propos menaçants et inconsidérés ayant fait craindre que, comme ils s'en vantaient, ils ne voulussent faire couper le cou « aux plus gros » *.
Jean de Picquigny était donc assuré de nombreuses complicités le jour où il tenterait quelque chose. Un motif personnel lui fit brusquer l'événement. Sa femme ^ et celle du vicomte de Poix, venaient d'être emprisonnées par les officiers royaux, en représailles de la rébellion de leurs maris ^. Picquigny n'eut plus qu'une pensée : s'introduire dans Amiens afin de délivrer les prisonnières.
I. Tous ces faits sont rappelés dans des lettres de rémission du mois de septembre i358 (antérieures à la surprise du 10 septembre, à laquelle il n'est fait aucune allusion), accordées aux habitants d'Amiens, « sur dilTerens crimes et excès par eux commis » (Arch. nat., JJ. 86, fol. 78''°-79, n. aSg. — Secousse, Becueil, p. 97-99). Voy. encore Arch. nat., JJ. 90, fol. 4o, n° 81 (février 1859).
3. Arch. nat., JJ. 90, fol. ii5"-ii6, n° 314 (juillet iSSg) : « ... la dame de Fluy, famé de feu Mess. Jehan de Pinquegny, chevalier, pour le temps que ycelle dame de Fluy pour souspeçon de crime de lese-majesté estoit es prisons d'Amiens detenuz prisonnière... ». — Jean de P. était seigneur de Fluy (Somme, arr d'Amiens, c" de de Moiliens Vidame.)
3. Istore et croniques de Flandres, édit. Kervyn de Lettenhove, t. II, p. 93 (Collection des Chron. belges inédites) : « En ce temps deniouroit à Amiens le femme du visconte de Pois et le femme Jehan de Piquegny, et furent prises et emprisonnées par le commandement du régent pour che que leur bgron estoient si anemy. » Le vicomte de Poix devait être H. d'Equennes (l'initiale du prénom m'est seule connue), fils de Guillaume d'E., vicomte de Poix, mort entre i345 et i35o. il n'avait rien de commun avec Jean Tyrcl, de la célèbre famille des sires, puis princes de Poix (Communie, de M. G. Durand, archiviste de la Somme. — Cf. Secousse, Hécueil, 178). — Equennes; Somme, arr. d'Amiens, c*" de Poix.