L ATTAQUE D AMIENS PAR LES NAVARRAIS I
Pour comprendre le récit des événements, il faut savoir qu'au sud de la Somme on avait construit depuis peu, — les travaux commencés au lendemain de Grécy, sur l'ordre de Philippe VI, n'étaient pas terminés, — une deuxième enceinte concentrique à la première, qui datait, croit-on. de Philippe-Auguste. Entre les deux s'étendaient les riches et importants faubourgs de Saint-Michel, de Saint-Rémy et de Saint- Jacques, qu'on avait précisément voulu garantir des dévastations, toujours à craindre en temps de guerre. Ils n'étaient pas, en î358, à l'abri d'une agression, et ni Picqliigny, ni ses complices, n'ignoraient les points faibles de la défense. A l'ouest de la cité, s'ouvraient deux portes : l'une, celle de Saint-Firmin dans la vieille enceinte ; l'autre, celle de la Hotoie, dans la nouvelle enceinte encore inachevée. L'hôtel de l'abbé du Gard se trouvait en dehors des anciens remparts et tout proche de la porte Saint-Firmin*. On réussit à y introduire et à y cacher un certain nombre de gens d'armes Navarrais ; d'autres furent postés dans les maisons voisines. Au jour fixé, l'ennemi, dont l'approche avait été dissimulée par une marche de nuit 2, pénétra sans peine dans les faubourgs, au cri de : Navarre ! Navarre 3 !
La surprise avait été à peu près complète. Heureusement, l'attaque fut conduite avec une certaine mollesse et un manque de décision, imputables peut-être à la fatigue des troupes engagées *. Les Amiénois eurent le temps de se ressaisir et arrêtèrent les assaillants au pied des anciens remparts, qu'ils ne purent forcer. Pendant qu'on se battait avec acharnement dans les faubourgs, des courriers étaient envoyés au connétable Moreau de Fiennes et à Gui de Châlillon qui, par une rencontre heureuse, se trouvaient l'un et l'autre non loin d'Amiens, à Corbie ^. Les Navarrais, voyant le coup manqué, abandonnèrent la partie, mais,
1. L'abbaye du Gard dépendait de Cîteaux. L'abbé était dans le complot et, après l'échec de la tentative navarraise, il fut mis à mort avec seize autres des principaux bourgeois d'Amiens. Son nom, qui manque au Gallia christ., X, iSSa, n'a pu être retrouvé par le P. Denifle aux archives du Vatican (La Désolation des églises en France, t. I, i* p., p. 223, n. 2.)
2. Gr. Chr., VI, i4o : « ... Jehan de Piquegny... de nuyt... ala à Amiens... » — Froissart, V, 127 : « Et vinrent un soir messires Jehan de Pinkegni etc.. as porlesde Amiens. » -— Contin. chron. Guill. de Nangiaco, 11, 27/i : « ... una nocte... ■