‹ Histoire de CharlesChapitre 86 sur 301 · Ibid. : « ... magnum, eleganlcm · texte numérisé non relu

Ibid. : « ... magnum, eleganlcm

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dont le prestige étaU accru par quelque connaissance, acquise on ne sait où ni comment, des petites opérations de la guerre.

La place de refuge des paysans était au cœur même de Longueil, dans la ferme des religieux de Saint-Corneille ; grande construction beaucoup plus longue que large, s'étendant du sud-est au nordouest, appelée manoir par Jean de Venette, mais qu'on qualifierait assez improprement maison forte ou château*. Au rez-de-chaussée, vraisemblablement la cuisine, les écuries et les hangars; au premier étage, des chambres et des greniers ; au-dessus, les fenils. Pour enceinte, des murs'écroulés ou inachevés par endroits^, entourés d'un fossé qui, comme les murs, circonscrivait tout le terrain occupé par les bâtiments fermiers et leurs dépendances, y compris l'église du village'. L'entrée principale, qui subsiste encore, sans modifications bien apparentes, était fermée par une porte solide, d'une défense facile quand ceux qu'elle protégeait ne se laissaient pas surprendre^. C'est dans cette forteresse rudimentaire que se concertaient de hardis coups

1. Cont. o/ir. G. de Nangiaco : « gst quidam forlîs locus 5atis bonestus in una parva villa dicta Longolium... ». — « ... posuerunt se in mane/to illo... »: ♦

Chronogr., II, 287 : « ... hii habebant refugium in quadam domo que Longuel Sancte Marie dicitur... ». — Chron. normande, 1^7 : « ... et estoit celle maison close à murs sanz fossez... ». — Thomas Gray a fait de la maison de Longueil une forteresse,, el les échecs sanglants des Anglais justifient l'impression qu'ils en avaient rapportée : « . . assailerent (ceux de Creil) un forteresce en un abbey (abbaye) qe , Franceis avoieut enforcez entre le dit Crael et Cumpyn (Compiègne) .. » (Scalacronica, p. 184).

2. Contin. Chron. G. de Nangiaco, p. 290 : «... ubi erat apertura mûri nondum facti plenarie nec completi .. ï),

3. Jean de Venette est le seul à mentionner le fossé comme existant lors de la première attaque des Anglais. Les autres chroniqueurs disent qu'il fut creusé après le double assaut de la garnison de Creil, et, "par conséquent, sous le commandements de Colard Sade, le successeur de Guillaume l'Aloue : «.< ...unde aliqui (Anglicorum) per aquam salienles scipsos submergebant... » — « ... ad fossatum... super fossatum... viam se inter et fossatum etc.... » (p. 290). La Scalacronica parle aussi des fosses : a ... gaignerent (les Anglais) la pail (la palissade, pour : les murs) et lez fossez... ». — Voy. en sens contraire : Chronogr., II, 287 : « in quadam domo... que clausa erat mûris sine fossalis... », p. 288-289 : « Quo facto (après leur défense victorieuse), rustici fecerunt fossata circum domum suam et statuerunt sibi capitaneum Colardum Sade ac receperunt omncs qui ad eos confugere volebant etc. ». — Chron. normande, 167 : «...maison clOse a murs sanz fossez...»; p. i48 : « Et après ce firent yceulz paisans leur cappitaine un de leurs gens nommé Golart Sade, et firent fossez enlour la dite maison etc.. ».

!i. Chronqgr., Il, 287 : « ... nec erat ibi aliquid deffensibile prêter portam». — Cf. Chr. normande, i/jg.

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de main (lui bienU^t inquiétèrent et exaspérèrent la garnison de Greil : « Expulsons ces maudits paysans, se dirent les brigands de Fodcrynghay. et, puisqu'ils sont en si bon lieu et si fort, occupons la place* ».

Sans larder, im détachement de deux cents hommes est dirigé sur Longueil-Sainle-Marie*. de façon à y arrivera l'heure la plus favorable aux surprises, un peu avant le jour^. Hardis compagnons, mais pauvres soldats, les gens de Guillaume l'Aloue n'étaient pas sur leurs gardes. Les Anglo-Navarrais qui, d'après la tradition, seraient venus du côté de l'est, de façon à ne pas donner l'éveil en s'attaquantà la grande porte, purent franchir le fossé et escalader le mur de clôture, sans élre arrêtés ni aperçus, et — chose à peine croyable ! — ils trouvèrent les portes intérieures toutes ouvertes* ; il n'y avait personne au rez-dechaussée.

Les paysans furent fort ébahis, lorsque, des fenêtres du premier étage 5, ils virent la cour et une partie de la maison envahies par des hommes en armes, déjà occupés à piller et qui menaçaient de tout brûler ^. Leur effroi fut grand, accru par celui des femmes et des enfants, enfermés dans une chambre haute, et dont les cris ne pouvaient que démoraliser les combattants 7. Dans cette extrémité et

I. Conl. Chron. Guill. de Nangiaco, II, 289 : « Ejiciamus rusiicos illos de lali loco, et possideamus fortalitium ita munitum et lioncsluin ».

a. Ibid. : « El factum est diim de ipsis ducenli advenissenl.. ». Le chiffre des assaillants est fort accru dans les autres chroniques : « ... quasi mille et scxcenti Anglici conpregati... » {Chronogr., II, 287); « ... et alerent assaillir celle maison... et y entrèrent par dessus murs hien vi'... «> {Chron. norm., i'i7).

D'après la Chron. norm., Foderynghay lui même aurait pris part à l'expédition : « ... et y fut Jehan Fondicque (sicj, cappitainc de Creel... ». II n'est mentionné ni par Jean de Vcnettc, ni par la Chronog raphia, ni par Jean de Noyai ; mais Thomas Gray dit, dans la ScaUirronica : « Juhan de Fodcriaghay hors de la vile de Grael, ove autres capitaines Engleis, assailerent un forteresce etc. •.

3. Celait l'habitude des compagnies, et celte circonstance explique que les paysans se soient laissé surprendre aussi facilement.

4. Conl. (]hron. GuUl. de Nangiaco, 11, p. 289 : « ... aliis non praîvidentibus sed portis apertis, ipsi .\nglici audactcr plaleam intravcrunt... )v Les autres chroniques françaises no font pas allusion à la surprise ; de même la Scalacronica : • ... gaignc rcnt la pail cl les fossez ove la basse court... ».

5. Contin. Chron. GuiU. de Nangiaco, 11, 289 : (( ... illis de infra «uperius in aulis exislenlibus ad fencslras ».

6. Ibid. « Et videnles eos arma.tos valde, comporte obstupuerunt ad ingressum. »

7. Chronogr., Il, 288 : « Rustici vero non valenles resislerc, fugerunt in quamdam cameram sublus uxorcs et puerus corum, quos iucluscrant propter clamores quos cmillebanl. >

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pour donner du cœur à sa troupe, Guillaume l'Aloue se dévoua avec quelques compagnons résolus. H se porta presque seul au devant des ennemis, mais tomba aussitôt, mortellement frappé *. Le désir de venger leur chef et la certitude qu'ils avaient de ne pas obtenir quartier, transformèrent les paysans 2. Us dévalèrent en foule par le petit escalier, au pied duquel leur capitaine s'était fait tuer"^; et alors l'affaire prit une autre tournure. A leur tête, marchait une sorte de géant, le Grand Ferré, valet de Guillaume et lui tenant lieu d'écuyer '*. C'était un rude jouteur, mais un homme modeste et bon, qui avait le sentiment de son humble condition ^. A son exemple, et armés de toutce qu'ils avaient sous la main, les paysans firent de terrible besogne. Leurs bras se levaient haut et s'abattaient lourdement sur les An-

I. Cont. chron. Gaill. deN.., Il, p. 289 : « Capilaneus tamen cum paucis de suis descendens, cœpithinc inde perculerc; sed parum valuit, quia a multis circumdatus, statim ab Anglicis ielhaliter percussus est. » Lecontinualeur de Richard Lescot, dans \\r\ passage d'ailleurs peu clair, donne à entendre que G. l'Aloue aurait été tué par trahison. Après avoir rapporté un exploit du Grand Ferré, il ajoute : « Insigne scelus? (facinus?) perpetrandi villani occasionem habuerunt, nam capilaneum eorum, Guillermurn Alaudis qui agricolas pairie hucusquc contra Anglicos potcntcr deffenderat, sub salvo conductu evocatum, quia dedilioneni loci dcnegavcral imparatam (P) redeundo cum fecerant Ielhaliter vulnerari. » (p. 1/40).

La version de la Scalacronica, qui parait différente de celles de toutes les chroniques connues, cadre peut-être au fond avec ce que raconle le continuateur de R. Lescot : m ... ceaux dedenz (les paysans) treterenlde condicioun ove ccaux dehors à lour sauver lez vies. Le capitain dedenz vcint hors, se rcndy au penoun d'un dez cheveteins Englcis, de quoy lez uns dcz autres Englcis avoienl cnvy, debaterent pur part de sa ransoun,en quel estrif (altercation) il fust murdry entre lour mains. Cely à qi il cstoit rend Uf s'en departy sodeignement* bien marry, lour disoit qe bien lour enconvenoit. »

a, Cont. chron. GuiU.de N., 289 : « Descendamus et vendamus nos », se disent les paysans « alioquin isti sine misericordia occident nos ». -— De même, Scalacronica : u Ceaux dedenz lez forlerescez virent qc àmureirlourcoveindroit.descendercntetc. »

3. Scalacronica ; « ... desccnderent d'un covyn (édit : cou)n), avalé un degréz voilez (escalier à vis?), ove tiel bruyl, cry et noys (noise) de chaicr dez larges et bastpuns ove autre rumour,criauntz divers escries dez chevetainsdu pays,(ic les Englés q'estoinl demurrcz en pristrcnl tresodeyn (très soudain) affray, pcusaunlz q'ils estoint traiez (trahis) elc ».

k. Cont. chron. Guill. de Nangiaco, 288:» Ilic (Guill. VAloue) sccum habuit pro famulo quemdam alium ruralera, quasi ad frcnum suum... » Vlichclet a fort mal interprété ce passage. « Le capitaine le tenait près de lui comme sous le frein pour le lâchera propos. >• {Hist. de France, III, 269.)

5. Ibid., 288-289 : « ... mira fortiludinc roboris et membrorum, ac corpoYJs elegantis corpulenlia cl allitudinis quanlilate, et non minus audacia ac vigore ; et juxta ejus corporis magniludinem, habebat in se humiiitalem el repulationis intrinsecœ parvilatcm ; nomine Magnus Fcrratus. •

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glais, comme s'ils a> aient fait leur iin'licr liabiluci de ballciirs en granp:e '. Mais personne n'égala le (iiand Kerré. Lorsqtiil eut vu son maihcà dcmi-morl, il en rutexlrcmcment marri el se jela an plus l'orl do la nirlée. dépassant de lonte la tète amis cl ennemis, il maniait aisément une hache énorme, dont les coups eurent bientôt déblayé W terrain autour de lui -. Malheur à qui était touché en plein ! Son casque Noiait en éclals, et Ihonmie tombait, le crâne brisé, la (-ervclle épandue. Nul n'était louché sans être cruellement mutilé •*. Bref, en moins d'une heure, le (Jrand Ferré tua dix-huit brigands et en blessa beaucoup d'autres. Piqués d'émulation, ses compagnons chargèrent furieusement les Anglais, qui ne songèrent j)lus qu à la fuite. Mais cette retraite précipitée fut désastreuse pour eux; plusieurs périrent en repassant le mur, el surtout le fossé. Les ennemis avaient planté leur étendard en terre, dans la cour et s'étaient d'abord ralliés autour, tant bien que mal. Le Grand Ferré se dirige sur ce point, fraie avec sa hache un chemin sanglant à ceux qui le suivent, disperse ou abat les défenseurs du drapeau et le fait précipiter dans le fossé. Le combat est terminé. Presque tous les assaillants ont péri, tués ou noyés. D'autres gisent à terre dans un état lamentable. Pour sa part, le Grand Ferré a mis hors de combat plus de quarante ennemis ^. La victoire est attristée par la mort du vaillant capitaine Guillaume l'Aloue. Quand on le relève, il respire à peine el ne tarde pas à succomber à ses blessures. Ses hommes l'ensevelissent en pleurant, car il était sage et bon •\

On se hâte de lui donner un successeur ^, en prévisioîi d'im retour offensif des Anglais, qui ne saurait tarder ; mais désormais on ne craint

I. Cont. chronici GuiU. de ISangiaco, II, aSy-ayo:» Qui pcrcutictites iii brachtis potcntibiis super Anglicos, Un se habehanl ac si bUuia in horreis, mon; suu coiisurto, flagellassent. Levabant enim brachia in allum, et sic acriter de brachiis suis super Auglicos atlinp:cbant, quod iiumquain iclusalirpiis sine Icthali vujnerc procedcbat. »

a. Ibid., p. 390 « ... el taliter perculiebal, c^uod anle se plalcam vacuarn facie bat. »■

3. Ibid. : Non cnini altingcbat aliqucm, queni si recto Iramitc perculcrcl, (juin cassidem fran^crel, el illum, cerebro elTuso, ad lerrain ï)roslornerel inlcrenipluni. Lndc uni franj^ebal capul, altcri brachia, alleruiu ad lorrain dcjicicbal... »

4. Op. cit., p. Mji : « El sic illa dio ocrisi, vcl subincrsi, vel proslrali sunl de An glicis quasi omnes quol«iuof veneranl ad hoc l'actum, Dco auxiliaiilc ol Ma^no Fer rato, qui in illo confliclu, prout ferlur, ultra quadraginla viros proslravil el ocridit. »

."). Ibid. : m ... quia sapiens lucral et benignus... »>

»i. Colart Sade, « un de leurs gens ». {Chron. nunn., i4S). Voy. ausbi (Jironogr..l\, a8».

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plus ces insolents voisins *. Dès le lendemain, ils reviennent en force, mais sont reçus encore plus rudement que la veille. Au premier rang, est toujours le Grand Ferré ; l'ennemi qui connaît la vigueur de son bras, en fait une nouvelle et cuisante épreuve. Au bout de quelques instants, les assaillants sont en pleine déroute. Plusieurs prisonniers de marque restèrent aux mains des paysans, et, si ceux-ci avaient voulu les relâcher contre la promesse d'une rançon, « comme les nobles ont accoutumé de faire », ils eussent réalisé de beaux bénéfices, mais ils préférèrent les mettre pdur toujours dans l'impossibilité de nuire ^. L'honneur de la journée fut, comme la veille, pour le Grand Ferré, qui ne devait pas survivre longtemps à son triomphe. A jouer ainsi de la hache, il s'était beaucoup échaufle et fatigué. Pour se rafraîchir, il but avidement de l'eau froide, et aussitôt la fièvre le saisit, qui eut bientôt terrassé cet athlète. Disant adieu à ses compagnons, il regagna son village natal, sa chaumière de Rivecourt 3, où il se mit au lit, mais en ayant soin de placer sa hache à la portée de sa main. Lorsque les Anglais surent que leur redoutable ennemi était malade, ils s'en réjouirentfort, car depuis qu'ils s'étaient mesurés avec lui, ils n'auraient plus osé l'approcher en santé. Us résolurent donc de profiter de sa maladie et de l'empêcher de se rétablir jamais. Douze hommes furent dépêchés secrètement pour l'égorger dans son lit. Sa femme, heureusement, les aperçut de loin et, courant au grabat où il gisait : a Mon pauvre Ferré, dit-elle, voici les Anglais et je crois vraiment qu'ils te cherchent ! Que vas-tu faire ? » Mais lui, oubliant son mal, s'habille à la hâte, et, armé de la lourde hache, qui avait déjà abattu tant d'ennemis, sort de sa maison. A peine est-il dans sa petite cour qu'il se trouve face à face avec les assassins, u Ah ! origands, leur crie-t-il, vous êtes venus méprendre au lit. Vous ne m'avez pas encore ^ ».

Et s'adossant à un mur, pour ne pas être entouré, il tient vaillam-

I. Cont. chr. Guill. de N., II, 391 : « ... qui tamen de Anglicis pro lune non tinnebant ampliiis... »

a. Ibid., 393 : « Quod si rcddidisscnt cos pro pccuniis, sicul nobiies viri faciunt, maxirniiiii lucruin l»al)uisscnt ab Anglicis si voluissent ; sed noliierunl : quinimo dixeriinl qnod amodo eis nocumcnla graviora non inferrent. » Un seul prisonnier put se racbeler, l'espagnol Sanche Lopez, qui fut échangé contre cent prisonniers détenus à Creil.

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