‹ Histoire de CharlesChapitre 87 sur 301 · LES PAYSANS DE LONGUEIL-SAINTE-MARIE · texte numérisé non relu

LES PAYSANS DE LONGUEIL-SAINTE-MARIE

menl lête à ses adversaires, qui montrent un acharnement inouï, décidés à l'avoir mort ou vif. Presséde trop près, il fonce sur eux avec tant de fougue et de courroux qu'il lue tous ceux qu'il frappe. Son attaque est si impétueuse, si irrésistible, que les ennemis n'ont plus le cœur de se défendre. F]n un inslanl, cinq ont mordu la poussière: les sept autres détalent au plus vite. Quand à lui, il retourne à son lit, mais, échaulTé par le combat, il renouvelle sa première imprudence ; l'eau froide qu'il boit immodérément, redouble sa fièvre. Au bout de quelques jours, c'en est fait du Grand Ferré, qui meurt en bon chrétien et est enseveli dans le cimetière de son village. « 11 fut bien pleuré de ses compagnons, et aussi de tout le pays, dit le chroniqueur, car, lui vivant, jamais les Anglais n'y fussent revenus* ».

Je n'ai pas craint de reproduire presque en entier, et après bien d'autres ^, ce passage célèbre de la chronique de Jean de Venette, qui est un vrai fragment d'épopée. Il est rare d'avoir à opposer au récit navrant des calamités de celle triste époque une page héroïque qui fasse diversion à tant de deuils et de ruines, et présage. des temps meilleurs. Guillaume l'Aloue et le Grand Ferré ont-ils eu des émules sur d'autres points du royaume? Gela est infiniment probable, — mille Iraitsépars dans les lettres de rémission permettent de le conjecturer ^. Mais ces

I. Op. cit., p. 293 : « Flauxit autcm illum illa Iota societas et palria similiter, quia qiiamdiu vixissct, ad locum illum Anglici non veuisscnt. »

a. Michelet, Hist. de France, t. III, p. 208^-271.—^ S. Luce, Les origines militaires de Jacques fion/iomme , dans La France pendant la guerre de Cent ans, seconde série, Paris, Hachelle, i8i)3, in-12, p. ig-S-j.

3. La résistance des habitants de Cergy près de Pontoise ressemble beaucoup à celle des paysans de Longueil. Ils se sont réfugiés dans une île de la Seine qu'ils ont « enforciée le mieulx que il ont peu ». Eux aussi ont pour seigneurs des religieux. Leur chef est Thevenin Manessier, « capitaine et garde de la justice que les religieux,, abbé et couvent de l'église de Saint-Denys en France ont au dit lieu de Sargy ». Ils ont o porté grant domage » aux ennemis, « de tout leur povoir, tant à leurs corps, comme à leur deslourncr et empeschièr les vivres que l'en leur nienoient et que il venoient piller sur les genzdu plat pais, pour les garnisons de Miillent et de Poissy... » Continuellement assaillis, « touz jours se sont deffendus les diz compaignoris, à l'aide de Dieu, et [ont] mis à mort, navré et mahangnié pluseurs des diz ennemis etc. b (Arch. nat., JJ. 90, fol. a73"'-273, n' 5,'i9 : Paris, niai i3r)o.) — Secousse, Recueil, 167-168. Cergy : Seine-et Oise ; arr* et c°° de Pontoise.

Les habitants de Boissy-sous S'-Yon se défendent longtemps, et victorieusement dans leur église paroissiale transformée en refuge fortifié. Ils ncct'dent,et après une résistance acharnée, qu'à la grande armée anglaise d'invasion, celle d'Edouard III cl du prince de Galles (Arch. nat., JJ. 90, fol. 3ro, n» 637, Paris, juin iSOo). — Boissy- >ous-S*-Yon ; arr' Rambouillet, c" de Dourdan.

l4o LES PROJETS d'ALLIANCE DU RÉGENT

héros obscurs n'ont pas eu, comme les paysans du Beauvaisis, un Jean de Venette, qui, en dépit de son piètre latin, — si vivant et si français, — a su être l'Homère de ces pauvres gens. En effet, à la veille de l'invasion anglaise, qui semblait devoir consommer la ruine de la France ou y implanter une domination étrangère, et qui aboutit, sinon à un traité honorable, au moins à une paix nécessaire, un sentiment nouveau et bien ancien tout à la fois se fait jour avec une force singulière. Les Etals Généraux l'ont traduit, dans leur réponse, avec autant de simplicité que d'énergie. Le peuple de France s'est ressaisi lui-même ; il saura opposera l'envahisseur une résistance qui, peu à peu, sans batailles meurtrières, sans rencontres décisives, brisera le suprême effort d'Edouard III. Certes, rien n'annonce encore la revanche que Charles V attendra et préparera patiemment, mais déjà se justifie le mot de Froissart, un de ces mots au prix desquels on lui pardonne bien des erreurs de chronologie : « Le royaume de France ne fu oncques si desconfis que on n'y trouvast toujours bien à qui combalre* ».

I. Prologue de Froissart (Luce, Chroniques,!, i" partie, p. aia, d'après le man. A. I, fol. 2).

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