‹ Histoire de CharlesChapitre 92 sur 301 · Jean le Bel, II, 298 ; Froissarl, V · texte numérisé non relu

Jean le Bel, II, 298 ; Froissarl, V

3. Walsingham, Chronicon Angliœ, p. /jo : « ... habuitque (rex Angliae) apud Sandwycum inslruclas oplimc undecics cenlum naves. »

4. En additionnant les ciiifTres donnés par Jean le Bel (11, 299) et Froissart (V, 199-200,1 on obtient un total de 20.000 hommes environ, probablement trop élevé.

Villani, en général plus sage et mieux informé, passe ici toute vraisemblance : « Fcce (il re d'inghilterra) suo sforzo di suoi Inghilesi, e di gente soldata, maggiore che mai per l'addielro... E seconda c'haveniino per vero, il numéro di sua gente passé cenlonxHa. » (Lib. IX, cap. lui ; Muratori, XIV, col. 677). C'est sur le chiffre des archers que les chroniqueurs commettent les plus grosses exagérations.

Le renseignement le plus précis qu'on ait sur la force de l'armée anglaise se trouve dans une lettre du régent aux consuls et habitants de Montpellier, du 13 octobre 1359. H ne concerne que les troupes débarquées à Calais à cette date. Il est doiuié on ne sait d'après quelle .'source et il est suspect de quelque exagération voulue, car il fallait stimuler le zèle des communautés du Languedoc. Voici ce texte qtù ne présente pas les choses comme le font les chroniqueurs. Ainsi le u octobre, le prince de (îalles, le duc de Lancaslre et le comte de Richmond étaient déjà à Calais; ou n'attendait plus que le roi : » De par le Régent etc. Très chers et bien amez. Koiis avons nou\ellement entendu tout pour certain que le-roy d'Engleterre est entré en mer et vient descendre à Calays ou en Normandie, et jà sont descendus à Calays le prince de Cales, le duc de Lancloistre et le comte de Richcmonl, à granl effort de gens d'armes, les quie.r l'en estime à douce mille combatans et plus, et se appareillent forment pour chcvauchier, et jà sont sur les champs et entendent à eulz traire es parties de France etc. » (.\rch. comm. de Montpellier. Fonds du Grand Charlrier, I), xix. — Original, parchemin. Signature autographe.)

ô. Ch. de la Roncièrc, llist. de la marine française, 1, oia. C'est le a5 mai iSâg

l5o DERMÈRE CAMPAGNE D EDOUARD III

marine dût montrer de l'initiative et de l'audace quelques mois plus tard, aucun effort sérieux ne fut tenté pour empêcher ou gêner le passage d'Edouard 111 *. Cependant les bâtiments anglais étaient fort alourdis parleur chargement. En effet, l'armée avait été pourvue d'un immense convoi ; près d'un millier de chars, tous venus d'Angleterre ^ et destinés à porter des moulins à bras, des fours de campagne, des bateaux de cuir pour la pêche sur les étangs, tout un attirail de chasse ^. Ces voitures avaient surtout pour but d'assurer le ravitaillement des colonnes en marche. Edouard lll connaissait à merveille, — il le sut mieux encore après la chevauchée de Lancastre ^ — la ruine et la désolation du pays qu'il aurait à traverser. Pour ne pas souffrir lui-même de la disette et ne pas s'exposer à un désastre, il fallait qu'il pût, le cas échéant, tirer de son convoi tous ses moyens de subsistance.

Edouard III demeura près d'une semaine à Calais, pour y opérer la concentration de son armée, sans doute aussi pour y célébrer la fêle de la Toussaint et celle de la u Commémoration des morts ^ ». Il ne se

qu'Etienne du Moustier avait prêté serment de fidélité devant le Parlement. Le ser ment du Baudrain de la H., maréchal de Normandie^ en qualité d'amiral, ^st du 3 juin.

I. Ch. de La Roncière. Hist. de la marine française, ibid., et n. 6. a. Comme leurs attelages de quatre c< roncins ». *

Washingham, Chronicon Angliœ, p. /40 : « ... ducens secum (rex Anglise) ... fere procercs omnes Angliae.quos comitabantur vel sequebaiilur pe/u' mille carras... » On voit que je m'écarte des chiffres donnés par Froissart et acceptés avec trop de confiance. Jean le Bel s'était borné à répéter un on-dit. « Si se parti l'endemain de Calays, à tout le plus beau charroy queoncques homme vit, car on disoit qu'il y avoit ■ bien vi" chars bien atclcz, qui tous estoient venus d'Angleterre... • (11, 39«j)- Pour Froissart, il y a tout de suite a. plus de six mil chars», qui couvrent <« bien deux liewes de lonch m(V,3oo). il y en a même huit mille, après la levée du siège de Reims, « tous alelés de quatre fors roncins » amenés d'Angleterre (V, 2.2b). 3. Jean le Bel, II, p. 39g. Cf. Froissart, V, uoo et aaô.

II. Ealogium hisloriaruni, 111 : «Maximam penuriant passa est illa comitiva ^il s'agit du duc de Lancastre), eo tempore, NÏctualium. »

5. Scalacronica, 187. Edouard lll, qui avait débarqué à Calais le lundi avant la Toussaint (a8 octobre), en repart le lundi avant la Saint Martin, c'est-à-dire le t\ novembre. — Mêmes dates dans le Chronicon Angliœ, p. l\o : « Igitur vicesimo die mensis octobris pervcnit (rex) Calesiam et quarto die novembris, diviso exercitu suo in 1res turmas propter victualia, unam turmam forlem llenrico Lancastriaî duci commisit; Edwardo vero principi turmam aliain forliorem ; et l'ortissimam retinuit pencs ipsum ». Ceci est en oppositioti avec ce qu'on lit dans V Ealogium historiarum, llî, aa3 : « ... et ibi (à Calais} moratus est per dies Martis, Mcrcurii, Jovis, Veneris (20, 30, 31 octobre, i" novembre). Et die Sabbati,hoc est in commemoratione animaruni vekilia displicuil super Franciam eqiiilando ». L'autorité de Thomas Gray, qui a participé à l'expédition anglaise, ne permet pas d'hésiter entre les deux versions.

LA MA.RCHE SUR REIMS l5l

mit en marche que le hindi 4 novembre. Vraisemblablement, le duc de Lancastre était déjà rentré à Calais, où la jonction se fil*. Les forces anglaises étaient réparties en trois corps d'importance inégale, commandés les deux premiers par le prince de Galles et le duc de Lancastre, le troisième par le roi lui-même qui s'était réservé la plus grosse « bataille*». Le dispositif adopté pour la marche, et qui n'a pas été compris par tous les chroniqueurs, fut imposé par les nécessités du ravitaillement. .L'armée formait trois colonnes, suivant des directions parallèles et séparées par des intervalles d'au moins une lieue ^. Elles étaient en fait à peu près indépendantes les unes des autres et pourvoyaient elles-mêmes à leur sûreté et à leur subsistance.

De Calais, Edouard 111 vint à Saint-Omer. H traversa tout l'Artois, passa devant Arras sans s'y arrêter et pénétra dans le Gambrésis*. Bien qu'il se trouvât en terre d'Empire, il se conduisit comme il l'eût fait, en pays ennemi, malgré les protestations de l'archevêque de Cambrai, auquel le roi d'Angleterre reprochait d'anciennes alliances avec la France ^. Après le Cambrésis, le principal corps anglais traversa le Vermandois et la Thiérache, par où il entra en Champagne dans les derniers jours du mois de novembre ^.

I. Et non point en cours de route, comme le supposent Jean le Bel, II, 399, et Froissart, V, 199.

a. Knighton, Chronicon, 11, 106. — Chronicon Anglix, ho. — Scalacronica, 187. — Jean le Bel et Froissart, ubi supra.

3. Froissart a indiqué, au moins au départ de Calais, un dispositif tout en profondeur. Les colonnes marchent les unes derrière les autres, ce qui ne facilitait en rien le ravitaillement (V, 199). Ailleurs, au moment de l'arrivée d'Edouard III sur les frontières de la Bourgogne, il semble indiquer une autre formation, logique celle-là, mais, comme il dit qu'elle a été adoptée au départ de Calais, on ne voit pas quel est son vrai sentiment sur ce point : « Et estoit leur hos toutdis partis en trois parties, et chevauçoit cescune host par lui. Et avoit cescunc host avantgarde et arrieregarde, et se logoit cescune host par lui une liewe ensus de l'autre. Dont li princes de Galles en menoit l'une, li dus de Lancastre l'autre, et lis rois d'Engleterre le tierce et toute le plus grant. El ensi se maintinrenl il mouvant de Calais jusques adonc que il vinrent devant la cité de Chartres n {V, aaS-aaô). Les mots ensus de l'autre laissent plutôt entendre (|ue Froissart échelonnait les colonnes dans le sens de la profondeur. On ne trouve pas l'équivalent de ce passage dans Jean le Bel.

!t. Scalacronica, 187. - Froissart, V, aoi-aoa.

5. Froissart, V, r^io-aïa. Le roi d'Angleterre a pu obéir aux suggestions e Gautier de Masny, qui, quelques mois auparavant, voulait faire, pour son propre compte, la guerre à l'archevêqiie de Cambrai. Le Pape en écrivit à l'Empereur, pour qu'il interposât son autorité (Denille, op. cit., 336-337).

6. Scalacronica, 187. — Jean le Bel, II, 3oo. — Froissart, V, an.

T5a DERNIÈRE CAMPAGNE d' EDOUARD III

L'itinéraire du prince de Galles est beaucoup mieux connu que celui de son père. L'auteur de la Scalacronica, Thomas Gray, qui fit toute la campagne, en a noté avec soin lespvincipales étapes : Montreuil, Hesdin, puis, après le passage de la Somme en un point qu'on ne connaît pas, Nesle, Ham, Saint-Quentin et enfin, avant d'aboutir à Reims, deuxTlocalités champenoises, Rethel et Ghâleau-Porcien*.

Le duc de Lancastre se tenait à peu près à égale distance du roi d'Angleterre et du prince de Galles"^. C'est tout ce que l'on sait de la marche de son corps d'armée.

Dès le premier jour, les Anglais éprouvent de grandes dilficultés à se ravitailler sur place. Où qu'ils aillent, ils ne trouvent qu'un pa^s dévasté par la guerre et le brigandage 3. Ce n'est pas assez dire. On a fait systématiquement le vide devant l'envahisseur d'après un plan concerté d'avance, qui, dans d'autres provinces, comme la Normandie, est mis en évidence par des textes nombreux et explicites, mais qui s'exécute partout de même, en vertu d'ordres généraux. Aucune force armée ne s'oppose aux progrès de l'ennemi. C'est un aveu d'impuissance sans doute, mais c'est déjà toute une méthode de guerre, la méthode de du Guesclin et de Charles V. Pendant l'expédition d'Edouard III, l'eflort de la défense est concentré, comme il le sera toujours par la suite, sur les villes closes, bien gardées et à l'abri d'une attaque brusquée*. A peine les chroniqueurs peuvent-ils signaler une ou deux escarmouches, celle notamment où Baudoin d'Annequin, le grand maître des arbalétriers, se fit prendre par Barthélémy de Burghersh, aux environs de Saint-Quentin (26 novembre)^.

1. Scalacronica, 187-188. « Reticris » c-t U i>icn Ilélhcl.^ - Ncsie et Ilam; Somme, arr* de Péronne, eh. -lieux de canlon. — Saint Quenliii ; Aisne, ch.-l d'arr'. — Rcliicl ; Ardennes, ch.-l. d'arr'. — Chàleaii Porcien, ch.-l. de c°" de l'arr* de Rélljci.

Voy. P. R.O., Frcrich Uoll 33 Edw. III, i" p., m. 3 (VVestmin.ster, ao août iSôq). Procuration générale pour « Thomas de Orcy, miles, qui in obsequium Régis in comitiva Edvvardi, principis Wallie, ad partes transmarinas profccturus est ».

3. Scalacronica, 187 : « Le duk de Lancastre tient le chemyn entre le roy et souu

ntz ».

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