‹ Histoire de Charles-Édouard, dernier prince de la maison de StuartChapitre 22 sur 78 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

EDOUARD 111 ET DATID If.

Édouard V semblait revivre dans son petit-fils, tandis que le sceptre du roi Robert Bruce était trop pesant pour les faibles mains de David IL Ce prince, monte sur le trône à l'âge de six ans (13:29), en régna plus de quarante, mais successivement mineur, exilé, prisonnier et tributaire de son puissant ennemi. 11 y eut pendant ce règne une solidarité de malheurs entre la France et l'Écosse, car ce fut l'époque de Crécy et de Poitiers; et David vit arriver à Londres le roi Jean pour partager ses fers. On peut dire que ce fut la diversion de la France qui sauva l'indépendance de l'Écosse, car il est douteux que les Écossais eussent pu résister à la puissance d'Édouard, s'il n'avait voulu conquérir les deux pays à la fois. L'animosité des Anglais et des Écossais n'eût pas permis, il est vrai, que la conquête fût durable; car à cette époque il n'existait guère moins d'antipathie entre eux qu'entre les Anglais et les Français.

Douglas étant mort en Espagne, Randolphe était celui de tous les compagnons de Bruce qui pouvait le mieux continuer son règne; et pendant sa régence Édouard respecta les traités : mais il eut pour successeur le comte de Mar, dont tout le mérite était sa parenté avec le feu roi ; et déjà Édouard avait trouvé un prétendant à la couronne d'Écosse, pour diviser les

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Écossais. Cétail le jeune Édouard Baliol, qu'il avait fait venir de France, et qui, appuyé par quelques anciens partisans de sa famille, mais surtout par les barons anglais des frontières, traversa rapidement l'Écosse, surprit l'armée du comte de Mar, la battit, et courut se faire couronner à Scone. Trois mois après, il était déjà repassé en Angleterre; mais la route était ouverte à Édouard IIl, qui, s'étant fait promettre préalablement foi et hommage, se déclara ouvertement pour Baliol. La guerre fut fatale aux Écossais, et la prudence les engagea à envoyer en France le jeune David : la régence passa du comte de Mar à sir André Moray, qui fut plus heureux que son prédécesseur; mais ce ne fut que sous le régent Robert Stevs^art que David , qui avait fait ses premières armes contre les Anglais en France, osa rentrer dans ses Étals, dont Robert Stewart avait enfin chassé Baliol. David prit lui-même les rênes du royaume, et, voulant aussi avoir sa part de gloire dans une guerre toujours populaire, il fit une excursion dans les comtés du nord jusque sous les murs de Durhani.-Ce mouvement était d'ailleurs concerté avec la France, car Édouard faisait en ce moment le siège de Calais. Les barons du Yorkshire vengèrent une seconde fois l'Angleterre comme sous Guillaume le Lion. Ils s'unirent aux forces que la régence put assembler à la hâte; et David, trahi par le désavantage du terrain , perdit la fameuse bataille de Nevil's Cross, où il fut fait prisonnier. 11 fut conduit à Londres et enfermé à la Tour, pendant que les vainqueurs poursuivirent ses soldats jusqu'au sein de l'Écosse (i346): il semblait que Baliol n'avait plus qu'un pas à faire pour re-

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monter sur le trône; Robert Stewarl, réélu régent, soutint bravement la guerre, profita habilement de l'intervalle des trêves , et repoussa Édouard 111 quand il envahit de nouveau le pays en personne. Édouard III fut plus heureux à Poitiers, où les Écossais combattirent vaillamment et périrent en grand nombre. Cependant l'année d'après (i357) TÉcosse partagea le bénéfice du traité conclu à Bordeaux , et David ob^ tint sa liberté moyennant une rançon de 100,000 marcs d'argent.

David avait trouvé des séductions dans ses fers; il revint en Écosse avec une concubine anglaise, et tout disposé à une lâche condescendance pour les volontés anglaises. Sa concubine fut assassinée, victime des ressentiments de l'Écosse. David visita plus d'une fois le pays qui avait été sa prison, et, se voyant sans enfants de sa femme légitime, il osa proposer à son parlement de reconnaître pour son successeur un fils d'Édouard 111. Il vit bientôt ses sujets en armes lui rappeler avec des cris de révolte qu'il était le fils de Bruce : le sang coula, les possessions des traîtres qu'on supposait favorables à la politique anglaise furent pillées; le roi opposa la force à la force , mais l'ordre ne se rétablit que par des concessions mutuelles. On ne connut qu'après la mort de David un traité secret par lequel il s'engageait à fruslier Robert Stewart de la couronne, au profit du monarque anglais. Un tel roi avait besoin du double prestige de son nom et de ses malheurs pour mourir sur le trône, au milieu d'une nation de plus en plus fière et jalouse de son indé^ pendance.

Les guerres sanglantes du règne de Robert Rrucç\

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avatenl eu du moins l'heureux résultat de rendre en quelque sorte de plus en plus compacte ]a patrie écossaise. Les diverses races, rapprochées par le même intérêt de la défense commune, perdirent jusqu'à leurs dénominations distinctives. 11 n'y eut plus que des Highlanders et des Lowlanders, tandis que, sous Alexandre 111, il y avait encore des Scots, des Gaiwegiens, des Pietés, des Normands, des Saxons, etc. 11 n^était guère de provinces où l'étendard de Bruce n'eût rallié des soldats, qui, autour du roi vengeur de l'Écosse, n'étaient plus que des Écossais.

Le vassal s'attacha davantage au baron, et le baron au roi , par suite de cette fraternité qui natt des mêmes dangers et des mêmes exploits parmi les guerriers. Obéir les armes à la main n'est plus un vasselage, ou plutôt alors on obéit moins au chef qu'à un devoir; non que le soldat fasse philosophiquement cette distinction, mais il y a un instinct qui la lui révèle.

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