LE RÈGNE DE ROBERT III
En rSSg, les Anglais ne possédaient plus que trois places fortes en Écosse : Robert II régnait depuis dixneuf ans, mais son amour de la paix augmentait avec la vieillesse , et son fils aîné étant trop faible pour le remplacer, le gouvernement passa de fait dans les mains de son second fils, qui fut reconnu régent par les trois États du royaume. La mort du vieux roi fit peu de sensation, et quand son successeur monta sur le trône de son père, en changeant son nom de Jean^ eh celui de Robert, parce que ce nom de Jean rappelait le nom et les malheurs du premier Baliol, on continua de respecter le roi dans son frère créé duc d'Albany, et à ne vanter de Robert que sa douceur, sa piété, son humilité de moine. Les grands barons levèrent plus haut la tête, et ensanglantèrent quelquefois les marches mêmes du trône. Les guerres avec les Anglais, devenues de moins en moins importantes, laissèrent une plus vaste carrière aux dissensions intestines. Les Highlanders, appelés toujours les sauvages des montagnes, firent de fréquentes excursions sur leurs voisins de la basse Écosse; et ils auraient été plus redoutables, s'ils n'avaient soigneusement entretenu leurs propres inimitiés entre tribus rivales.
Dans les loisirs de la paix , les nobles des Lowlands donnèrent souvent le spectacle chevaleresque des
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tournois : ou y voyait briller le jeune duc de Rothsay, héritier présomptif de Robert, et qui, plus léger que vicieux, semblait promettre à l'Écosse un prince du caractère de cet Henri V, son contemporain, dont l'âge mûr racheta si bien depuis les torts d'une jeunesse dissolue. Rothsay s'était distingué aussi pendant une courte invasion de Henri IV en Ecosse. Sa mère, Ânnabella, espéra que le mariage changerait les mœurs de son fils; mais l'artificieux Albany mit à prix la main de son neveu , qui fut forcé d'épouser la fille de Douglas, le plus haut enchérisseur des concurrents, au préjudice du comte de March, qui avait déjà fiancé sa fille au prince, et avancé une dot moins considérable. March embrassa le parti anglais; et le jeune prince, respectant peu les nœuds d'un mariage intéressé, se fit de Douglas un ennemi personnel qui se ligua avec Albany, s'empara de son gendre, et le conduisit, d'accord avec Albany, au château de Falkland. Là, deux scélérats subalternes firent, dit-on, mourir de faim le fils du roi, dont la charité de deux femmes inconnues prolongea la vie de quelques jours, l'une d'elles lui donnant le lait de son sein à travers les barreaux de sa prison. Ce fut pour détourner l'attention publique de ce forfait que la guerre fut reprise avec l'Angleterre, et les Écossais allèrent perdre à Holmidon-Hill une bataille où les Percy vengèrent la défaite d'Otterbourne. Plus tard , Henri IV les retrouva comme auxiliaires dans les rangs des rebelles que le comte de Northumberland arma contre lui.
Cependant le malheureux Robert III, retiié dans son manoir patrimonial de File de Bute pour y pleurer son fils, avait découvert quels étaient ses vrais
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meurtriers; dans sa sollicitude pour le jeune Jacques, qui restait encore à sa vieillesse, il le fit embarquer pour la France. Le navire fut capturé par un navire anglais, et le jeune prince captif envoyé à Henri IV, qui dit en riant qu'il parlait assez bien le français pour le lui apprendre, et lui épargner le voyage de France. Cette nouvelle acheva de précipiter le vieux roi au tombeau, et combla les vœux ambitieux du duc d'Âlbany. Celui-ci régna désormais pendant treize années sans contrôle, sous le titre de régent, jusqu'à sa mort, arrivée en i4^9- H eut son (ils Murdoch pour successeur.
Dans l'intervalle , Henri V, qui avait succédé à son père, était presque exclusivement occupé de ses guerres avec la France, se contentant de prolonger la captivité de Jacques. Ce fut en France que les Écossais firent la guerre : on en comptait plus de dix mille au service du Dauphin, et ce fut vainement que Henri V crut se faire un bouclier de la présence de Jacques dans son camp. Il y avait chez eux un sentiment plus fort que l'amour du roi, et c'était toujours cette haine contre le nom anglais que nous verrons être longtemps encore l'expression caractéristique de la nationalité écossaise.
Le Dauphin avait confié aux Écossais, sous la conduite des comtes de Buchan et de Stuart deDarnley, la défense^ de la province d'Anjou contre le duc de Clarence. Celui-ci, averti que les Écossais étaient campés non loin du petit village de Beaugé, espéra les surprendre, et , laissant ses archers, parut tout à coup avec ses seuls hommes d'armes; mais une poignée de Français, retranchés dans une église, donna
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au comte de Buclian le temps de ranger ses troupes en bataille. Les Anglais, craignant de perdre une occasion favorsible 9 s'avancèrent sans prendre la peine d'emporter un poste aussi important; mais iis trouvèrent Buchan bien préparé, Clarence, distingué par une couronne d'or et des joyaux attachés à son casque, fut le premier tué de la main de Buchan. Âvec lui périrent le comte de Kent, les lords Grey, Ross y et plus de quatorze cents hommes d'armes. Les comtes d'Huntingdon et de Somerset restèrent prisonniers. Pour prix de ses services, le comte de Buchan fut créé connétable de France; plus tard, Stuart de Darnley reçut la seigneurie d'Aubigny, et, faveur encore plus haute, un Douglas, détaché dés intérêts de Henri V, devint duc de Touraine. Mais la fortune trahit ces braves auxiliaires de la France à Crévant et à la fatale journée de Yerneuil : leurs débris devinrent les fameuses gardes écossaises de Charles VII.
Henri V n'était plus, et le duc de Bedford consentit à rendre la liberté au roi Jacques; le régent Murdoch venait de jurer une nouvelle alliance avec la France; Bedford pouvait espérer que Jacques embrasserait les intérêts de l'Angleterre par opposition aux vues du régent, qui l'avait laissé languir pendant dix-neuf ans dans les fers, sans se montrer très-empressé à traiter de sa rançon. Selon quelques historiens (i), Murdoch contribua lui-même à ramener le roi en Écosse, pour se venger de ses fils, dont l'indocilité envers lui allait jusqu'à la menace et l'insulte. On savait aussi à la cour d'Angleterre que Jacques aimait la belle Jeanne,
(i) Jean Cartier, Leland, Monstrelet, Pinkerton , etv.