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courtoise et aimable, il gagna si bien la faveur et l'estime du prince de cette contrée , qu'il n'aurait pu aspirer à davantage. Et à la fin il se fit une liaison si familière entre lui et la fille de ce prince , qu'elle devint mère; ce que le prince son père ayant appris, se montra fort courroucé contre Fleance, et tint sa fille en une bnmble servitude, pour la punir de s'être laissé séduire par un étranger. Elle fut cependant délivrée d'un fils nommé Walter, qui, au bout de quelques années , devint un homme d'un courage et d'une vaillance au-dessus du commun , quoique ( par ordre de son grand-père) il eût été élevé parmi les enfants du peuple. Mais il n'en fit pas moins voir, dès la plus tendre enfance, qu'il régnait en lui une certaine force de cœur prête à tenter de hautes entreprises.
« Il arriva que dans une querelle avec un de ses compagnons, après plusieurs paroles de bravade, l'autre lui reprocha d'être bâlard, conçu dans un lit illégitime; sur quoi Walter, irrité, courut sur lui, et dans sa rage le tua de sa main. 11 fut alors charmé de pouvoir s'échapper du pays de Galles ; et étant allé en Ecosse y chercher des amis, il rencontra quelques-uns de ces Anglais venus avec la reine Marguerite, et se conduisit si convenablement dans leur compagnie, qu'il se fit grandement aimer d'eux. Bientôt après, s'étant acquis cette haute réputation, il fut envoyé avec une troupe nombreuse dans les îles d'Écosse , dans le Galloway et autres parties du royaume, pour les délivrer de la tyrannie et de l'oppression qu'y exerçaient diverses personnes désordonnées ; laquelle entreprise il paracheva selon sa mission
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avec tant de courage el de prudence, qu'après son retour à la cour, il fut créé lord Stewart d'Écosse , avec les attributions de recevoir les revenus du roi dans le royaume. »
Les descendants de Walter Stewart agrandirent leurs domaines par de riches alliances; et Robert , le septième sénéchal , petit- fils de Bruce par sa «lère Marjorie, n'avait, sous ce rapport, d'autre rival que le représentant de la maison de Douglas; son père avait été un des compagnons de Wallace et un des héros de Bannockburn; lui-même, il avait goùverné une première fois le royaume sous la minorité de David II, et une seconde pendant sa captivité. , Désigné par Robert Bruce et soutenu par les barons et le peuple, Robert Stewart triompha de la jalousie de David , et plus tard des prétentions de Douglas. Malheureusement , lorsqu'il s'assit sur le trône, quoiqu'il n'eut que cinquante-cinq ans, une vieillesse anticipée avait usé sa vigueur : son surnom de Robert le Chassieux prouve que ses sujets oublièrent ses exploits pour ne plus voir que ses infirmités. « Or, s'en vint le roi Robert d'Escoche, qui était un grand l3onhomme, à tout ungs rouges yeux, rébrachis, qui semblaient de cindal (i). »
En Angleterre, le règne illustre d'Édouard III se terminait par cinq années de faiblesse et de troubles intérieurs ; le roi d'Écosse n'en profita que pour con solider sa propre administration , et se montra fidèle aux traités , sans négliger de se lier toujours plus étroitement avec la France.
(i) Froissa ni.
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Ces dispositions pacifiques n'avaient point changé, quand Richard II succéda à son grand-père ; mais il tardait au fils du Prince Noir de se distinguer par quelques coups d'épée contre FÉcosse, et les barons écossais commençaient à se lasser de leur long repos. Qu'étaient pour eux quelques incursions des frontières , après les grands combats des deux règnes précédents? Le fils ainé de Robert était affligé d'une infirmité qui le rendait impropre à la guerre; son frère, le comte de Fife, depuis duc d'Âlbany, et le lord Douglas, avaient la principale conduite des troupes ; Lanças tre et Northumberland étaient leurs redoutables antagonistes, les champions del'Angleteri'e.
D'après une convention conclue entre la France et a le roi, royaume et communauté d'Écosse, » les Français s'étaient engagés à fournir à leurs alliés mille hommes d'armes, chevaliers et écuyers, douze cents armures complètes, et une grosse somme d'argent. Ce fut le célèbre Jean de Vienne, amiral de France, qui arriva dans le golfe du Forth,à la tête de cette a fleur de chevalerie et d'escurie , » comme l'appelle Froissard ; les Français , cantonnés dans les villages autour d'Édimbourg, trouvèrent d'abord très-plaisant de rire de leurs privations au milieu de la rude et^ pauvre Écosse, «plus déserte qu'habitée, presque toute couverte de montagnes , et plus pleine de sauvagine que de bétail (0; » ils finirent par murmurer, et l'ordre de marcher contre l'Angleterre vint à propos les distraire de leur mécontentement ou de leur ennui. Ils aidèrent les Écossais à ravager le Northum-
(i) Le Laboureur.
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berland et le Cumberland , pendant que Richard II pénétrait de son côté en Ecosse jusqu'à Stirling. Les Français paraissaient surpris de cet échange de dévastations ; mais les Écossais leur firent comprendre qu'en suivant ainsi les dernières instructions de Bruce mourant y ils revenaient chez eux quand ils avaient fait assez de butin y tandis que les Anglais ne trouvaient en Écosse que des horions sans profit.
A la fin de la campagne, les auxiliaires français furent bientôt à charge à leurs hôtes, qui s'en débarrassèrent avechumeur, quoique sans vouloir payer leur passage; aussi les Français répétaient, en parlant de leurs alliés, que « onques si mauvaises gens ne virent et ne trouvèrent si faulx, ne de si petite cognaissance. » Cependant, ils avaient été bien accueillis des dames et des damoiselles, au grand scandale des habitants , et Jehan de Vienne, entre autres, avait eu une intrigue avec une cousine du roi.
Deux ans après (i388), eut lieu ce fameux épisode des guerres du Border^ célébré sous le nom de « /a bataille d'Otterbourne » dans les ballades écossaises , qui ont ici la plus grande analogie avec les chants nationaux des exploits du Cid en Espagne : aussi Froissard , dans sa chronique, en parle comme d'une « des plus nobles rencontres de chevalerie » de l'époque.
Une nombreuse armée écossaise s'était i*asserabiée à Jedburgh pour entrer en Angleterre, sous les ordres du comte de Fife, second fils du roi ; mais , apprenant que les Anglais se préparaient de leur côté à une invasion del'Écosse, le prince se contenta d'envoyer un détachement d'environ cinq mille hommes dans
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leNorthumberland. Douglas commandait cette troupe, le lord James, comte de Douglas, et digne de porter ce nom si redoutable à l'Angleterre. Ayant traversé rapidement la Tyne, il ravagea l'évéché de Durham et tout le pays jusqu'aux portes d'York. A son retour, il passa comme en triomphe devant les portes de INewcastle, où étaient les deux fils du comte de Northumberland, sir Henry Percy , le bouillant Hotspur de Shakspeare , et son frère sir Ralph. Ils n'étaient pas en force pour arrêter Douglas; ils se contentèrent de le harceler, et Hotspur, dans un combat corps à corps avec son ennemi héréditaire, se vit enlever sa lance, à l'extrémité de laquelle flottait un pannonceau à ses armes. « Ce trophée, dit Douglas, sera placé sur la plus haute tour de mon château de Dalkeith. » — « Cela ne sera pas, répondit Hotspur. » — « Eh bien! reprit Douglas, tu viendras alors cette nuit le chercher à la porte de ma tente. » Et il se remit en marche ; mais il campa le soir, et ne s'éloigna pendant deux jours que lentement, comme pour donner le temps à sir Henry Percy de venir chercher son pennon.
Le troisième jour, Hotspur l'atteignit à Otterbourne , à la léte de plus de huit mille hommes qu'il avait enfin eu le temps de rallier. Les Écossais furent à demi surpris ; le choc fut terrible , et la victoire semblait devoir rester à sir Henry, lorsque Douglas, prenant sa hache d'armes à deux mains, fondit, suivi de son porte-bannière, dans les rangs anglais, y fit un carnage affreux, et seul rétablit l'avantage du côté des siens; mais lorsque les Écossais se pressaient sur ses traces victorieuses, il tomba percé de trois blessures mortelles. On l'entoure, on s'informe de son état.
« Je me sens mourir, rëpondit-il froidement ; mais il y a dans notre maison une propliétie qui promet qu'un chef mort gagnera une bataille ; j'espère que cette prophétie \a s'accomplir. Je meurs en Douglas, en plein air, et non dans un lit de malade; vous autres , cachez ma mort à l'ennemi : je vous confie mon étendard ; faites entendre mon cri de guerre , et vengez-moi. »
Il fut obéi et vengé; la déroute des Anglais fut complète , et les deux Percy furent faits prisonniers. Mais l'armée rentra tristement en Écosse, plutôt comme un long cortège de deuil que comme une armée victorieuse.
DE l'aNGLETEBRE ET DE L*£COSSE.