CHAPITRE XI
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Pendant la minorité de Jacques II , il n'y eut entre les Anglais et les Écossais d'autres guerres que les incursions des deux Borders (frontières); quand Jacques fut d'âge à régner, il eut d'abord à s'aflfranchir de la redoutable tutelle des Douglas, que leur titre de ducs de Tou raine enhardissait encore à se regarder tour à tour comme les dominateurs de l'Écosse et comme des souverains étrangers et indépendants. Il y aidait quelque analc^e entre le rôle que jouaient les Douglas à cette époque en Écosse et celui que jouèrent plus tard en France les princes de la maison de Lorraine. Dans un tournoi donné à l'occasion du mariage du roi avec Marie de Gueldre, le comte de Douglas parut avec une suite de cinq mille cavaliers. Il était alors lieutenant général du royaume. Après qu'il eut été obligé de se dépouiller de cette charge, il se sentit encore si puissant qu'il ne lui manquait plus que la couronne. 11 avait entraîné une grande partie des nobles dans son parti, lorsque le roi le manda à la cour : soit que ce fût un plan concerté d'avance, soit que l'insolence d'un vassal aussi redoutable excitât la colère de Jacques, il eut avec Douglas une altercation si vive qu'il mit la main sur son poignard, et, dans une lutte d'homme a homme, il perça le cœur du comte. Ce fut le signal d'une insurrection ,
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mais la victoire resta au monarque. Le feu couva encore sous la cendre pendant quelques années. Les intérêts de l'Angleterre, d'accord avec la vengeance des Douglas, rallumèrent la sédition en 1 45!». Cependant cette alliance des révoltés, qui leur permit de lever une armée de quarante mille hommes, devait à la longue détacher le gros de la nation de leur cause ( 1 ). Les Douglas eurent encore le dessous , furent mis hors la loi, et dépouillés de leurs biens : ils n'eurent d'autre asile que l'Angleterre, où Jacques fit une incursion pour se venger de l'appui qu'ils y avaient trouvé.
Dans les guerres civiles des « deux roses,» Jacques prit parti pour la maison de Lancastre, et, marchant lui-même à la tête d'une nombreuse armée, il s'arrêta devant la forteresse de Roxburgh, qui depuis longtemps était au pouvoir des Anglais. C'était pour rÉcosse un monument humiliant des guerres des Édouard, et dont la destruction valait pour l'orgueil national une grande victoire. Pendant que le roi surveillait une décharge d'artillerie dirigée contre la forteresse, un canon vint à crever, et un éclat de fer le tua sur la place. Marie de Gueldre, la reine, accourut avec sou fils, et, demandant vengeance aux soldats , célébra les funérailles de son époux par la prise de Roxburgh , qui fut rasé.
La minorité de Jacques II avait été funeste au pays, celle de son fils fut l'époque la plus glorieuse du nouveau règne, grâce aux soins de la reine mère et de l'évêque Kennedy, associé au gouvernement,
(i) Lettre de Jacques II au roi de France Charles VU,
HISTOIRB DE LA BIYALITÉ
Quand Henri VI fut chassé du trône d'Angleterre, la reine Marguerite et lui li ouvèrent auprès de Marie de Gueldre la protection due au malheur. La cession de la ville de Berwick fut le prix de cette généreuse hospitalité. Cependant la paix était le premier besoin du royaume , et le politique Louis XI n'obtint pas de grands secours des Écossais dans ses querelles avec Édouard IV.
La mort de la régente et celle de l'évêque Kennedy livrèrent le jeune roi à l'influence d'un favori ambitieux , le lord Boyd , qui contribua cependant à l'acquisition des îles Orcades, en négociant le mariage de Jacques avec Marguerite de Norwége. Boyd et sa famille excitèrent la jalousie des nobles : leur perte fut jurée. Ils succombèrent et furent abandonnés par le roi; mais d'autres favoris leur succédèrent, qui révoltèrent encore davantage l'orgueil de l'aristocratie écossaise, et avec quelque raison. Ce n'était pas encore le temps de dépouiller entièrement la haute noblesse de ses privilèges, ou du moins une telle tentative convenait peu à la faiblesse de Jacques. Il rêva un despotisme égoïste beaucoup plus qu'une juste réforme dans l'intérêt de la couronne et du peuple. Tour à tour tributaire d'Édouard et de Louis XI , Jacques III s'attacha surtout à imiter ce dernier monarque : il ne réussit qu'à copier ses ridicules et non sa profonde politique. Superstitieux, il estimait à un haut prix les saintes reliques, et violait les droits les plus légitimes du clergé en favorisant la simonie; il eut confiance aux sorciers et aux astrologues, qui nourrirent , par Jeurs prédictions , sa haine jalouse pour ses frères, le duc d'Albany et le
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comte de Mar. La cour d'Ecosse eut ses Marlius Galéoti et ses Olivier-Ie-Daim. Les grands seigneurs se virent dédaignés , et les hauts emplois furent confiés à d'obscurs favoris, tels que Cochrane, un maçon; Bogers, un musicien anglais; le forgeron Léonard, le tailleur HomyL Aussi la noblesse n'eut pas de peine à faire cause commune avec le peuple contre un roi et des parvenus qui, comme tous les parvenus quand ils sont les créatures d'un caprice royal et non les représentants de leur classe, méprisaient encore plus le peuple qu'ils n'outrageaient la noblesse. Les frères mêmes du roi, dépouillés de leurs titres au profit des favoris, furent obligés de chercher un asile en France, et ne rentrèrent en Écosse que les armes à la main. Les autres grands seigneurs complotèrent unanimement contre Cochrane, devenu comte de Mar. Sa perte était arrêtée, lorsque, apercevant un moment d'hésitation, un des conjurés raconta la fa* ble des rats et du chat auquel il était question d'attacher un grelot : C'est moi qui attacherai le grelot au chat y s'écria le comte Archibald d'Angus, héritier de la puissance territoriale des Douglas : le surnom de Bell-the-Cat lui en resta, car le grelot fut attaché audacieusement. Cochrane, Bogers, Léonard et les autres furent pendus sur le pont de Lauder, presque sous les yeux du roi.
Une réconciliation entre Albany et Jacques eut lieu par la suite, et dura peu : malheureusement Albany se laissa aller aux suggestions criminelles de Bichard 111, et sa vengeance devint trahison, même aux yeux des nobles mécontents , dont la plupart abandonnèrent sa cause par esprit de nationalité* Il
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alla achever son exil en France, et y eut un fils, qui fut régent pendant la minorité de Jacques V.
Jacques III crut devoir à la terreur qu'il inspirait l'abandon d'Albany ; il s'estima assez fort pour en* velopper dans sa disgrâce toute sa noblesse, et se laissa abuser par la facilité avec laquelle son parle* ment accéda à certaines mesures qui tendaient à l'hu* miliation des grands. Une conspiration générale fut tramée sourdement. Le roi chercha un appui dans la médiation de l'Angleterre : ce fut un nouveau grief contre lui ; on l'accusa de se vendre à l'influence anglaise. Il eut recours à la jalousie des clans et des barons du nord de l'Écosse contre les barons du midi: ces clans n'avaient pas, après les Anglais, d'ennemis plus détestés que les habitants des basses terres. Mais les barons du midi s'emparèrent du fils de Jacques , et en firent leur chef : ils livrèrent bataille au monarque sous les murs de Stirling. Jacques prit la fuite; son cheval eut peur en traversant un ruisseau, et le renversa; un meunier et sa femme, sans le connaître , l'emportèrent évanoui dans leur moulin; en revenant à lui, le monarque demanda un prêtre; interrogé par la meunière, curieuse de savoir qui il était, il lui échappa de dire : a J'étais votre roi ce matin. » Cette femme sortit en criant : <c Un prêtre pour le roi! » Un homme d'armes de la suite de lord Grey s'avançant , se dit prêtre et chirurgien ; il entra dans le moulin , écouta, dit-on , la confession du roi, et, en faisant le geste de l'absolution, le poignarda , puis disparut avec le cadavre sur ses épaules , sans qu'on sût qui il était précisément , ni ce qu'étaient devenus la victime et le meurtrier^