CHAPITRE XVIII
ÀTÉREMEIVr DE CHARLES I**^. — IL PENCHE POUR LE GOUYERICEHElfT DE DBOIT DIYIRy ET YEDT ÉTABLIR L*ÉPI8C0PAT EN ÉG0S8E. — ÉCOSSAIS AU SERVICE DE LA SUÈDE. — CHARLES VA SB FAIRE SACRER EN ÉC06SE. — OPPOSITION DU CLERGÉ PRES- BYTÉRIEN. — PERSÉCUTION. — INSURRECTION. — COVENAUT.
Charles était ne à Duraferline le 29 novembre 1600 : c'était en i6i6 que, par la mort de son frère Henri, il élait devenu l'héritier de la couronne de son père. Le nouveau roi, n'étant que prince de Galles, avait eu quelquefois une conduite légère, mais ses bonnes qualités dominaient plus souvent ses défauts. 11 y avait en lui une élégance naturelle, qui contrastait avec le pédantisme de Jacques : il aimait surtout tes arts en roi. Jamais monarque ne fut salué de plus d'acclamations que Charles 1", lorsqu'il monta sur le trône (162 5). Par malheur, le fameux comte de Buekinghapi, qui avait été son gouverneur, restait son favori; et ce seigneur sacrifia la gloire de son maître à ses propres vices. Les douze premières années du règne de Charles 1*' furent signalées par ses premières • luttes avec le parlement d'Angleterre; mais l'Écosse jouit de la plus complète tranquillité. Cependant, en Écosse même, germaient déjà les semences des guerres civiles qui bouleversèrent plus tard les deux royaumes. Sans tenir compte de la difficulté des temps, surtout des idées révolutionnaires nées de la réforme religieuse, Charles se croyait de bonne foi monarque absolu par la grâce de Dieu ; en se comparant aux rois
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de France et d'Espagne, ou plutôt en se regardant comme l'héritier des Tudors, plus absolus qu'aucun roi du continent, chaque concession qu'il faisait à ses peuples lui semblait être un don libre de sa clémence; et chaque fois qu'il attaquait un privilège ou une franchie nationale, il peqsait n'user que de ses droits. C'étaient là les résultats de l'éducation qu'il avait reçue de son père, et Buckingham ne lui épargnait pas dans l'occasion ses perfides conseils. Les nobles d'Ecosse se virent, dès le commencement de ce r^ne, menacés dans la possession des biens et revenus ec* clésiastiques qu'ils avaient usurpés sur le clergé à l'époque de la réforme; leur ressentiment éclata directement ou indirectement toutes les fois qu'ils en trouvèrent l'occasion.
Depuis l'avènement des Stuarts à la cour<;>nne d'Angleterre, la paix intérieure aurait bientôt fatigué l'esprit aventureux des Écossais, si une carrière ne s'était ouverte à eux dans le nord de l'Europe, où ils purent aller dérouiller leurs épées. Déjà un régiment avait été levé en Écosse, pour le roi de Danemark, par le général Monro; le grand Gustave- Adolphe de Suède appela les Écossais eu plus grand nombre sous ses drapeaux, et plus de dix mille s'y rendirent avec l'agrément tacite de Charles. Ces soldats contribuèrent à la victoire de Leipsick, au siège de Magdebourg, et à la gloire dont Gustave mourant se couvrit à Lutzen : ceux qui, depuis, retrouvèrent le chemin de leur patrie, furent d'excellents maîtres de discipline pour les troupes qui combattirent sous les étendards du Covenant (i).
(i) Voyez la Légende de Montrose, où le capiiaine Dalgcty est
Cependant Charles désirait se faire couronner roi d'Ecosse en Ecosse même; il entreprit comme son père le voyage d'Édimbourg, et comme lui il fut reçu avec enthousiasme. Par malheur, dans le fils comme dans le père, le théologien l'emporta encore sur le roi; et à Buckingham avait succédé dans la faveur de Charles l'évêque de Londres, Laud, aussi zélé pour la suprématie épiscopale que Charles l'était pour la prérogative royale. Le prince et l'évêqiie obtinrent d'abord beaucoup. Un siège épiscopal fut érigé dans Edimbourg. Pour la première fois depuis la réforme, les sceaux d'Écosse furent confiés à un ecclésiastique, l'archevêque Spottiswood; et sur quatorze autres pi*élats, neuf entrèrent au conseil, où leur influence prépondérante, et quelquefois leur orgueil, révoltèrent la noblesse et le peuple. Le rétablissement des abbés mitrés fut proposé par eux, et Laud eût même voulu qu'on ne tardât pas davantage à proclamer la liturgie anglicane. En général, les prélats les plus jeunes se montraient les plus exaltés; les plus vieux avaient plus de prudence, sinon moins d'ambition. Cependant la défiance fît naître des alarmes plus vives. Le roi n'était plus en Écosse; quatre ans de délai donnèrent le temps aux mécontents les plus hardis de prêcher la résistance ; et quand le nouveau service fut enfin ordonné et célébré dans les églises, le tumulte grondait déjà. Dans la cathédrale de Saint-Gilles, à Édimbourg, au milieu d'une assemblée nombreuse,
le type de ces vétérans écossais. La brigade écossaise contribua surtout au gain delà bataille de Leipsick, en faisant usnge du feu de* peloton , qui était inconnu dans la tactique des Impériaux.
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une vieille fruitière nommée Jenny Geddes, indignée contre le doyen, qui voulut officier en surplis, lui cria : «Oses-tu bien nous dire la messe? Que la colique du diable te serre les entrailles, voleur que tu es!» Puis 9 saisissant la chaise ou le banc sur lequel elle était assise, elle le lui jeta à la téte. Ce fut un signal pour les autres femmes du peuple, qui se précipitèrent sur le doyen pour lui arracher son odieux surplis. L'évêque s'interposa, et monta en chaire, mais ne put se faire respecter. On fit sortir du temple les plus mutins; la multitude assiégea les portes, brisa les fenêtres, et empêcha que le service fut continué, en criant : « Un pape! un pape! A Tantechrist! lapidez-le! )> L'évêque et le doyen échappèrent avec peine à la vengeance des séditieux. Ces tumultes se renouvelèrent; des pétitions et des dénonciations contre les prélats furent adressées à Londres. Les grands et le peuple firent cause commune : on jura le maintien du presbytérianisme dans les assemblées» particulières, puis dans les places publiques; une alliance générale de la nation fut enfin arrêtée sous les auspices d'une espèce de comité appelé les Tables , d'après les tables autour desquelles se réunissaient ses membres. Telle fut l'origine du fameux Covenant. Ce Covenant était une professixjn solennelle de la religion calviniste, — «une minutieuse abjuration des rites, «des doctrines et de toute la discipline de Rome, de «ses sacrements bâtards, de sa messe diabolique, de «ses saints, de ses anges, de sa confession, de son «eau bénite, de sa monarchie temporelle, de sa hié- « rarchie maudite, de sa prêtrise inique, y compris la «liturgie anglicane , qui en était une dérivation.»—
Le Covenant fut juré dans toutes les églises, au milieu de l'enthousiasme : cette cérémonie suspendit même dans la partie protestante des Highiands toutes les haines de clans pendant deux mois. Ce fut «la seconde réformation, sanctifiée par Dieu lui-même,» et comparée dans ses progrès «au nuage d'Élisée, qui en un instant s'étendit sur tout le firmament.» De l'adoption du presbytérianisme, il faut faire dater une réforme réelle dans les mœurs extérieures de rÉcosse, ce caractère de dévotion austère et de sombre réserve qui distingue encore les descendants des covenantaires.
Charles, comme tous les princes qui prennent leur obstination pour la fermeté, finit par s'effrayer; mais il fit des concessions, ou plutôt des demi-concessions, en prince qui cède malgré lui. En révoquant sa liturgie, il eût voulu abolir le Covenant presbytérien, et il fit proclamer un Covenant du roi, pour l'opposer à l'autre; mais le Covenant du roi fut repoussé comme un odieux subterfuge :« Dieu a ratifié le Covenant de l'Ecosse, » s'écria une femme enthousiaste; «Satan a ratifié le Covenant du roi.» Une assemblée générale du clergé fut convoquée par Charles lui-même à Glascow, et présidée par le duc de Hamilton ; mais son premier acte fut de mettre en accusation tous les prélats. Le duc de Hamilton voulut la dissoudre : l'assemblée se déclara permanente, et excommunia les évêques, ainsi que tous ceux qui signeraient le Covenant du roi. L'Ecosse presbytérienne n'avait plus qu'à prendre les armes; elle le fit au nom de Jésu« CovEWANTAiRE. Une armée de vingt-six mille hommes fut levée, et mise sous les ordres d'Alexandre Lesly,
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général sorti de l'école de Gustave-Adolphe; la bannière, aux armes d'Écosse, portait cetle devise en lettres d'or : pour la couronne du christ et le co-