DE L ANGLETERRE £T DE L ECOSSE. 1S
dans un débat devant le conseil privé, le ministre Melville osa déchirer le linon du surplis de l'arcbevêque de Cantorbéry, en l'appelant guenille de Rome; il déclara illégales les assemblées de l'Eglise convoquées au nom du roi, et attribua à Satan les « sept articles de Perth,» légères modifications de la liturgie écossaise. On ne put qu'exiler Melville, qui mourut à Sedan.
Les rapports de Jacques avec l'Ecosse se bornèrent presque à ces querelles tbéologiques et à la pacification des deux frontières. Il mourut à l'âge de cinquante-sept ans, la vingt-deuxième année de son avènement à la couronne d'A.ngleterrei Ce prince, devenu plus puissant qu'aucun de ses prédécesseurs, sans avoir justifié sa fortune par aucune grande qualité, eut aussi en partage plus de bonheur qu'aucun prince de son nom avant et après lui; bonheur d'autant plus remarquable que son règne est placé dans l'histoire entre deux échafauds, celui de Marie Stuart sa mère, et celui de Charles son fils. Il n'avait ni beauté dans sa personne , ni héroïsme dans l'esprit. Constant en amitié, il choisit généralement fort mal ses amis. Naturellement doux et clément, il eut pour ses favoris de coupables complaisances, et lui-même il se laissa aller à des excès de vengeance. Souverain pacifique ou plutôt pusillanime, il A^écut en bonne intelligence avec tous les rois de l'Europe, osant à peine réclamer par de simples négociations en faveur de son gendre, quand celui-ci perdit la couronne de Bohême. Élisabeth aurait eu l'âme plus fière(i). Il avait rapporté de sa cour presbytérienne d'Écosse des
(i) Rex fuit Elisabeth , nunc est regina Jacobus.
habitudes bourgeoises et mesquines; il croyait être affable, lorsqu'il n'était que trivialement familier; gâtant son instruction par son pédantisme et sa vanité, il Voulut aussi quelquefois se montrer magnifique et généreux : il n'était alors que prodigue sans discernement (i).
La rivalité entre les deux peuples sembla, sous Jacques P', n'être plus qu'une lutte de courtisans. Les Écossais accouraient en foule à Londres, avec la prétention d'avoir la préférence sur les Anglais dans la distribution des faveurs royales. Les plus pauvres gentilshommes venaient montrer fièrement autour du trône leur pourpoint percé au coude, et s^élonnaient de ne pas être toujours reçus avec familiarité par un roi de leur pays , naguère presque aussi pauvre qu'eux. La jalousie des Anglais fut d'accord avec la vanité du monarque pour renvoyer dans leurs manoirs la plupart de ces «mendiants d'Écosse^ » comme on les appelait; mais ce ne fut qu'après des querelles dont quelques-unes furent sanglantes, que Jacques parvint à modérer cette nouvelle espèce [d'invasion.'
L'Angleterre retira plus d'avantages du nouveau règne que l'Écosse, qui fut même lésée dans^^certains in;érêts matériels. Avant runion|des couronnes, le commerce écossais jouissait en France de certains privilèges, supprimés naturellement du jour où la réu-
(i) Les troubles qui agitent encorey*Èglise (TÉcosse remontent aux prétentions qu'avait Jacques V de soumettre le presbytérianisme comme l'anglicanisme à la suprématie du roi. Il s'est trouvé encore aujourd'hui (1845) deux opinions dissidentes dans le clergé écossais : un schisme en est résulté.
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nion des couronnes plaça les marchandises de tous les sujets de Jacques sous le même pavillon.
Jacques mourut paisiblement dans son lit; cependant quelques historiens ont prétendu qu'il avait été empoisonné par Buckingham.
Les Stuarts, dans la personne de Jacques I*', arrivèrent au trône d'Angleterre à peu près à la même époque que les Bourbons au trône de France. Il avait fallu que le roi de Navarre renonçât au culte protestant pour succéder à Henri 111; si le roi d'Écosse eût été élevé comme sa mère dans le catholicisme , il n'eût pas probablement succédé à Élisabeth. Des chefs de ces deux dynasties, l'un était un guerrier dont la tête avait grisonné sous le casque, l'autre un pédant qui avait peur de l'acier d'une épée : que de contrastes dans les qualités comme dans les défauts de ces deux princes, si Ton voulait poursuivre le parallèle (i)!
(i) Sir Walter Scott a peint ce prince, au physique et au moral , dans les jiventures de Nigel, Le savant M, Disraeli le père a essayé de réhabiliter Jacques I«r, en prétendant qu'il avaif été à la fois renié par ses frères en royauté et ses frères en littérature. Le caractère ridicule du fils de Marie Stuart est si bien établi, que M. Disraeli semble ne s'être proposé que la difficulté d'une argumentation paradoxale. Voir son Character of James /, dans ses Miscellanies of littérature.
HISTOIBE DE BIYAUTK