CHAPITRE XX
EFFET QUE Lk MORT DE CHARLES PRODUIT EN ÉGOSSE. — L'ÉCOSSE KECONNaIt CHARLES II. — UONTROSB.
L'événement tragique du régicide prouva, par l'effet qu'il produisit en Écosse, que ce royaume avait cru moins combattre pour la démocratie politique qiie pour la liberté religieuse. Les paroles de Charles retentirent dans tous les cœurs. «Les Écossais, avait-il dit avant de se livrer à eux, ont souvent déclaré qu'ils nè combattaient pas contre moi, mais pour moi. Je dois maintenant trouver le mot de l'énigme de leur loyauté, en leur offrant l'occasion de montrer au monde s'il faut s'en rapporter à leurs paroles plutôt qu'à leurs actions. » Quand le marché avait été conclu : «Je proteste, avait-if écrit, que les Écossais ne m'ont point trompé en ceci, car ce sont des hommes à qui je me suis confié. S'ils m'ont réellement vendu, j'en suis fâché pour eux, et je regrette que ce soit à un prix tellement au-dessus de celui du Sauveur.» Toutes ces paroles et d'autres, dignes d'un saint, avaient été scellées par le sang de Charles. Ce sang était plus écossais qu'anglais. Toutes les passions violentes cèdent promptement à une réaction. Les principes monarchiques se réveillèrent un moment chez les royalistes tièdes : les plus violents presbytériens n'osèrent justifier la vente du roi quand il ne fut plus; d'ailleurs, ils se voyaient débordés dans lepar-
lement et à l'armée par les Indépendants. La monarchie était garantie par le Covenant lui-même. Les commissaires écossais avaient protesté contre le régicide : l'Écosse , en expiation de la part qu'elle y avait eue, se crut obligée de reconnaître Charles II, qui fut proclamé immédiatement. On se réserva seulement de lui dicter des conditions pour protéger la foi presbytérienne et l'indépendance du royaume. Charles II était alors à la Haye avec les royalistes vaincus, et entre autres avec Montrose, qui fut d'avis de combattre, et non de traiter avec des rebelles. Charles hésita; et puis se décidant pour ces deux partis à la fois, il entra en négociation, tout en laissant partir le vaillant marquis pour l'Écosse à la téte d'un corps d'auxiliaires allemands. Les propositions du parlement écossais furent renouvelées à Bréda, et elles venaient d'être acceptées , lorsqu'on apprit la malheureuse issue du dévouement de Montrose, qui, défait dans les Highlands, proscrit, fugitif, fut livré à Lesly, et condamné au supplice des traîtres. Il répondit avec une fierté pleine de noblesse aux lâches insultes du clergé presbytérien, qui le persécuta de ses importunités jusqu'à son dernier soupir. «Je serai plus heureux, dit-il, d'avoir ma tête exposée sur les murs d'une prison , que mon portrait dans la chambre du roi. » Quand le bourreau lui attacha au cou, par dérision, l'histoire de ses exploits qui avait été imprimée à Paris, il sourit en disant qu'il préférait cette décoration aux insignes de la Jarretière, et demanda si c'était la dernière indignité qu'on lui réservait. Ainsi mourut ce héros royaliste, dont l'héroïsme fut irréfléchi peut-être, comme l'ont prétendu les histo-
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rièns, mais digne encore detre classé parmi les grands hommes de Plutarque par le cardinal de Retz. Son rival ou plutôt son ennemi, le duc d'Argyle, était à la tête du parti contraire : on l'accusa, avec quelque raison, d'avoir cherché dans, sa mort un triomphe personnel. Argyle était le chef du clan des Campbells, dans lequel nous trouverons par la suite une opposition héréditaire aux Stuarts.
«On est naturellement conduit, dit sir Walter Scott , à comparer les guerres civiles d'Angleterre, pendant le dix-septième siècle, avec la révolution de France à la fin du dix-huitième; l'esprit est surtout frappé de l'analogie entre l'insurrection de la Vendée et celle qui fut dirigée en Écosse par Montrose dans le siècle précédent.
' « Le parallèle n'est pas sans doute exact sur tous les points. Les montagnards d'Écosse étaient conduits au combat par leur amour naturel de la guerre, leur usage habituel des armes, et leur attachement patriarcal pour leurs chefs. Les Vendéens, peuple pacifique, ne levèrent l'étendard de la révolte que pour défendre leur religion et leurs libertés de province. Les Highlanders, commandés par le génie supérieur d'un homme dont le cardinal de Retz disait qu'il était celui qui remplissait le mieux pour lui son idéal d'un héros de Plutarque, étendirent la guerre plus loin que les Vendéens, et profitèrent mieux de leurs victoires, mais furent accablés par une seule défaite. Les habitants de la Vendée, commandés par différents chefs, ne montrèrent pas la même énergie dans le succès; mais, se confiant moins à la fortune d'un seul homme, ils se ralliaient et redevenaiient victorieux
ibO HISTOIfiE DE LA BIVALITC
après avoir subi plusieurs échecs répétés. Le mode de combattre des Vendéens et celui des montagnards écossais étaient différenls : les tirailleurs du Bocage comptaient sur la guerre de buissons; tandis que les montagnards, après avoir fait feu, chargeaient en colonnes peu noipbreus.es , mais serrées, sur divers points d'une ligne étendue, et comptaient principalement sur leur habileté à manier l'épée écossaise dans une rencontre d'homme à hoipme. La religion, qui joua un grand rôle dans la^ guerre vendéenne , n'était pas au nombre des motifs qiri excitaient l'armée de Montrose. Tels sont les points dç dissemblance ; mais les points d'analogie sont plus fortement marqués.
«Dans ces deqx guerres mémorables, ce fut une race à part, une race primitive, qui se souleva contre les forces régulières du reste de la nation, pour dé-^ fendre les institutions anciennes qui lui avaient été léguées par ses pères. Pans les deux guerres, l'intrépidité, la sagacité naturelle, la force du corps et l'activité rendirent les insurgents supérieurs à leurs adversaires disciplinés, par l'impétuosité de l'attaque, la justesse*des combinaisons, la célérité des marches, et la patience à supporter les fatigues delà catppagne. Dans les deux guerres ils obtinrent de brillantes victoires, malgré le désavantage du nombre , m,algré le manque d'armes convenables, et surtout de munitions.
« Les habitants du Bocage avaient encore cette ressemblance avec les montagnards écossais , quç, les mêmes désavantages accompagnaient leur mode particulier de faire la guerre. Etant tous volontaires, et servant sans solde , ils se croyaient Hbres de quitter ^
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l'armée quand cela leur plaisait; et une victoire devenait, plus fréquemment encore qu'une défaite , le signal de la diminution de leur nombre. Les Vendéens, comme les montagnards , étaient sans expérience dans l'attaque des places fortes; et quelques-uns de leurs plus grands revers furent la cohséquencé d'imprudentes entreprises de cette nature. Dans un pays ouvert, favorable à l'action de la cavalerie, ces guerriers primitifs combattaient avec moins d'avantage que dans des terrains bordés de clôtures. Le nombre de chefs et officiers indépendants, tendait à introduire la discorde dans leurs conseils. Ce fut ce qui désorganisa plus d'une fois tous les plans de Montrose, et paralysa presque toujours les efforts des Vendéens. Enfin , pour conclure , une guerre qui fit tant d'honneur aux chefs qui la dirigèrent se termina , eu France comme en Écosse, par leur ruine et leur mort. Plusieurs périrent par les exécutions militaires, ou sous le coup d'une sentence judiciaire; leurs familles furent exilées ou privées de leur héritage , et ils ne laissèrent après eux d'autres fruits de leurs succès que la gloire de leur nom. »
HISTOIBE DE hk RIVALITÉ