CHAPITRE XXI
CH4RLES II EH ÉOOfiSB. — CROMWELL , CéNÉRJll DE L4 BÉPimUQUE. IL DÉFAIT LES ÉCOSSAIS. <— COURONNEMENT DE CHARLES II. — IL FAIT UNE INCURSION EN ANGLETERRE. — EST DÉFAIT A WORCESTER.
Charles II se récria contre l'exécution de Montrose, comme si c'était une violation du traité ; mais on lui répliqua en lui faisant entendre que son honneur était intéressé à garder le silence : c'était le menacer de faire connaître les instructions qu'il avait secrètement données au vaillant marquis pour continuer la guerre et l'invasion, sans avoir égard au traité de Bréda. Charles souscrivit à tout ; et ayant promis d'ohserver le Covenant, il s'embarqua pour l'Écosse. A son arrivée, il fut reçu avec des témoignages de respect. Sa table, sa suite, ses équipages, étaient d'un roi; mais les Covenantaires se réservaient tout le pouvoir , et l'insolence du clergé lui faisait surtout sentir qu'il n'était qu'un prisonnier couronné : il sut toutefois réprimer assez sa légèreté naturelle pour assister au service presbytérien , et écouter les longs sermons des prédicateurs avec une certaine gravité, que trahissaient par moments quelques signes d'impatience ou un sourire moqueur (^i).
(i) Parmi d'autres aventures non moins ridicules, on raconte qu'un téte- à-tête amoureux de Charles fut observé par un voisin curieux. Un vieux ministre fut député par ses confrères pour reprocher au roi ce scandale énorme. Introduit devant le monarque.
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Cependant les Écossais auraient désiré conserver la neutralité vis-à-vis de l'Angleterre : leur espoir fut déçu. Un traité avec Charles était déjà un acte d'hostilité aux yeux des Indépendants, qui se souvenaient d'ailleurs des précédentes invasions. La république devait être naturellement soupçonneuse. Tout pouvoir qui commence a besoin d'agir, pour ne pas douter de lui-même. La guerre fut décidée : on rappela Cromv^ell d'Irlande; et Fairfax, qui avait d'abord ac^ cepté le commandement 9 s'en démit en sa faveur. Cromwell marcha contre l'Écosse, précédé de la renommée terrible de ses exploits. Les « Saints » de l'Écosse ne Trimaient pas, et ne lui épargnèrent pas leurs malédictions , malgré son appel au Covenant. Leur indignation contre lui augmenta encore lorsque, ayant franchi la Tv^eed et assis son camp non loin d'Édimbourg, il convertit des églises en étables pour sa cavalerie. Lesly, qui alors égalait Cromwell en réputation de bonheur et de talent, Lesly, qui avait vaincu Montrose, fut le général chargé de réaliser les prédictions présomptueuses du clergé contre «l'impie;» mais les prédicateurs ne se contentèrent pas de leurs anathèmes, et, accusant Lesly d'une coupable lenteur, ruinèrent par leur fanatique imprudence la sagesse de son plan de campagne. Cromwell était à Dunbar comme le lion aux abois, et Lesly se voyait sûr d'une victoire sans effusion de sang, lorsque les
il se borna à lui recommander sérieusement de fermer à l'avenir ses fenêtres en pareille occasion. On dit qu'après la restauration , Charles récompensa le ministre accommodant ; il se rappelait sans doute la plaisanterie, quoiqu'il eût bien pu oublier la sagesse du conseil. (Border Minstrelsy.)
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prophète erièvent à « braêl » de sortin de ses tentes malgré les remontrances du général , et de «fondre sur les Philistins à Gilgal ! » Les officiers- et les soldats aoglaîs. observaient ce jour-là un jeune solennel. Gromwell aperçut à travers sa lunette un mouvement extraordinaire dans- le camp écossais : f< Les voici , s'écria-t-iL; le Seigneur les livre entre nos mains; » Les Écossais continuèrent à descendre des hauteurs de Lammermoor pendant une nuit orageuse :1e matin, avant qu'ils fussent rangés en bataille , ils furent surpris parCromwell, qui , repoussé d'abord , rallia ses troupes, mit. l'ennemi en déroute, s'empara de son artillerie et de son bagage, lui tua trois mille hommes dans la poursuite , et fit plus de dix^ mille prisonniers, dont cinq- mille environ, conduits en < Angleterre, furent transportés comme esclaves aux colonies. Cette victoire a été comparée par les historiens écossais à celle de Pinkie,. sous la i^gence de Marie de Guise; mais elle fut plus fatale encore aux vaincus par les avantages que GromwelLsut en tirer. Édimbourg se rendit à lui, et le château seul retarda. le progrès de ses armes.
Ce fut une cruelle leçon pour les presbytériens; Charles y gagna que les partis: sentirent la nécessité de?se rallier à une cause commtmei. Malgré les invectives du clergé, malgré la décou vertè d'une espèce de contre-révolution royaliste tentée par Charles , le par* lement ne s'opposa plus à son couronnement. Après un jeûne public , en expiation dès péchés de sa famille, la cérémonie fut célébrée à Scone avec la pompe la plus solennelle. Le serment au Covenant fut renouvelé , et le marquis d'Argyle posa la * couronne
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si^K la tefcç du premier wi conenantaipe de UÉcosfiei Od s'occupa ensuite d'une défense vigoureuse; mais Cromwell fut victorieux dans tous les combats , et Cl^arJesi, sur, le. point d'être chassé de l'Écosse, se décida à faire une diversion en Angleterre, où il espérait êïre soutenu par les Cavaliers. Il s'avança donc jusqu'à Worcester à la téte de dix-huit mille hommes. Cromw^ell le poursuivit comme une proie assurée, l'attaqua, et anéantit l'armée royaliste par une victoire complète (3 septembre i655). Le prince s'éloigna en fugitif avec quelques amis jusqu'aux frontières du Staffordshire , et trouva un refuge dans le château de Boscobel. Il passait tout le jour déguisé en bûcheron. La nuit, il errait de chaumière en chaumière : une fois il se cacha dans le feuillage d'un chêne, d'où il put entendre parler de lui les soldats envoyés à sa recherche.
Les guerres civiles avaient forcé chacun de montrer ses opinions à découvert : on savait jusqu'à quel point on pouvait compter sur la fidélité de ceux à qui on s'adressait. Chaque maison royaliste contenait une cachette qui avait servi de refuge aux prêtres persécutés. Charles ne trouva pas un traître, et fut conduit heureusement à Bristol par le colonel Lane, dont la sœur montait en croupe sur le cheval du monarque. De Bristol il se rendit dans le Dorsetshire, faillit êtïe arrêté sur la dénonciation d'un maréchal qui reconnut que sa monture avait été ferrée en Écosse, traversa miraculeusement la troupe du colonel parlementaire Desborough, et s'embarqua enfin pour la France à Shoredam, après quarante et ifn jours de périls et d'aventures romanesques, qui devaient un
jour se renouveler pour le dernier de ses petits-neveux, après la bataille de CuUoden ( i ).
(i) Walter Scott a transporté à Woodstock quelques-uns des événements qui eurent lieu à Boscobel. (Voyez Woodstock, ou le Cavalier,)
DB l'àNGLETERRE ET DE L*ÉCOSSE.