‹ Histoire de Charles-Édouard, dernier prince de la maison de Stuart, precédéeChapitre 13 sur 72 · HISTOIRB DE LA RIVALITE · texte numérisé non relu

HISTOIRB DE LA RIVALITE

vent, au nombre de quatre-vingts, quatre évêques, les abbés, et d'autres prêtres présents, étaient armés d'une corde garnie de nœuds. Henri découvrit ses épaules et reçut cinq coups de chaque prélat, trois de cliaque prêtre ou moine. Après cette fustigation, le monarque reprit sa posture suppliante jusqu'à ce que ta cloche de minuit sonnât les matines: alors il visita tous les autels de la cathédrale, se mit en oraison devant tous les corps saints, el au point du jour, après avoir entendu la messe, il rompit son jeûne en buvant de l'eau rougie avecquelques gouttes du sang de Becket. Ayant voté une somme annuelle destinée à entretenir des cierges allumés autour du tombeau, il partit pour Londres, où, épuisé par cette rude pénitence, il fut obligé de r-ester cinq jours au lit avec la fièvre.

Le soir du cinquième jour, un messager, porteur de nouvelles importantes, arrive et demande à élre admis sans retard auprès de Henri : le roi le reconnaît pour être au service de Ranulfe de Glauville, depuis grand-justicier d'Angleterre. «Glanville est-il sain et sauf? lui demande-l-il. — Oui, sire, répond le messager, et il a sous sa garde votre ennemi le roi des Scots. — Répèle-moi ce que lu viens de dire, s'écrie Hemî, transporté de joie, u Le messager répéta que le roi d'Ecosse était prisonnier, et remit ses dépêches à Henri, qui fit assembler les membres de son conseil , et, remerciant Thomas Becket de son intercession miraculeuse, leur communiqua la nouvelle de sa réconciliation avec le saint martyr-, car, en comparant les dates, il leur fit observer que Guillaume avait été fait prisonnier le malin du jour où il avait lui-même

n,g,t,7i.dh,G00glc

DE L'ANfiLBTEBBB ET DE L'ÉCOSBE. 49

accompli le dernier acte de sa pénitence. C'était le Il juillet que les barons du Yorksliire, ayant rassemblé leurs vassaux, étaient accourus par une marche forcée jusque sous les remparts d'Âlnwick, où Guillaume en personne, à la tète d'un corps d'élite, surveillait les mouvements de la garnison , pendant que le reste de sa nombreuse armée metlail à feu et à sang tout le comté de Northumberland. Un brouillard qui avait régné toute la nuit fil croire aux barons du Yorksbire qu'ils s'étaient égarés : les plus prudents proposaient déjà la retraite, lorsque Bernard de Baliol s'écria qu'il y allait de l'honneur, el ranima leur courage. L'aurore, dissipant le brouillard, leur découvrit les remparts d'Alnwick dans le lointain, el Guillaume qui chevauchait avec soixante cavaliers à sa suite. Le roi d'Ecosse prît d'abord les Anglais pour un détachement de ses propres troupes revenant de la maraude; mais s'apercevant de son erreur : « On va voir qui sont les vrais chevaliers, » cria-t-il aux siens, et il chargea l'ennemi. Accablé par le nombre et désarçonné, il fut forcé de rendre son épée à Gtanville. Ses barons partagèrent volontairement son sort. On le mit sur un cheval, on lui attacha les jambes, et il fui conduit ainsi garrotté jusqu'à Newcasde. La nouvelle de sa captivité jeta la terreur dans son armée, qui se dispersa- La protection de saint Thomas Becket ne fut pas moins puissante pour le roi repentant, sur tous les autres points où il était menacé par des rebelles et des ennemis. Ce fui Henri qui bientôt dicta partout les articles de la paix.

Guillaume fut enfermé d'abord à Richmond; et

D„:,iP<.-jM,Go'Oglc

tfO HISTOIRE DE LA RIVALITÉ

dans ce siècle où les piopliéties de Merlin n'obtenaient guère moins de croyance que les miracles de Thomas Beckel, on ne manqua pas de rappeler quele magicien avait annoncé cet événement, lorsqu'il avait dit qu'un roi d'Ecosse serait bridé avec un frein forgé dans la baie d'Armorique(i).

De Richiiiond, Guillaume fut transféré au château de Falaise, où l'ennui du captif et l'Impatience de ses sujets furent d'accord pour racheter sa liberté au prix exigé par le, vainqueur. Du consentement de ses barons et de son clergé, Guillaume se reconnut « le vassal de Henri pour l'Ecosse et ses aulres possessions : » traité important , duquel datèrent les prétentions d'Edouard 1" et de ses successeurs sur l'Ecosse. I^e clei^é anglais voulut aussi établir sa suprématie sur le clergé écossais : l'acte en fut rédigé et signé ; mais, avec une finesse caractéristique de leur nation, les évèquea du peuple vaincu y introduisirent une clause illusoire qu'ils surent bien faire valoir plus lard.

Guillaume n'eut garde de douter du miracle de saint Thomas Beckel ; quelque cher qu'il lui eût coûté, ce miracle lui sauvait eu quelque sorte l'honneur; mais, voulant aussi se rendre le saint favorable, ou du moins obtenir de lui la neutralité dans l'occasion, il lui consacra un monasière à Aberbrolhock. Cet acte de dévotion envers le dernier martyr canonisé par Rome n'empêcha pas le pape Alexandre de

(i) Dahilur maxilUs tjui/rmnum quod in armorico tinu/abrûabitar : — Le châteiiu de Riohmond nvait été fonili: par un prince (Je Bretagne.

n,g,t,7i.dh,G00glc

DE l'aN6I.BT8HBE Xt DB l'bCOSSB. SI

prendre parti pour le roi et le clergé d'Angleterre, lorsque les évéques d'Ecosse refusèrent de reconnaître la juridiction des archevêques d'York et de Cantorbéry, toujours jaloux d'étendre leur suprématie sur l'autre rive de la Tweed. Guillaume, à son tour, quoique vassal d'un roi qui n'avait vaincu qu'en courbant ses épaules sous la flagellation ecclésiastique , refusa de se soumettre à la décision du pape au sujet de la nomination de l'archevêché de Saint-André, et brava l'interdit et les foudres de l'Église. La mort du pape lui donna seule gain de cause. En i r88, Clément 111 déclara solennellement que l'Église d'Ecosse était la fille de l'Église de Rome par "grâce spéciale,» et ne devait relever que de Rome.

Henri II, cependant, méditait une croisade; il offrit de rendre à Guillaume les châteaux de Roxburgh et de Berwick, si ce prince voulait céder les dîmes de son royaume pour la guerre sainte; les barons d'Ecosse , assemblés en parlement , répondirent qu'ils n'y consentiraient pas, «quand bien même les deiuc Tois auraient juré de les lever. » Cette réponse prouve combien les Écossais saisissaient avidement l'occasion de protester contre le traité qui soumettait l'Ecosse à l'Angleterre; enfin, ce traité, qu'ils supportaient comme un joug humiliant, fut annulé à l'avènement de Richard Cœur-de-Lion, fils de Henri. Ce prince, selon les historiens anglais, fui impolitiquement généreux dans celle circonstance; mais il s'agit d'examiner s'il pouvait faire autrement. Richard parlait pour la Terre-Satnie; il devait craindre qu'en son absence l'Ecosse ne recommençât ses invasions sous le prétexte de reconquérir son indépendance; il avait,

n,g,t,7i.dh,G00glc

Page 1