‹ Histoire de Charles-Édouard, dernier prince de la maison de Stuart, precédéeChapitre 18 sur 72 · HISTOIHB DE LA RIVALITE · texte numérisé non relu

HISTOIHB DE LA RIVALITE

«aura sa mitre d'évéque sur la tête; qu'il fasse ici le a métier de soldat, n L'évéque prît la fortei'essè : les deux autres places fui-eot abandonnées avant l'arrivée d'une troupe de nouveaux chevaliers qu'Edouard avait chargés de la réduire pour gagner leurs éperons. Un mois s'était passé cependant, car Edouard voulait marcher à une conquête sûre. Les Gallois, peuple encore indocile dans sa soumission récente, ayant eu une querelle avec les Anglais, menacèrent de se joindre aux Écossais :« Qu'ils y aillent, reprit froidement Edouard; je châtierai deux ennemis à la fois. i> Tel était le roi à qui Wallace avait affaire. Wallace pouvait encore lui résister-, mais il aurait eu besoin de l'union des barons écossais, et, par malheur, la jalousie des uns, la lâche trahison des autres, conspirèrent contre le héros du pays.

Edouard s'avance, et s'étonne de ne pas trouver d'armée: un ennemi invisible semblait avoir ravagé l'Ecosse. Wallace, par un sage plan de campagne, avait résolu d'éviter une grande bataille; il espérait que la famine ferait bientôt justice d'une armée d'invasion aussi considérable, dans une contrée qui offrait déjà si peu de ressources en temps ordinaire. Tous ses efibrts devaient tendre à inTercepter les convois, et cela lui eût été facile par la connaissance qu'il avait de tous les postes et défilés , grâces à ses premières campagnes. Edouard comprit le danger, et il songeait à faire un mouvement rétrograde sur Edimbourg, pour se rapprocher de la flotte, lorsque deux comtes écossais, Patrick, comte de Dunbar, et le comte d'Angus, révélèrent an roi que Wallace était campé à peu de distance dans la foret de Falkirk,

n,g,t,7i.dh,G00glc

t>B L'ANOtETEBBS ST DE l'ÉCOSBE. di

altendant ie moment de fondi'e sur l'armée anglaise pendant la nuit, et de troubler sa retraite.

Edouard ne put contenir sa joie : « Ix>ué soit Dieu , s'écria-t'il , loué soit Dieu, qui m'a jusqu'ici sauv^ de tout danger! Us u'auront pas besoin de me suivre, c'est moi qui irai à eux. » A l'instant tous les ordres sont cbangésj l'armée est en marcbe sur Falkirk, et arrive à la nuit tombante dans une plaine de bruyères près de Linlithgow : « Chaque soldai , dit la chronique d'Hemingford , se coucha par terre, se servant de son casque pour oreiller; chaque cavalier resta adossé a son cheval, et les chevaux eux-mêmes, n'ayant d'autie nourriture que le fer, rongèrent leurs mors.» Au milieu de la nuit , un cri s'éleva du côté où le roi était étendu, comme les autres, sur la dure : c'était son cheval qui, mal tenu par son page, l'avait réveillé tout à coup en appuyant un pied sur sa poilriue. L'alarme fut au camp. Le monarque blessé put se rendormir, et fut le premier en selle aux premières lueurs du matin. Au delà de Linlilhgow, on Ht une halle sur une colline, où une tente fut dressée pour célébrer la messe en l'honneur de sainte Marie- Madeleine, dont c'était la fête. Déjà on découvrait l'armée écossaise, qui se mettait en bataille. Wallace avait été surpris; il n'était plus temps pour lui de faire retraite sans risques. Sa position étant avantageuse, il espéra encore la victoire, quoique ses forces fussent inférieures des deux tiers à celles des Anglais. Pouvait-il surtout soupçonner la trahison des nobles? pouvait-il croire qu'ils le trahiraient un jour de bataille? il forma de son infanterie armée de piques quatre divisions circulaires; les sol-

dt,GoogIc

66 HIBTOIBB im LA BIVALITE

dats de la preinièi-e ligne plièrent un genou , de manière à présenter de toutes parts une barrière de fer à l'ennemi : les espaces intermédiaires furent remplis par les archers du comté de Seikirk, et la cavalerie resta à l'arrière-garde.

Le premier corps anglais qui s'avança, ignorant la nature du terrain, alla s'enfoncer dans la fange d'un marais; l'évéque de Durham,à lalête d'un autre, fit un détour, et vint se placer en présence de la cavalerie de Wallace; il attendait sans doute que l'attaque conimençét à l'avan t-garde, pour chaîner la noblesse écossaise. «ÉvéqUe, lui cria EValph de Drayton, qui crut qu'il hésitait, retourne à ta messe, — En avant donc! répondit le prélat, qui n'aimait pas à porter les derniers coups; nous sommes tous soldats aujourd'hui.» La cavalerie écossaise, excepté quelques chevaliers, se retira sans tirer l'épée; ce n'était point faute de bi-avoure, mais envie contre Wallace. Les archers de l'infanterie soutinrent l'attaque, et offrirent un front impénétrable à la cavalerie des Anglais. Wallace, abandonné des nobles, était condamné à rininiobililé de la défense, au Heu de pouvoir attaquer à son tour. Edouard fît avancer ses archers, chacun armé de ses vingt-quatre longues flèches qui avaiejit donné lieu à cette expression proverbiale, a que chaque archer anglais portait vingt-quatre Écossais à sa ceinture.» Us furent fidèlesàieur réputation d'adresse, et ouvrirent de larges brèches dans les rangs ennemis, où la cavalerie anglaise, se précipitant avec fureur, continua le carnage. La déroute hit complète; le seul corps que Wallace avait plus immédiatement sous ses ordres put gagner, à l'abri de la forêt, la roule de Stir-

DB LAnCLETBBHB BT DB L'to>SSB. 67

Itng. Edouard se mil à sa poursuite; la citadelle de Stirlitig ne pouvait être défendue, on la livra aux flammes, et ce fut au milieu de ses ruines fumantes que le monarque victorieux passa quinze jours à se rétablir de la blessure que lui avait faite son cheval la veille de la bataille; pendant ce temps-là, ses lieutenants soumettaient ou achevaient de dévaster les comtés voisins. Mais ils servaient par là les vues de Wallace , et le dernier résultat de la victoire devait être pour Edouard la retraite que le héros avait prévue.

Cependant, voyant que son titre pouvait devenir ' un obstacle à la défense du pays , Wallace l'abandonna généreusement à ses envieux , et redestrendit au rang de simple chef de partisans. Pendant les sept années que dura encore la guerre, son nom ne reparaît plus que de loin en loin dans les chroniques; mais on reconnaît souvent sou génie dans les plans de ses successeurs au commandement, et Ton verra qu'Edouard ne l'oublia pas.

Les deux peuples se retrouvèrent une seconde fois en présence, Tannée suivante, à peu près dans les mêmes positions près de Falkirk; cette fois-ci ce furent les barons anglais qui refusèrent de comballre, pour se venger d'Edouard, qui éludait toujours la promesse qu'il leur avait faite de confirmer la grande charte et la charte des forêts.

Les campagnes de 1299 et de t3oo auraient lassé la patience d'un ennemi moins invétéré qu'Edouard; les Écossais semblaient fuir sans cesse, et la conquête était toujours à recommencer. Ils obtinrent même une trêve, que le roi eut Tair d'accorder à la protection

68 HISTOIBK DE L* BIVALITÉ

du roi de France et du pape; Philippe parlait haut pour les droits de Baliol, et BoDiface s'avisa de réclamer le royaume d'Ecosse comme une dépendance du saint-siége. Or, le pape tenait entre ses mains, comme arbitre, les possessions d'Edouard en France, et Philippe menaçait de les confisquer sur son vassal. La bame de l'Ecosse était devenue la passion dominante d'Edouard : il contracla une alliance de famille avec Philippe, et, après avoir fait inutilement soutenir, par des commissaires choisis parmi les docteurs des univemtés, une espèce de lutte scolastique sur la suzeraineté de l'Ecosse contre les légats de Borne, il abandonna les subtilités de cette argumentation pour gagner le pontife à ses intérêts par des sollicitations secrètes, il y parvint, et, armé d'une bulle favorable, fort de la neutralité de la France , entouré de tous ses barons, dont il avait consenti à confirmer les divei's privilèges, il marcha enfin à la tête d'une armée plus formidable que les précédentes, pour soumettre définitivement l'Ecosse, épuisée par ses propres efforts, et même par une dernière victoire remportée récemment à Roslyn. La valeur des Écossais fit encore des prodiges, mais le découragement y succéda. Edouard vit sa conquête à ses pieds; il ne fut plus question de traiter au nom de Baliol ; les vaincus se reconnurent rebelles, et demandèrent merci. Le château de Stii-ling, reconstruit par les Anglais, repris par les Écossais, fut le dernier à ouvrir ses portes; mais sa reddition devint un spectacle d'humiliation féodale que le monarque se plut à donder pour bien constater son triomphe. Les défer^seurs de Stirling avaient

n,g,t,7i.dh,G00glc

DE L AnGI,ETBBIIE ET DE L ECOSSE. «9

déployé lant de bravoure, qu'ils crurent à la géoérostté d'un roi chevalier en se rendant sans condition ; sir William Olifaunl, le gouverneur, et ses viagtcinq compagnons, couverts de nobles blessures, ou exténués par la famine, furent dépouillés de leurs vêtements, excepté la cbemise,et vinrent, pieds nus, les' cheveux flottants, les mains en croix, demandeila vie à genoux : ils furent enfermés, les uns à la Tour de Londres, et les autres dans diverses places fortes. Sir William Olifaunt nous rappelle Ëustache de Saînt-PieiTe , et les autres héroïques bourgeois de Calais.

Il manquait une viclime à Edouard pour être sur de sa conquête. La noblesse était soumise, mais il fallait ôter au peuple celui qui avait été le représentant de ses intérêts, son chef et l'objet des rivalités de cette même noblesse. Quelques historiens prétendent que Wallace refusa l'amnistie qui lui fut offerle, d'autres, qu'il la demanda vainement; sa télé fut de nouveau mise à pris. Tous les capitaines et gouverneurs du roi eurent l'ordre de lui donner la chasse comme à une bête féroce; ses ennemis particuliers furent caressés, et invités à découvrir sa trace; un baron écossais du parti anglais, sir John Menteith , se chargea de trouver un iraitre, et -réussit à intéresser dans son projet un ancien domestique qui avait quelque sujet de haine conti'e Wallace. On le surprit la nuit, dans les bras de sa maltresse, qui sans doute n'était point complice de la trahison, car les chroniqueur l'eussent maudite comnie une autre DaUla livrant aux Philistins le champion d'Israël, a Maudit soit le jour où naquit John Menteith!» s'écrie le

n,g,t,7i.dh,G00glc

H) HISTOIHB DE LA BtVALITÉ

moine Blair, cliapelain du héros, a et que son nom soit rayé du livre de vie ! »

Les liisloriens anglais, en applaudissant à la justice d'Edouard , ont éternisé la tache que le supplice de Wallace a imprimée sur sa mémoire, et dont on eût pu croire les détails exagérés, sans lé soin qu'Us ont pris de les consigner dans leurs annales. Le captif fut conduit à Londres, et la foule se pressait sur son passage pour voir ce « chef de voleurs » (master of thieves) qui avait commis le crime de combattre pour son pays. La veille de Saint-Barlhélemy, on le fit monter à cheval depuis Fenchurch jusqu'à Westminster, et il traversa la ville accompagné du lord-raaire, des shérifs et des aldemien, à cheval comme lui. Dans la grand'salle de Westminster, on lui mit sur la tête une couronne de laurier, parce qu'il s'était vanté, assurait-on, d'en être digne. Sir Peter Mallorie, le justicier, l'accusa alors d'être traître à Edouard ; d'avoir incendié les villages et les abbayes , pris d'assaut les forteresses, égorgé et cruellement torturé les fidèles sujets du roi son maître : « Je ne saurais être traître à votre maître, répondit Wallace, car je ne l'ai jamais reconnu pour le mien; quant à ses sujets, j'ai usé de représailles. » Il fut condamné à mort; on lui 6ta sa couronne, on le chai^ea de chaînes , et on le traina dans les rues attaché à la queue d'un cheval jusqu'au pied d'un énorme gibet. Là, il fut pendu ; mais il respirait encore lorsque le bourreau lui ouvrit le ventre, en retira les entrailles, et les lui brûla au visage; on lui coupa la tète, pour la placer au bout d'une pique sur le pont de Ix>ndres ; et les quatre quartiers de son

n,g,t,7i.dh,G00glc

DB L'ANOLeTBBIE ET DE l'^OSSE. TI

corps écartelé furent envoyas à Hewcastle, à Pearitli , à Perlh et à Aberdeen. « Tels furent, dit un chroniqueur contemporain, les trophées du héros favori des E<x;ossais, qu'ils eurent à contempler, au heu des ban- DÏères et des gonfanons qu'ils avaient suivis naguère si fièrement!» Trophée affreux, en effet, mais sang fécond pour les vaincus. Il avait fallu quatorze ans aux Anglais pour dompter l'Ecosse; au bout de six mois le martyre de Wallace avait porté ses fruits, l'Ecosse était libre.

n,g,t,7i.dh,G00glc

«ISTOiBE DE LA BIVALITÉ

Page 1