DE LA QUATRIÈME ÉDITION
Le succès de mon Histoire de Charles-Edouard a été dû principalement à l'intérêt d'un sujet qui n'avait pas été traité encore , ni avec autant d'étendue et de détails, ni au point de vue de la longue lutte des anciennes nationalités du Royaume-Uni. Les encouragements de la critique sont aussi venus en aide à l'auteur, et je remercie sincèrement tous ceux qui ont bien voulu m'honorer de leurs suffrages ou de leurs conseils. C'est à eux surtout que j'ai songé chaque fois que j'ai rendu mon livre plus digne de leur attention bienveillante, en l'améliorant par des additions utiles ou des corrections sévères. Cette quatrième édition n'aura pas subi moins de changements que les précédentes. Cependant la pensée politique qui dictait, il y a quinze ans, mon ancien avant-propos et mes conclusions, subsiste.
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Je les reproduis donc pour constater la date de mon premier travail, et montrer qu'alors comme aujourd'hui j'avais cherché à concilier mes sympathies pour le dernier prince de la maison de Stuart avec mes réserves contre le principe de sa cause. L'âge, et l'expérience des révolutions contemporaines, calment naturellement les opinions; cependant je ne crois pas que l'indifférence doive aller jusqu'à dire avec Pope , le poëte philosophe , que « le meilleur gouvernement est celui qui est le mieux administré; » à moins qu'on ne ' limite toute magkcrature suprême à une durée viagère. Mais je dirais volontiers, avec une autorité respectée en Angleterre (le docteur Arnold), qu'un gouvernement est une chose tout à fait relative ; et qu'il ne peut y avoir rien qui s'appelle le meilleur gouvernement , d'une manière absolue, pour tontes les époques et pour tous les pays.
Le docteur Arnold me semble encore dans le vrai, lorsqu'il prétend que « le simple changement des temps et des circonstances peut altérer le caractère d'un parti sans qu'il ait changé luimême, et que son triomphe peut à telle époque être un bien , et à telle autre époque être un mal (i). »
h) Lectitm on muârrit Hislnij ; I,nn(toti, |S,'|1.
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Ce que le docteur Arnold dit des partis, je le dirais aussi des princes qui , comme Charles- Edouard, représentent un parti. J'ai cm à la sincérité de ce prétendant , à la générosité chevaleresque et à la probité politique qui pouvaient justifier l'ambition de sa jeunesse; mais je n'ai pu dissimuler que, si le principe d'une restauration pouvait devenir avec lui un principe de progrès , ce principe était , à tout bien considérer, plutôt un intérêt monarchique qu'un intérêt populaire. C'est au reste toute une thèse à soutenir. Ce qu'on peut remarquer en passant, c'est que l'abandon de ce principe , en Europe , a peut-être influé plus qu'on ne croit sur le dénoûment des révolutions qui ébranlèrent et renversèrent tant de trônes un an après la mort de Charles-Edouard. Celles-là même de ces révolutions qui ont un moment affecté la forme républicaine semblent, en définitive, n'avoir profité qu'aux collatéraux ou aux branches cadettes des anciennes dynasties. En 1745, il n'y avait qu'un prétendant en Europe; un siècle s'est écoulé, nous n'en voyons pas moins de trois en i845': un pour la France, un pour l'Espagne, un pour le Portugal, qui tous prétendent également représenter le passé et l'avenir, leurs droits héréditaires et le droit national.
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Viij PBI^FACE.
Je ne àais si cette circonstance y est pour quelque chose ; mais depuis quelques années, en Angleterre, en Allemagne et en France, le nom des Stuaits semble exciter le même intérêt qui fit beaucoup en iS3o pour le succès de mon ouvrage. Charles-Edouard a trouvé enfin d'autres historiens qu'en France : dans les histoires généralesde l'époque où il vécut, on ne se contente plus de raconter son expédition en quelques pages; cet épisode remplit des volumes entiers, comme dans YHÎstoire d'Angleterre depuis la paix d'Utrecht jusquà la paix d Aix-la-CJw.yEw/fe, par lord Mahon, q\ àz.n<,\ Histoire des Highlands et des clans d' Ecosse , par M. J. Browne.
Tout n'est pas avantage à venir avant tout le monde, en histoire surtout; même après avoir réussi vous n'êtes pas longtemps seul , et vous risquez d'être bientôt laissé en arrière. Vos découvertes profitent au dernier qui les met en œuvre, et, fondues avec les siennes, lui appartiennent autant qu'à vous. C'est donc aussi de peur qu'on ne refit complètement mon livre que je l'ai refait déjà trois fois moi-même. Dans ma première édition, j'avais devancé M. Chambers et sir Walter Scott; dans la seconde et la troisième, lord Mahon et M. James Browne; j'ai pu compléter celle-ci en m' éclairant des indications précieuses qu'on
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trouve sur les événements de 1 746 dans les histoires et les mémoires de ces deux derniers auteurs. J'ai eu, enfin, le bonheur de recueillir quelques documents qui leur avaient échappé, ou qui ne pouvaient entrer dans le plan de leurs ouvrages, et que je ne devais pas négliger pour le mien.
Dans la liste des historiens ou biographes contemporains à qui j'ai des obligations que j'aime à reconnaître , je ne demanderais pas mieux que de comprendre un professeur de Breslau , conseiller de S. M. le roi de Prusse , qui a bien voulu me citer, et relever même deux ou trois de mes dates inexactes ( r ). Mais la sage lenteur allemande m'a permis de devancer ce nouveau maitre qui s'offrait à moi de l'autre côté du Rhin : il n'avait pas lu encore toute mon édition de i83o, que j'en avais publié une autre , 011 je me montrais beaucoup plus sévère que lui pour mon premier travail. Il m'est pénible de troubler par un regret une si haute érudition : si, au lien de s'en tenir à l'édition de i83o, le biographe prussien eût consulté celle de i833, il eût trouvé
' (1) Ce ne fut qu'en 17R1 que la réforme du calendrier fut adoplé en Angleterre; de là quelque embarras à faire concorder les date» d'un même événement raconté par les historiens et les ti(^ra[ihe» français et anglais, anténeureroetil à t^Si.
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