CHAPITRE VIII
Edouard I" semblait revivre dans son petil-filsr tandis que le sceptre du roi Robert Bruce était trop pesaot pour les faibles mains de David II. Ce prince, monté sur le trône à l'âge de six ans(i3a9), en régna plus de quarante , mais successivement mineur, exilé, prisonnier et tributaire de son puissant ennemi. Il y eut pendant ce règne une solidarité de malheurs entre la France et l'Ecosse, car ce fut l'époque de Crécy et de Poitiers ; et David vit arriver à Londres le roi Jean pour partager ses fers. On peut dire que ce fut la diversion de la France qui sauva riadépendance de l'Ecosse, car il est douteux que les Ecossais eussent pu résister à la puissance d'Edouard, s'il n'avait voulu conquérir les deux pays à la fois. L'animosité des Anglais et des Ecossais n'eût pas permis, il est vrai, que la conquête fût durable; car à cette époque il n'existait guère moins d'antipathie entre eux qu'entre les Anglais et les Français.
Douglas étant mort en Espagne, Bandblphe était celui de tous les compagnons de Bruce qui pouvait le mieux continuer son r^ne; et pendant sa r^ence Edouard respecta les traités : mais il eut pour successeur le comte de Mar, dont tout le mérite était sa parenté avec le feu roi; et déjà Edouard avait trouvé un prétendant à la couronne d'Ecosse, pour diviser les
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Ecossais. C'^tail le jeune Edouard Baliol, qu'il avait fait venir de France, et qui, appuyé par quelques anciens partisans de sa famille, mais surtout par les barons anglais des frontières, traversa rapidement l'Ecosse, surprît l'armée du comte de Mar, la battit, et courut se faire couronner à Scone. Trois mois après, il était déjà repassé en Angleterre; mais la roule était ouverte à Edouard lil, qui, s'étant fait promettre préalablement foi et hommage, se déclara ouvertement pour Baliol. La guerre fut fatale aux Écossais, et la prudence les engagea à envoyer en France le jeune David : la r^ence passa du comte de Mar à sir André Moray, qui fut plus heureux que son prédécesseur; mais ce ne fut que sous le régent Robert Stewart que David, qui avait fait ses premières armes contre les Anglais en France, osa rentrer dans ses États, dont Robert Stewart avait enfin chassé Baliol. David prit lui-même les rênes du royaume, et, voulant aussi avoir sa part de gloire dans une guerre toujours populaire, il fit une excursion dans les comtés du nord jusque sous les murs de Durham, Ce mouvement était d'ailleurs concerté avec la France, car Edouard faisait en ce moment le siège de Calais. Les barons du Yorksbire vengèrent une seconde fois l'Angleterre comme sous Guillaume le Lion. Ils s'unirent aux forces que la régence put assembler à la hâte; et David, trahi par le désavantage du terrain , perdit la fameuse bataille de Nevil's Cross, où il fut fait prisonnier. Il fut conduit à Londres et enfermé à la Tour, pendant que les vainqueurs poursuivirent ses soldats jusqu'au sein de l'Ecosse (i346): il semblait que Baliol n'avait plus qu'un pas à faiie pour re-
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monter sur le trône; Robert Slewart, réélu r^ent, soutÎDt bravement la guerre, profila habileotent de rinlervalle des trêves , et repoussa Edouard III quand il envahit de nouveau le pays en personne. Édouacd III fnt phislieureux à Poitiers, où les Ecossais combattirent vaillamment et périrent en grand nombre. Cependant Tannée d'après {t'iS'j) rÉcosse partagea le bénéfice du traité conclu à Bordeaux , et David obtint sa liberté moyennant une rançon de 100,000 marcs d'argent.
David avait trouvé des séductions dans ses fers; il revint en Ecosse avec une concubine anglaise, et tout disposé à une lâche condescendance pour les volontés anglaises. Sa concubine fut assassinée, victime des ressentiments de l'Ecosse. David visita plus d'une fois le pays qui avait été sa prison, et, se voyant sans enfants de sa femme légitime, il osa proposer à son parlement de reconnaître pour son successeur un fils d'Edouard III. Il vitbientôt ses sujets en armes lui rappeler avec des cris de révolte qu'il était le fils de Bruce : le sang coula, les possessions des traîtres qu'on supposait favorables à la politique anglaise furent pillées; le roi opposa la force à la force, mais l'ordre ne se rétablit que par des concessions mutuelles. On ne connut qu'après la moil de David un traité secret par lequel il s'engageait à frtislier Robert Siewart de la couronne, au profit du monarque angiak. Un tel roi avait besoin du double prestige de son nom et de ses malheurs pour mourir sur le trône, au milieu d'une nation de plus en plus fière et jalouse de son indépendance.
Les guerres sanglantes du r^ne de Robert BriKC
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DE l'àNGLBTSBBK KT DE l'BCOSSE. S7
avaient eu du moins l'heureux, résultat de rendre en quelque sorte de plus en plus compacte la patrie écossaise. Les diverses races, rapprochées par le même intérêt de la défense commune, perdirent jusqu'à leurs dénominations distinctives. 11 n'y eut plus que des Highlanders et des Lowlanders, tandis que, sous , Alexandre III, il y avait encore des Scots, des Galwegiens, des Pietés, des Normands, des Saxons, etc. II n'était guère de provinces où l'étendard de Bruce n'eût rallié des soldais, qui, autour du roi vengeur de l'Ecosse, n'étaient plus que des Écossais.
Le vassal s'attacha davantage au baron, et le baron au roi , par suite de celle fraternité qui naît des mêmes dangers et des mêmes exploits parmi les guerriers. Obéir les armes à la main n'est plus un vasselage, ou plutôt alors ou obéit moins au chef qu'à un devoir; non que le soldat fasse philosophiquement cette distinction, mais il y a un instinct qui la lui révèle.
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HI8T0UE DE LA BlVALtTÉ