‹ Histoire de Charles-Édouard, dernier prince de la maison de Stuart, precédéeChapitre 38 sur 72 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

- LE» DERMIÈIIE*

Cromwell avait laissé le général Monk en Ecosse : la con(}tiéte et la pacification de ce royaume devinrent désormais plus faciles; l'union des deux pays en une seule république fut mèoie réalisée par la volonté toule-puîssante du Protecteur; mais l'Ecosse ne cessa point de se regarder comme province conquise, et elle éprouva souvent toutes les rigueurs de la conquête. Bientôt Cromwell, s'élevant à la hauteur de sa fortune et personnifiant en lui les droits de la nation , substitua sa volonté souveraine à l'omnipotence parl^eiitaire. L'elfet de son gouvernement fut sensible, "en Ecosse : sa main de fier y comprima toutes les bedons. Sous son règne, les fanatiques gardèrent le silence con^ne les royalistes. Il faut citer toutefois la chevalM'esque entreprise de ce jeune Wogan, qui avait ' passé du service du parlement à celui de Charles U. Conva-ti au royalisme par le martyre de Charles I", . il' avait rejoint le monarque dans les pays étrangers : impatient de l'exil , brûlant du désir de se distinguer par quelque prouesse, il entraîna avec lui quelques cavaliers enthousiastes, débarqua à Douvres, recruta quâfre-vingts hommes, et, traversant audacieuSement . l'Angleterre «t l'Ecosse à leur tête, parvint jusqu'aux Highiands, où venait d'éclater une insurrection com-

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mand^ par le corale de Glencairn. Là , il se distingua par des prodiges de valeur ; mais blessé , et vaincu par le nombre, il paya de la vie sa témérité.

Quand le fameux Evan Dhu , cbef du clan des Camerons^ et le dernier des rojaUsIes qui portèrent les armes, tes eut enfin déposées, l'Ëcbsse subit peu à peu la paix de la servitude. La turbulence naluielic des esprits s'adoucit dans les deux royaumes; ca^ l'entliousiasme de la religion et cdui de la liberté ont aussi leur lassitude. Le despotisme militaire.de Cromwell et son administration ferme préparèrent, il est vrai , les voies à la réconciliation du peupie avec le gouvernement monarchique : il n'y eut plus eçtrç la république devenue muette et la mtmarcbie absolue des Stuarts que la vie d'un seul homme. Cet homme avait l'instinct de la domination , mais aussi celui de la grandeur. Malheureusement, comme tous ceux qui ont eu à lutter contre des factions , il apprît à mépriser les hommes, et ne les crut bons qu'à être gouveraé» malgré eux. Peut-être aussi les factions vaincu^» i^^ lui l'ont-elles calomnié. La souveraine puissaucÀ-m^ difie peu à peu les caractères les mifux trempés. Courtisé par tous les potentats de l'Europe, C^mwell s'assimila à eux, et en fut puni; car, au lieu de se . grandir, il devint accessible à quelques-unes ^es fùblesses des rois. Ses propres soldais Conspirèrent contre «a'vie : il lui fallut une cuirasse «ous ses babils, et des gardes aulour de sa personne; il évitait d'aller et de revenir par le même chemin, ou de dormir pluS" de trois nuits de suite dans la même chambre.''iSoH enthoutiasme religieux avait été pour lui un moyen d'influence et d'ascendant sur les autres; cet etilbou-

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DE L'AHSieTBIlBB ET DE L'tCOSSE. t69

siasme se changea en superstition. Comparé à Israël, digne de lutter avec l'ange du Seigneur, il avait bravé des armées; l'approche d'un inconnu, selon ses détracteurs, le remplissait de crainte. Au-dessns des faiblesses du remords par son ambition, lui qui avait sou- - vent parlé en maître aux orateurs les plus exaltés, et dirigé à son gré les résolutions des chefs comme ta pensée des peuples,... il se taisait confondu en écoulaat les reproches de sa jeune fille, qui ne comprenait pas que le tr6ne pût être relevé sans y faire asseoir les Stuarts. La maladie s'empara de cet esprit épuisé; il mourut, âgé de soixante ans, le 3 septembre (i658), anniversaire des batailles de Dunbar et de Worcester, qu'il avait toujours célébré comme un jour heureux pour lui(rj.

(i) f 11 est mcore douteux dans l'opinion'publique, disait J. J.' Kousseau, si le meurtrier de Charles Stuart n'est point, avee tous '*4<^ forfaits, un des plus grands hosamesqui aient existé. » Od« souvent fait ressortir les contradictions oa disparates da caractère drÉu Aique de Crotni^ell ,' mais, pour être juste dans ce eontraste , il ne fant pas oublier que ses faiblesses ne furent saillantes que lorsque Us loistrs'du pouvoir absolu le livrèrent à llaciuiétude de ; sou Sme , q«i tourn* ai propre activité contre elle-in<|nie , comme leg^n le mieux trempé, s'il reste oisif, se laisse dévorer par sa propre rouille.

Pmt-étre ceux qui ont prétendu retrouver cet immortel rtbeile dans le sStan de Rfilton , sont plus près de là vérité que ceux qui ontcruqti'il était le type du héros i4dicnle de Butler (ffu(iiimï).Uu de nos poètes partagerait cette dernière opinion, si son expression dfe Tiftère Dandin (j'aimerais mieux Sylla ou César-Dandin) ne s'adressait exclusivement à Milord Proterteùr, o'est-à-dire, à Cromwell dans les dernières années de sa vie. Cromwell a été de son siècle : s'il a été supérieur à son parti et 3 l'époque par son génie, il n'en eat pas moins demeuré punlain de lâ^o parsesmœui'spubriqueset

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160 HISTOIHB DB LA BIVàLlT^

Le portrait qu'en a tracé Milton nous peint Cromwell portant la tête plus haute; et, sans jeter un voile officieux sur des actes blâmables, alors même que la Dëcessité semble les justifier, nous devons nous défier de ceux qui voudraient abaisser et surtout ridiculiser l'homme en qui se personnifia si longtemps le génie > politique de l'Angleterre. Les mêmes accusations, les mêmes moqueries ont été adressées au parti q&e Cromwell représenta comme chef, avant de représenter l'État tout entier comme lord Protecteur.

Son fils Richard succéda à son père comme lonP protecteur j maïs ses goûts l'appelaient à la vie'privA: " l'opposition du parlement qu'il avait convoqué, "pyi^ le contrôle despotique que voulurent s'arroger ïur

son costume, 'comme il était rest^ homme danS^e cercle de'sa l^raille, même après avoir tranaperté ses foT^rs dome5jk)ues soi» , les lambris de While-H«ll. - . i^. .'

On m comparé maintes fois Crpraivell à Bonaparte, Ifilord^ro-Ci lecteur à l'Empereur. Malgré les différeaces essentiel leS^uî disiip-- ^ent ces deux grands dominateur, quelques^^iffllogies de ptSinio et de fortune unt suflQ à ces parallèles, les uns dansée 1^011$ liê l'éloge, lesMMrA dflns )e sens de l'outrage : ce nlest pas (^mnfell qui y a perdu. Il faut remarquer eflSn que^uDÎque en^ngleicrre ^ on n'ait pas encore réparé le dernier outrage fait à ses restiS tffttels, chaquq^jour son caractère nloral grandit. Voyez l'opinio* ( 4eM. Macaulay, dans un article sur Mibon considéré comme poele^ et comme homme politique. [Retue Britannique, &aiAk liH-) Enfin, ce penseur original /Tlwinas Carlyle, prAlame Cromwell <Af remgrkabUst ■governor tve hâve kad htrejbr the lastfiiie ce' laries ùT so : > le plus remarquable gnui/emaitt qn'ait eu l'Angfctene depuis-ciuq siècles; • the dbitst man of England, the kingof tnglaad : • le plus habile homme de f' Angleterre , le vrai roi de t'AU' gleterre. - Patt and Preeent,^^. 98. — Voyez aussi le wilame de Carivie Ihtitulé Hero-iwrsliip.

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DE L ANULGTBBIIE ET DE l'ECOSSE. IHI

ses actions les chefs militaires, lui Bient peur : il ab> diqua, vécut jusqu'en 1713, et mourut obscur et oublié à l'âge dequaire-vingt-six ans.

On a souvent répété avec approbation le mot méprisant du prince de Conli, qui ne comprenait pas, en vrai prince, qu'on put descendre volontairement d'un tr6ne. Richard n'était qu'un honnête homme. Princes et peuples, nous préférerons longtemps encore peut-être l'audace à la modération , le héros au sage(i).

On ne sut d'abord à qui allait appartenir la puissance souveraine : les Indépendants désiraient le retour du gouvernement républicain; mais tes Presbytériens revenus de leur exaltation ne demandaient plus (^e des garanties, quel que fût le gouvernement qui serait adopté. Le plus stable leur semblait désormais le meilleur. Le peuple était presque indifférent, et contre son indifférence échouèrent les regrets de quelques vétérans de la révolution; bientôt même l'inconstance populaire se sarprit à tourner ses regards du côté de la dynastie des Stuarts : qn se demanda ce qu'ils étaient devenus, et le malheur même de Charles fut pour lui un titre d'intérêt. Les membres survivants du Long Parlement ne parurent plus qu'odieux et ridicules dans leur prétention à la souveraineté. Les royalistes profitèrent de celte disposition des esprits; et l'homme qui avait le plus d'influence sur

(i) Les poètes dramatiques ont peiit-étrc mietix jugé le fiU de Cromwell que les hisioriens. Voyez le Fils de Cromivell , par M. Eug. Scribe ; nous avons aussi publié une tragédie de M. Série sur le même sujet , duns la /ie(w« Britannique, année 1843.

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l'armée ayant fait ses arrangements avec Charles ou ses partisans, toutes les chances se réunirent en faveur de la royauté. La république était partie d'Ecosse , la restauration ou contre-révolution en vintaussi. Monk dissimula adroitement ses intentions, et marcha sur Jjondres, après s'être déclaré hautemeot pour le parlement. Quand il fut bien assuré du succès, il sembla céder à l'assentiment général : Charles fut proclamé. On paria des conditions de son retour : alors Monk répondit que l'impatience de son armée était si grande, que tout délai serait à craindre. L'enthousiasme est contagieux. Les acclamations retentirent d'une extrémité de l'Angleterre à l'autre: Charles fut rétabli sans conditions sur le trône de ses pères, après -vingt ans de guerres intestines et de révolution. Son voyage de Douvres à Londres fut un véritable triomphe (i)

(i) Voir la Fie de Monk, par H. Guixot.

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