CHAPITRE XXni
ÉCOWE. — DÉMFPOIKTEaEITC.'DES FARTM l!^ BËitCflOtl t CarkU,. — RÉACnOM BOIKUATE. — TnODBLEa. — BËntACTAlBES. — PEl
LET. — MTAIIXE Dtt PONT DE BOTHWELL,
L'avénement de Charles II ne fut pas accueilli avec moins d'enthousiasme en Écosse(r) qu'en Angleterre; mais l'espérance de la nation y Tut encore plus cruellenient trompée. L'oubli de toutes les promesses y rendit peu à peu le gouvernement odieux à tous les partis.
L^ garnisons anglaises furent licenciées. Cetle mesure était populaire, ainsi que celle de là deslruction des forls et des citadelles : c'était reconnaître pleinement l'indépendance nationale de l'Ecosse. Mais l'indépendance de l'Église presbytérienne, qui en faisait partie, n'était pas moins chère à la masse du peuple : elle avait été garantie par le traité de Bréda. Charles ne voulut pas s'en souvenir, ou plutôt il ne se souvint que des longs sermons que les pasteurs presbytériens lui avaient fait subir; et, avec nue légèreté un peu cruelle, il trouva plaisant peut-être de s'en venger. Les condamnations commencèrent par les chefs dont
(i) On cita parmi les eotliousiasies de la r remmequiavaitjelésonbancàlatélc ilu doyen delà cathédrale de Saint-Gilles, ei qui contribua au feu de joie allumé en honneur du retour <le Charles, en y jetant sa chaise et ses paniers d'étalage.
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164 IIISTUIRE DE LA BITILITE
il avait eu le plus à se plaindre. Des exceplioits vinleiit perlldement limiter la loi d'amnistie. Le marquis d'Argyle, dont Monk trahit la correspondance, Tut jugé et mis à moi-t. Gutlirie, prêtre enthousiaste, fut atteint paiement par ta réaction el exéculé. Les courtisans aveugles ou intéressés de Charles lui persuadèrent que le presbytérianisme n'était plus que la religion de quelques obscurs fanatiques, et « indigue d'un gentilhomme. M Quelques minisires apostats, séduits par ta faveur et les dignités, entre autres Sharp, nommé primat d'Ecosse, le confirmèrent dans cette opinion. Ici encore c'était ta lutte du principe d'aulolité contre le principe du libre arbitre. I.a hiéiarcbie épiscopale fut décrétée, les prélats consacrés, lesCovenants abolis, les prêtres soumis à une réélection ou remplacés; et la violence vint au secours de ce système. Le peuple ne protesta d'abord contre l'épiscopal qu'en refusant d'assister au service divin. Telle fut l'origine des couventicules. « La manne avait cessé de tomber autour des temples d'Israël : » chaque dimanche, les zélés preshylériens désertaient en corps la paroisse et l'église, pour aller entendre l'aDcien pasteur, d'abord dans quelque maison, ensuite en plein air, quand la maison ne pouvait plus contenir la foule. Le parlement d'Ecosse avait été assemblé, mais des élections illégales en avaient fait un parlciiîent servile : d'ailleurs, le gouvernement résidait dans un conseil privé que présida d'abord Middieton , agent odieux de la tyranniç, et après lui Lauderdale, homme ambitieux, jadis attaché au Covenant, aujourd'hui dévoué à l'Épiscopat; autrefois partisan de la modération , mais violent et sanguinaire dès qu'il fut
DE LANr.LETEfinR ET DB L ECOSSE. I6ô
convaincu que c'était le meillewr moyen de faire sa cour.
La proscription devint de pins en plus sévère contre les prédicateurs et leurs adhérents. Les amendes at* teignirent les riches; les exécutions militaires, toutes les classes. La crainte, d'abord supposée, bientôt réelle, d'une insurrection, fut un niotir pour augmenler le nombre des troupes : les réfractaires hii-ent dragonnes (^dragooned) , expressiou qui, devenue historique en Ecosse, rappelle à la fois les fameux dragons de Cl a verbeuse, et les missionuaires non moins redoutés des Cévennes en France. L'insurrection éclala enfin dans tes provinces de l'ouest. Un pauvre vieillard des environs de Dumfries avait été arrêté, ne pouvant payer l'amende de l'Église; il était étendu par terre et garrotté, pour être conduit en prison. Les paysans, indignés de ce traitement barbare, désaimèrenl les soldats. Cet acte, nullement prémédité, 'ut suivi de la peur du châtiment; la guerre seule Kitivait en préserver les coupables : Us crièrent ans trmes. Les fugitif'^ des marais et des montagnes s'ulirent à eux, et formèrent une armée de deux niïlle nommes commandée par deux odiciers obscurs , Uarmont et Wallace. Cette première flamme de révolte fut éreÏDle au combat de Pentland-Hill, si célèbre par les ballades populaires. Mais les précautions violentes du gouvernement redoublèrent, et les prédicateurs continuèrent à protester contre n les impiétés l'Achab.n On prétendit les ramener par un prétendu lécrel de tolérance (ticte ffimlulgence). Quelques-uns consentirent à être tolérés; mais ils furent traités d'É> l'astienspar les autres, et comparés injurieusenient à
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166 aiSTOllB DE LA RIVALITE
des chiens muels, incapables d'aboyer. La «voix du désert » avait seule de la puissance; elle retentit bientôt plus haut que jamais: on y répondit par de nouvelles rigueurs. Lauderdale comprit qu'il avait besoin d'une armée permanente, et appela aux armes six mille Highlauders, auxquels furent livrés les comtés de l'ouest comme un pays conquis. Le pillage, les déprédations de toute espèce et les actes les plus atroces achevèrent d'exaspérer la population , contre laquelle il avait été si facile de réveiller les anciens ressentiments des montagnards.
Une humble pétition fui portée à Londres et repoussée : cependant on fit rentrer les Highlanders dans leurs montagnes, où ils emportèrent leur butin ; et il ne resta plus que cinq mille hommes de troupes réglées, pour exploiter paisiblement la terreur causée par leur invasiop.
Une nouvelle insurrection devint une vraie gtferre civile, qui commença par la défaite des soldats royalistes à Loudon-Hill , et finit par la déroute des Whigs au pont de Bothwell. Ce sont ces deux combats que le romancier de l'Ecosse moderne a célébrés en poëte , dans le roman épique à'Old-Mortality{\) , dont les héros sont Balfour de Burley, Claverhouse , Heveuu depuis comte de Dundee, et le beau Monmouth, le fils naturel de Charles, qui avait épousé la fille du duc de Buccleugh, la plus riche héritière d'Ecosse.
Monmouth, jeune prince qui cherchait à se faire une popularité, désirait épargner le sang; il fit promettre quartier à tous ceux qui le demanderaient, ce
(i) Ll's Puritains d'Écosse-