‹ Histoire de Charles-Édouard, dernier prince de la maison de Stuart, precédéeChapitre 56 sur 72 · K HISTOIRE · texte numérisé non relu

K HISTOIRE

temps expédiée à Versailles. I« comité d'Ecosse garantissait que vingt mille hommes étaient prêts à marcher au rendez-vousindiquéjle comité d'Angleten'e s'exprimait de manière à faire espérer une insurrection encore plus imposante : mais comme la condition préalable d'un secoui-s français était toujours exigée, le prétendant voulut que Bohaldie allât lui-même s'entendre en son nom avec le cardinal de Fleury. I« cardinal, cette fois, semblait enfin résolu à agir sérieusement. Il parlait même de mettre au service des Stuarts une armée de treize mille hommes, dont trois mille devaient dëbai^ quer près du fort William dans tes Highiands, et dix mille leplus près pos^ble de Londres, sousle commandement du maréchal de Saxe. Mais bientôt le vieux ministre sembla encore oublier ces belles promesses, et toute cette formidable invasion n'était qu'un projet lorsqu'il mourut.

Bohaldie, venu de nouveau d'Ecosse en France, liouva heureusement la cause des Stuarts en de meilleures mains. Le cardinal de Tencin devait le chapeau rouge à l'influence du prétendant, el Louis XV subissait ladoucedomination d'une femme qui cherchait à se faire ])ardonner sa position équivoque à la cour, en se mon* Irant plus jalouse encore de lagloire du roi que de son amour. La duchesse de Châteauroux s'intéressa d'elle- même à la conspiration jacobile. Bohaldie obtint une audience de M. Amelol, secrétaire d'État des afl*aires étrangères, qui lui dit que le cardinal de Tencin lui avait laissé tous les papiers relatifs à la restauration des Stuarts, et que l'intention du roi était de porter à quinze mille hommes les troupes destinées à l'invasion. Bohaldie retourna auprès du comité jacobîte

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avec ces paroles, et les cori-espuiidances contÎDuèrent jusqu'à ce que, dans les demiei's jours de décembre 1743, un messager mystérieux descendit à Rome chez le. chevalier de Saint-Georçes; il venait de Versailles, portant la nouvelle que toutes les irrésolutions du roi de France avaient cessé. Ijouis W, recoiinaissant Jacques 111 , consentait à laisser venir son filsainéle prince de Galles à Paris, pours'y consulter avec ses partisans et les ministres de S. M. T. C.

Le jeune prince remercia le ciel de lui donner enfin l'occasion de tirer l'épée du fourreau; ses rêves de gloire allaient donc se réaliser! Mais le secret était encore recommandé à sa bouillante audace, car les divei's traités entre la France et l'Ânglelerre n'étant pas ouvertement rompus, ce n'était en quelque sorte qu'une guerre indirecte qui divisait hes deux pays. D'ailleurs , voulant quitter l'Italie par mer, Cliarles-Édouard ne devait pas éveiller l'attention des espions anglais, qui eussent dénoncé son départ aux bâtiments du roi Georges, alors dans la Méditerranée. Il fallut qu'il s'échappât comme un caplif. L'ambassadeur de France à Rome, M. de Canillac, ne fut pas même mis dans la confidence. Le cardinal deTencin voulut que tout fût conduit par son neveu le bailli de Tencîn , ambassadeur de l'oixlre de Malte. Le cardinal d'Àcquaviva était aussi du complot. Charles-Edouard prétexta une partie de chasse au sanglier, qu'il faisait tous les ans au château de la Cisterna, pour s'absenter de Home, le 9 janvier 1 7^4- ^" chemin il feignit une entorse au pied, pour faire une halte sans exciter le soupçon des personnes de la partie. Prenniit l'habit, la médaille et le nom du courrier d'Espagne, il courut la poste jus-

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qu'àGéncs, où il s'embarqua dans une felouque espagnole, sur cette même mer donl , quelques années auparavant, la vue avail fait battre son cœur d'en- Ihoustasme et d'impatience.

Les vents furent quelque temps contraires, et Charles-Edouard traversa une escadre anglaise, au risque d'être pris. Enfin il débarqua le i3 janvier à Anlibes, non loin du fameux golfe Juau, où devait un jour débarquer aussi le glorieux fugitif de l'ile d'Elbe. Nous voyons, par une lettre du commandant d'Aiilibes, M. de Villeneuve, que le prince et son compagnon se disaient deux gentilshommes anglais, nommés Graham et Matlock. M. de Villeneuve, d'accord avec M. le marquis de Mirepoix, gouverneur de la province, réduisit à huit jours la quarantaine des deux gentilshommes, et leur offrit sa chaise de poste pour contimier leur route; mais Charles-Édouaiti préféra monter à cheval et voyager à franc étrier jusqu'à Paris , où il arriva le ao janvier ( i ). 11 y trouva le maréchal de Saxe et les officiers qui devaient servir sous ses ordres. Tous furent charmés des discours du jeune prince; le maréchal, jusqu'alors peu porté à se chaîner du commandement de l' entreprise projetée, fut séduit comme les autres.

Les ministres anglais (WalpoK^ avait enfin succombé ) , instrifils de la présence du (ils de Jacques III à Paiis, dénoncèrent à la Hollande ce qu'ils appelaient tes ambitieux desseins de la France, et adressè-

(i) Le prince traversa Avignon, où il eut une entrevue d'une heure avec le tluc d'Ormond et quelques autres jacobl tes en résidence dans cette ville, ( Manuscrit des affaires étrangères. )

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rent de vaines rëclamalions à Louis XV. Déjà l'armée d'invasion s'assemblait à Lille, à Saint-Omer, à Vire, à Bergues , prête à se porter sur DunkeiY^ue , qui voyait sa rade se remplir de navires de transport. Une flotte de quinze vaisseaux de ligne et de cinq frégates se montra aussi dans le détroit. L'alarme fut grande à Londres et dans les ports de la Grande-Bretagne (i). La principale flotte anglaise était dans la Méditerranée, et il n'y avait que six vaisseaux propres à tenir la mer à Spilhead. Le vent, qui a si souvent combattu pour la marine britannique, détourna la flotte française, et donna le temps à l'amiral sir John Norris de réunir vingt-un vaisseaux de ligne et plusieurs frégates, qui vinrent dans tes Dunes surveiller le mouvement des transports de Dunkerque. Le 23 février, l'amiral anglais, averti que notre flotte était près de Duugeuess, appareilla dans cette direction.

Pendant que les deux flottes étaient ainsi en présence , le comte de Saxe et Charles-Edouard pressaient l'embarquement des troupes; mais une tempête, qui dispersa les vaisseaux français et ceux de l'ennemi, surprit malheureusement les navires de transport , en submei^ea plusieurs, et fil périr un grand nombre de braves soldats déjà à bord. L'expédition fut contremandée , et la présence du maréchal de Saxe ayant

(t) « Il est certain, écri t le maréchal de Saxe au ministre, en date du a6 février 1744, iju'il y a une grande incertitude à LDiKlres,et c'est prouvé par le soin qu'on prend à le cucher;car tous les gens, qui viennent de Londres, e'est-à-dire le commun, disent que toiH y est tranquille. Je sais cependant qu'il s'est tenu des conseils, ménieu(iitaniment,et que l'on a été aux voix chez M. de Walpolc. v l^eltre autographe île Mauiice de Saxe (alors à Calais).

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élé jugée nécessaire en Flandre, Il se vil forcé, lui aussi , d'abandonner le jeune prince.

Charles-Edouard se retira à Gravelines, aussi triste que s'il eât été vaincu (■}. Dans son ennui, il eut, diton , la pensée de se rendre en Flandre, pour combattre dans les rangs de l'armée française : c'était une mauvaise inspiration, dont lord Mareschal le Ht revenir, en lui disant qu'il ne devait tirer l'épée contre l'Angleterre que pour la défense des droits de sa race.

Pendant son séjour à Gravelines, Charles-Edouard gardait l'incognito, et prenait le nom de chevalier de Douglas. Au mois de juin i ^44 d était à Paris , ou du moins dans les environs, écrivant à son père: J'ai pris une maison à une lieue de cette capitale, où je vis codune un ermite. » Mais bienlàt le secret de sa retraite s'ébruita, et devint (pour citer les propres termes d'une autre lettre à la date du i6 novembre) le secret de la comédie.

Les préparatifs d^une invasion ayant alarmé les whigs d'Angleterre , les ministres virent se rallier autour d'eux quelques-uns de ceux-là même qui leur faisaient l'opposition la plus vive. Le premier Pilt, et le second duc de Marlborough, oublièrent également leui-s griefs dans le danger commun ; sir Robert Walpole, qui ne mourut qu'en i ^4^ i apporta le concours de son adhésion à toutes les mesures proposées. Chaque fois qu'il fallait voter le budget de l'armée, les

(i) Voir dans l'appcnilicf! de ce volume la lettre qu'il écrivit de Gravelines à lord Semp'ill, en date tlii t5 mars, ei qui se trouvait transcrite ici dans les précédentes éditions.

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loi'j's el les jacobites, t\u\ sollicitaient seni-èlement un envoi de troupes françaises, se récriaient sur l'entretien d'une troupe étrangère : celte fois, ils s'abstinrent du débat; tes whigs volèrent le subside avec une sorte d'unanimité, et le cabinet fut invité à réclamer des Etats de Hollande le corps de six mille auxiliaîres,qu'ils s'étaient engagés àfournir en cas d'invasion. Vkabeas corpiis fut suspendu. En 1713, le parlement avait imposé extraordinairement les propriétés des catholiques romains; en 1744) l'impôt n'atteignit aucune religion exceptionnellement, mais on remit en vigueur toute 1» législation contre les papistes eties ecclésiastiques non assermentés; àtaloisur les crimes de haute trahison , fut ajoutée une clause qui étendait la pénalité sur la postérité des coupables. Quelques arrestations eurent lieu, entre autres celle de lord Barrymore; mais la plupart des prévenus furent relâchés faute de preuves.

La tempête du mois de mars 1744 l'endit la sécurité aux whigs, et en particulier au roi Georges, qui, partant pour le Hanovre, confia tranquillement son royaume d'Angleterre à un conseil de régence.

Si Charles-Edouard, cédant à sa première pensée, avait fait alors avec l'armée française la campagne de ■ 744) il se fût justement trouvé à cette journée de Fontenoy, qui pouvait être pour le jeune Louis XV le point de départ d'un r^ne non moins glorieux que celui de son aïeul : il eût admiré cette noblesse française, qui se donna gaiement le périlleux plaisir de faire les honneurs du champ de bataille., comme si les Anglais nous rendaient en Flandre une simple visite de politesse. [I eût rencontré enfin un an plus tôt et vu fuir le

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duc de Cumberland , qui ne complaît eocoi-e que des défaites dans sa vie militaire. La bataille de Fontenoy fut suivie de la capitulation de Tournay, de Gand, de Bruges, d'Oslende, et de toutes les principales places de la Flandre: Mais les succès de nos armes ne servirent en rien la cause des Stuarts. L'expédition d'Angleterre demeura à l'état de menace; et nos troupes étant engagées à la fois en Flandre et en Italie , aucun détachement ne fut mis à la disposition de CIiaHes- Édouard , pas même la brigade irlandaise ; tandis que le gouvernement anglais fît rentrer peu à peu tes siennes en Angleterre, et obtint mêmede la Hollande, son alliée, que six mille Hollandais seraientenvoyésau secoursdes wliigs. Les alliés de Louis XV, au contraire, entre autres le roi de Prusse et les princes proteslauts d'Allemagne, lui firent entendre qu'ils voyaient avec défiance l'appui prêté par lui à la restauration d'une famille catholique (i). Si réellement le cabinet de Versailles céda à cette considération , le cardinal deTeacin avait, pour se justifier à Rome, le précédent de Richelieu lui-même, soutenant en Allemagne les prolestants, qu'il combattait en France. En prenant parti contre Marie-Thérèse, ne suivions-nous pas de l'autre côté du Rhin les traditions de Richelieu ?

Quoi qu'il en soit des motifs de la cour , Charles- Edouard s'aperçut bientôt qu'il ne devait compter que sur lui-même. On voit, par sa correspondance, qu'il

(i) Mémoires (le Noailles, vol. VI, p. aa. Je dois celte in dieaiiop ji lord MaboD , qui a le premier découvert te passage de ces Mémoires, et qui pense que les remontrances de nos alliés d'Allemagne tufGseat pour expliquer la soudaine tiédeur qu'éprouva CbarleS' Édo)iard après les belles promesses du cardinal de Teucin.

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ne put jamais être admis en la présence du roi (i) : n J'avoue, écril-il à son père (i6 janvier 1745) , qu'il faut avoir une forte dose de patieuce pour supporter le traitement que je subis de la cour de France, et les tracasseries de nos propres adhérents : mais la patience ne me manquera dans aucun cas; je n'ai pas d'autre parti à prendre. » Il donnait encore à ce sujet la mesurede sa persévérance, ou de son obstinai ion, si Von veut, dans cette autre lettre où il dit : «Quoique je puisse souffrir, je n'aurai aucun regret, tant que je croirai cette souffrance utile à notre grand objetle me mettrais dans un tonneau comme Diogène, s'il le fallait. »

Au nombre des tracasseries de ses adhérents, il comptait sans doute cette persistance à exiger un secours étranger, lui qui, tout en sollicitant avec instance ce secours, ne cachait pas , et il le prou va, « qu'il avait toujours eu à cœur de rétablir le roi son père par le secours exclusif de ses sujets (a).

(ijVoÏF dans l'appeudice et les pièces justificatives s.i lettre à Louis XV, en date du a4 juillet 1 744- {%) Instructions à Alexandre Macleod.

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