CHAPITRE VII
M EN EOBOPE. — MABIE-THÉBÈaB ET CflULES VU IHTRIGDE) 4
LE CUIMItlL DE FLEUR). — HADiME DE CBATekUlOOI, LE C4RIHN*!. DB TENON, ■. AMELOT , «tUBICE DE MXE , ETC. — GHtM-ES-ÉIlOtljlM
La mort de l'empereur Charles VI fut le signal d'un revirement total dans lapolilique des États de l'Europe, et les Stuarts purent entrevoir la chance de leur rétablissement. Une première fois leur dynastie avait nbtenn une restauration , non-seulement sans le secours d'auxiliaires élrangers, mais encore sans qu'aucune influence diplomatique eût décidé leur retour. La suite a prouvé que Charles-Edouard enviait à Charles II le bonheur dont il était plus digne .que lui ; mais il lui était difficile de l'espérer, quand ses partisans y renonçaient eux-mêmes. Nous l'avons fait déjà remarquer pour les justifier, les scrupules des jacobiles, si les partis en ont jamais de bien séiieux , cédaient à cette réflexion, que les whigs n'en avaient eu aucun à accepter l'intervention d'une armée hollandaise en faveur de Guillaume III contre Jacques IL A leursyeux d'ailleurs le roi Georges n'était-il pas toujours Vélecteur de Hanovre , un souverain allemand, et non anglais, entouré de ti-oupes allemandes, contre lesquelles il était tout naturel d'employer des baïonnettes (espagnoles, suédoises ou françaises? Les susceptibilités nationales étaient alors moins vives qu'elles ne le sont devenues de nos jours, surtout en France, oii
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nous avons reproché s! souvent à la reslaiiralion de i8i5 l'intervention de cette Angleterre qui alluma le bûcher de Jeanne d'Arc, et enchaîna Napoléon sur le rocher à Sainte-Hélène. T^s intérêts dynastiques avaient phis d'une fois fait taire les haines de peuple à peuple. Henri IV avait accepté les soldats d'Elisabeth, comme Jacques 11 tes marins de Louis XIV, sans qu'on leur en eût fait un crime. Les Sluarts et les jacobites virent donc avec joie l'Europe retomber dans la position incertaine où elle était avant la paix d'Ctrecht, et une lutte s'engager en Allemagne, où il était impossible que la France et l'Angleterre restassent longtemps spectatrices.
L'empereur Charles VI avait cru assurer son héritage à sa fille Marie-Thérèse, parla pragmatique sanction, règlement testamentaire et diplomatique auquel l'Europe semblait a voir souscrit d'un commun accord; mais il en était de la pragmatique sanction comme de l'acte qui avait appelé Philippe V au trône d'Espagne : les collatéraux couronnés allendenl, pour plaider, à leur manière, que le testateur soit mort. L'électeur de Bavière réclama pour sa part le sceptre impérial ; le roi de Prusse, la Silésie; l'électeur de Saxe, la Moravie; le roi d'Espagne, la Bohême; le roi de Sardaigne, le duché de Milan, etc. «J'ignore, écrivait Marie-Thérèse, au milieu de toutes ces prétentions , s'il me restera une ville pour faire mes conches. »
La France et l'Angleterre, désintéi'essées en apparence quant aux résultats matériels, semblèrent, en prenant parti, ne consulter que l'honneur et les sentiments chevaleresques. Sir Robert Walpole n'avait pu persuader à sa nation qu'elle avait tout à perdre à ne
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pas maintenir son rôle de puissance neutre en Europe. Lord Carteret, son successeur, aurait voulu continuer soo système, qu'il ne l'aurait pas pu davanl^e ; car en Angleterre, où l'ancien esprit de la chevalerie se réveille quelquefois encore au milieu des mœurs constitutionnelles , il se forma tout à coup, en faveur de la reine de Hongrie, une sorte de ligue parmi les dames, qui auraient volontiers prêché une croisade, et qui ne contribuèrent pas peu à faire déclarer le gouvernement (i). Geoi^es 1", à qui on reprocha si souvent de sacrifier les affaii-es de l'Angleterre à celles de son électoral , avait une trop belle occasion déjouer un rôle en Allemagne pour y manquer. Il voulut commander en personne les troupes anglo-hanovriennes qui allaient défendre les droits de Marie- Thérèse.
En France, le cardinal de Eleuiy n'était pas un ministre moins pacifique que Walpole en Angleterre; mais, en France, le ministre dut céder aussi à ceux qui prétendirent que le principe de la politique française depuis François l*' était l'abaissement de la maison d'Autriche , et qu'il fallait aider activement au démembrement de l'Empire , en soutenant les prétentions de l'électeur de Bavière: d'ailleurs, la France n'avait-elle pas une dette à acquitter envers ce prince, une dette d'honneur, depuis qu'il s'était rangé du côté de Philippe V dans la guerre de la succession d'Espagne? Enfin, il était aussi des hommes d'État qui n'avaient cessé de protester contre l'abandon des principes de Louis XIV, et qui reprochaient au
(i) I,es dames anglaises firent entre elles une soiiâcription qui s'éleva à plus de 3oo,ooi> liTres sterlings.
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régent d'avoir sacrifié à la fois les vitiis inléi-éis de la France el ceux des Sluarls, en faisant cause comoiune avec la dynastie de Hanovre. Pour ceux-là, ce n'était pas assez de combattre le roi Geoi^es en Allemagne, il importait de faire une diversion au cœur même de laGrande-Bretagne. Nous allions donc d'une part nous associer à ces princes qui, voisins avides ou collatéraux jaloux, disputaient l'héritage d'une reine malheureuse; mais de l'autre nous voulions ramener sur le trône de ses aïeux un prince proscrit. Il y avait compensation, et la conscience des hommes d'État sait parfaitement concilier ces actes contradictoires.
Peut-être, après avoir adopté cette politique nouvelle , était-il plus sûr de préparer sans détour une invasion; mais l'esprit d'intrigue régnait à la cour de Versailles, el les minisires de Louis XV eurent l'air de subordonner leur plan aux incertitudes d'un complot. \ la veille de déclarer la guerre à la maison de Hanovre, on aiTectait de ménager ses diplomates, comme si on n'avait l'intention que de leur faire une fausse peur. Cétait avec une défiance marquée qu'on écoutait les agents jacobiles : on évitait surtout de s'expliquer directement avec les Sluarts, en prétextant la crainte de compromettre leurs propres intérêts.
Soit que cette hésitation de la cour de Versailles réagit sur le caractère du fils de Jacques 11 , soit que l'âge et l'habitude de la résignation eussent encore ajouté à son apathie, on remarque dans la conduite du prétendant que, si le réveil de ses espérances n'excita pas en lui des émotions bien ardentes, sa correspondance avec les chefs jacobites prouve cependant qu'il ne pensait pas encore à abdiquer en faveur
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de son fils. Dans les divers manifestes ëmaDés de lui, il continue à prendre le titre de Jacques III, par la grâce de Dieu, roi d'Angleterre, d'Ecosse el de France (i). Il est vrai aussi que les jacobites comptaient généralement sur son abdication, le regardant comme mort au monde, el remplacé de fait par le prince de Galles, dans les veines duquel le vieux sang des Stuarts s'était régénéré en se mêlant avec le sang des Sobieski (a).
Ce tîit dans les premiers mois de l'année fj^^ , que le chevalier deSaint-Geoi^es vil arriver, presque simultanément, à Rome, Mac-Grégor Drummond de Bohaldie el le colonel Brett, chargés de lui porter laliste nombreuse de ses adhérents afHHés aux deux comités d'Angleterre et d'Ecosse, liste dont copie fut en même
(i) Jacques dHtait, en 1743, de la quuran le- troisième aanée àc son règne.
(3) Dans une lettre de Knme, à la date du 1 1 mars 1743, le chevalier de Saiol-Geor^es désigne, pour sou agent confidentiel à Paris, lord Sempill. On voit [<ar cette lettre qu'on avait soumis au prince exilé le projet de s'emparer du châleau de Sdrling en Ecosse, et qu'oD l'engageait île publier udc déclaratiou tendant à alTranchii' de leur vasselage tous les tenunciers ou fermiers de tous les Cbets qui prendraient les armes contre lui, à condition que ces vassaux viendraient eiuc-mémes se ranger sous sa bannière : le prince légitinie répondit qu'il partageait cet avis, en ajoutant cgu'il entendait qne ces tenanciers , plus lîdèles à leur roi qu'à leur seigneur féodal , tiendraient désormais leurs terres directement de la couronne.
Cette lettre et d'autres, ainsi que les mémoires présentés en même temps au cabinet français , montrent toujours qn'i.'ii aiteudanl la guerre générale, les jacobiles entretenaient leur opinion par toutes sortes de petites menées secrèles; mais quand il s'agissait 1 générak, ils subordonna Jenl leur levée de boulopération nclive de la Fi'ancr.
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