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niOOPEB
Le comité jacobite ne s'était pas dissous en Angleterre depuis la condamnation de i'ëvêqiie de Rochester en '717; reconstitué du moins en 1 740 » il continuait de correspondre avec les princes esilés'et leurs partisans à l'étranger. Parmi ses affiliés, on comptait le duc de BeauFort et son frère lord Noël Somerset , chefsjacobitesdescomtés de l'Ouest; sir Watkin-Wynn, du pays de Galles; le docteur William King, de l'université d'Oxford ; le général lord Barrymore, de la chambre des lords ; le colonel Brett, le colonel Cécil , M. Shippen et sir John Hinde-Cotton, de la chambre des communes. En 174O1 le colonel Brett et lord Barrymore vinrent successivement à Paris , et obtinrent une audience des ministres de Louis XV. Ponr véiifier leurs rapports, le cabinet de Versailles envoya à son tour eu Angleterre le marquis de Clermont, qui , au retour de sa mission secrète, confirma qu'il existait une véritable conspiration en faveur des Stuarts : ce fut ce qui décida l'armement de l'expédition que devait commander le maréchal de Saxe. La nombreuse liste des
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3»s iitnaiiB
jacobites influents dont le comité garantissait le concours se trouve eDcore aux archives du ministère des affaires étrangères. Les mêmes assurances de la part des jacobites d'Angleterre furent renouvelées en ty^B. Nous citerons entre autres ce qu'écrivait à M. d'Argenson lord Sempill ^ quelques mois avant 1« départ de Charles-Edouard :
« Le duc de Beaufort , les comtes de Barrymore et d'Orrvry, les chevaliers baronnets Williamset Smith (i), les MM. Brampton et Barry , et tous ces seigneurs qtii ont le secret du roi mon maître, nous ont mandé au commencement de février que IC' chevalier Gotton était toujours de concert avec eux, et qu'ils avaient lieu décompter autant que jamais sur tous les torys qui avaient nouvellement accepté des emplois. Ils m'ont chargé en conséquence de renouveler leurs instances auprès du roi très-tihrétien pour obtenir le secours qu'ils ont tant de fois demandé : ils assureot qne les dispositions générales, soit pour la récep tion des troupes A-ançaisefi dans Londres ^ soit pour le soulèvement des province! , &otit les mêmes que l'année passée; mais que les arnttgemevts partîouliers sont nîieux concertés et plus sûrs, parce qu'on a étendu le secret à plus de pereoûnes : de sorte qu'ils osent répondre, disent-ils avec assuranoC) d« l'anéaDtissement du gouvernement présent, peu de jours après que le prince de Galles aura débarqué avec dit mille hommes.
(i) Je cite let noms tels ijueW tradait lord'$eni(>itf lui-iti^nio, car U plBpait des tettttm et mixtes pléM» âes a%6au jacobKes étaient écrite* en Dmo^aU.
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Dl CHAlLIt-iDODARD. IM
« Ces mêmes amis me maDdeat du aa du moia de février , que le chevalier G)ttoa ^laït venu ks trouver de la part de tous les knys qui stuit en place, pour les assurer que ces messieurs resteront toujours irré* vocablemeut attachés à leurs anciens principes et à leurs anciens amis, et qu'ils se prêteront avec autant de zèle que jamais à tout ce qui pourra contrilnier au rétablissement de leur roi légitiqie. Le chevalier Cotton pria le chevaliei- Williams et le sieur Barry» qui sont chaînés de la corre^K>Qdance, d'envoyer ua exprès pour nous porter cette parole, sur laquelle il affirme que nous devons absolument compter; mais il nous conjure de ne point difTérer le secours d'uu moment : dans quelquelieuqueles troupes de France abordent en Angleterre poitr le service du roi Jacques 111, il assure qu'elles n'y trouveront poiotde ré* sistance.
«Tous nos amis de confiance pensent à cet égard comme le chevalier Cotton, et l'on sait que ce ne sont pas gens à risquer légèrement les gros biens dont ils jouissent. Le fils de mylord Barrymore est encore en France , où il reste par ordre de son père , pour avoir rhonneur de s'embarquer avec les troupes françaises^ et se rendre à la suite du prince de Galles en Angleterre. »
Comme on le voit par cette pièce , ce ne sont plu» seulement les j'acoèites , mais ce sont les torfv euxmêmes qui se prêteront au rétablissement de leur roi légitime. Tout est prêt pour la contre-révolution,... et cependant le cabinet français hésite encore; le roi de France élude de recevoir le prétendant. Serait-ce uniquement pour céder , comme le veut un bistorteu
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déjà cité, aux remontraDces de ses alliés proteslaiits d'A.ltemagDe? Hélas, ce motif peut bien avoir eu son poids, mais, d'après deiu ou troisnotesconfîdenlielles annexées à certains noms d'une liste de jacobites fournie au cabinet français, l'hésitation des ministres de Louis XV s'explique aussi par la d^ance qu'inspiraient quelques-uns des chefs mêmes de cette conspiration si vaste et si bien ourdie. Tel est dénoncé comme timide, malgré ses protestations ardentes; tel est sûr de lui'méme , mais doute des autres ; tel est avare ,... ce qui signifie probablement qu'il est vénal, car il a pactisé une fois au moins avec Walpole, qui savait si bien marchander les consciences jacobites, comme celles de son propre parti.
Le fait est que les pièces diplomatiques, les correspondances privées et les mémoires posthumes trahissent bien des secrets, mais ils en laissent quelques-uns aussi dans l'ombre. Parfois même leurs dépositions incomplètes n'embarrassent que davantage l'historien en décomposant ces êtres abstraits qu'on appelle un peuple , un parti , une secte , et qu'il était si commode de faire penser et agir dans leur unité idéale comme llsraêl de l'Écriture comparé à un seul homme. Quand, par ces aveux , par ces dénonciations, vous voyez de quels éléments hétérogènes furent formées ces agrégations factices, ce que valurent les votes de tel orateur et la plume de tel publiciste, combien il y eut d'égoîsme et d'hypocrisie chez les chefs et les habiles, combien d'ignorance dans la foule des dupes, vous vous étonnez un peu moins des avortements de tant d'entreprises si bien combinées en apparence.
Nous l'avons déjà dit à propos des intrigues qui as-
nigiti.rJMiGOOgIC
DR CHABLES-énOUAKD. 801
siégeaient le Ut de mort de la reine Anne, el il faut bien le répéter ici, la révolution de 1688 avait démoralisé l'Angleterre politique. Les nouvelles mœurs s'accordaient mal avec le principe chevaleresque sur lequel s'appuyait une restauration ; et, pour nous faire comprendre, nous ne saurions nous empêcher d'analyser ici quelques-unes des conséquences morales de ce grand événement.
Pour apprécier une révolution, on doit aller un peu au delà de la première effervescence des esprits, — au delà du champ de bataille où la partie s'engage , prévue ou imprévue, — au delà des acclamations delà victoire. Un des grands prétextes de \a glorieuse révolution de 1688 fut ta défense de la religion anglicane, mais les évéques enfermés à la Tour par Jacques II, pas plus que le reste du clergé, ne prétendaient rien défendre au delà des intérêts matériels du culte établi; plus de fanatiscoe , plus de martyrs , tout était calcul }, leur résistance n'allait pas jusqu'à demander une révolution; ils ne voulaient que des garanties pour le présent, et peu leur importait au fond de les obtenir de Jacques ou de Guillaume; plusieurs prélats se reprochèrent même, après l'événement, d'avoir compromis la légitimité, naguère associée à tous les prin^ cipes de l'anglicanisme : dans la confention des Étals de Londres, il fallut introduire l'usurpation par une subtilité légale. Aucun , dans ce débat , ne se montra réellement pasâonné : l'anglicanisme avccsa hiérarchie, ses honneurs, ses dimes et tous les avantages temporels que lui avait rendus la restauration , était désormais une affaire^ un intérêt de ce monde, un
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établissement (i); il ne restait d'exaltation dans la foi réformée que parmi les dissidents, secles dont les membres, appartenant généralemem aux classes moyennes, étaient sans influence par leurs nombreuses subdivisions.
n y eut encore moins d'enlhoosiasme dans les sentiments politiques de la haute aristocratie, qui, inspirée par cet ^olsme qu'on a depuis décoré, quelqueftMS, du nom d'esprit conservateur ,^élait prèle à une opposition systématique , mais non à aucun sacrifice béroique en faveur des lois de l'État; eli« déserta Jacques sans amour pour Guillaume. Ce qneles wfaigs firent avec une sorte d'indiffîérence , les torys le laissèrent -faire de même. Des cris de cofere ou de joie de la part des premiers auraient pu paraître aux parti' sans da souverain déchu une provocation qui etH éveillé en eux quelques étincelles du vieux e^ritdes cavaliers, que, du reste, l'indécision presque l^be de Jacques n'était guère propre à exciter. ]/espèce de calme et de tiédesr de cette révc^otion seco m w ui Mqna aui regrets comme aux espérances; le royalisme n'était |d»s désormais an dévouement, mais vne opinion. L'ii^ratitude et l'égCH^eKbertinage de Charles II avaient déconsidéré la royauté avant te despotisme imbécile de Jacques ; te ro/vlisme ehevaleresqtie était mopt en même temps que le fanatisaie puritain. Le peuple, aii^el^ à proclamer plutôt qu'à combattre , fwt bientfrl mis hors de cause. Quelque» acclamations , poar el contre , de la populace de Loedres-, furent apaisées par la simple action de la pdice, qui eut
(i) rA« Established Churcà.
rmn-ik;GoOg\c
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aussi à réprimer, il est vrai, qnelques tentatives de p^kge contre les papistes.
Maïs rien n'annonçait cette fermentation populaire qui fait trembler le sol sous une nation agilëe par une grande passion. Tout se fit en dehors des masses; et parmi les classes qui dirigerait on désapprouvèrent le changement, on cherche en vain le généreux enthousiasme des Blake , des Harrisson, des Hampden, des Hutchinson, ou la fidélité chevaleresque des Stratford et des Falkland. Le positif remplaçait les illusions; même pour la noblesse, l'ère des moeurs constitutionnelles commençait. Cest le propre des gouvernements représentatifs de matérialiser tous les inlérèts ? l'utile et le rationnel sont les dieux du nouvel état social ; tout se réduit désormais à la discussion verbale ou écrite : on pense bien , ou pense mal, OD vole pour, on vote contre, mais, sauf quelques ccMirts moments de fièvre ou d'excitation inaccoutumée , on ne paye plus guère- de sa personne sans y être forcé. Hàton»-nous de dire que ce système de gouverueraenl, qm fixe la part du roi et de tous les pouvoirs, peut seul sauver les rois, qu'il entoure d'un rempart de fictions légales, pour suppléer aux prest^es des anciennes mcmarchies. Cest à eux de rentrer aussi dans les réalités de la vie, et de bien peser ce qu'ik peuvent, avant d'oser ce qu'ils veulent.
Le résultat de ces nouvelles idées ne fut complet que sous les derniers rois de la maison dé Hanovre , dont les habitudes et les sympathies allemandes ne contribuèrent pas peu à désenchanter tes imaginations anglaises ; mais déjà on peut suivre sous Guillaume et sous la reine Anne la tendance des mœurs natio-
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304 BISTOm
iiales à devenir plus prosaïques. La littérature exprime celle physionomie : à la fantaisie se substitue partout le bon sens; à la verve, le goût. Naguère la polémique des partis empruntait dans les grands pamplilets de Milton ses plus belles pages à l'invocallon des vertus antiques, ou aux idées religieuses; elle accepte un modèle plus simple dans la prose bourgeoise de Daniel de Foe , et puis dans l'ironie tour à tour insolente et fine de Swift. En poésie , le vers satirique de Dryden perd peu à peu sa rude franchise dans cette école de Pope, qui initie la muse aux allusions indirectes et aux réticences malicieuses. La Reine des fées de Spencer ne charmera plus les esprits par ses allégories chevaleresques; Milton, avec ses anges de lumières et de ténèbres; Bunyati, ce Milton du peuple, avec ses personnifications des vertus chrétiennes, causent le même* ennui aux hommes desalon et aux critiques. Le théâtre abandonneles héros emphatiques de Uryden pour ceux des. drames de Lillo et d'Edouard Moore ; enfin , dans le roman , la Calprenède , Scudéry et D'tJrfé , avec leurs chevaliers imaginaires encore admirés des châtelaines et des pages sous Charles'II , se voient détrônés par Fielding et Richardson, ces héritiers directs de Daniel de Foe, qui atîeclent de ne peindre que la vie réelle et les passions du cercle domestique.
Ce sout là de ces révolutions d'idées dont un peuple ne se rend pas compte, mais qui modifient progressivement le sens des mots dans la classification des partis. 11 ne faut pas les perdre de vue pour expliquer comment les Stuarts, après leur chute, recueitlirenl tant de protestations de dévouement et si
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nE CH*IILES'En0U4RD. 305
peu de secours réels de leurs pailîsans d'Angleterre. Contre eux alors, il s'était créé un parti conservai eu r, c'est-à-direj tout un passé de mœurs, d'intérêts, de lois et de privilèges à conserverai).
Voyons maintenant ce que les successeurs de Guillaume, les a rois parlementaires, » avaient fait pour l'opinion de 1688, et jusqu'à quel point ils pouvaient compter eux aussi sur la nation dans la lutte prochaine entre le gouvernement de droit et le gonvernement de fait. Ce sera comme le dénombrement des forces morales des deux dynasties.
On est tellement accoutumé à voir dans une usurpation le triomphe d'une conquête étrangère qui soumet un peuple à un autre, comme sous Guillaume de Normandie; ou le dernier résultat d'une révolution républicaine qui, après avoir nivelé toutes les sommités sociales, se voit dépossédée à son tour par un chef militaire , comme sous Cromwell, que le mot à'usurpa' tion ne semble d'abord pas appllca4>le à Guillaume, prenant paisiblement la couronne sans bataille d'Hastings et sans guerres civiles. Le prince d'Orange fut cependant un usurpateur; mais, quoique doublement odieux, à ne consulter que la morale, puisqu'il dépouillait un roi son parent, il eut au dehors pour complices tous -les rois de l'Europe , j»loux de Louis XIV, et au dedans les classes privilégiées , en qui résidait la puissance législative; les lois se mirent sous sa pi'otection et lui donnèrent en retour une sorte de légalité.
(i) 'O mes amis les conservateurs, s'écrie Thomas Car! vie , TOUS qni vous nommez, avec un sj grand contentement de vousméaies , conservateurs! croyez-moi, s'il est un axiome vieux comme le inonde et sâi; comme le destin, c'est qu'il n'y a que la vérilû l'tia justice qui mêriienl d'être «i/we/t-ew. [Past and Présent, li^'i, eti:)
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306 HISTOIRB
Les pùblicisles ont doue contiuué jusqu'à nosjoui-s à légitimer Tusurpatiou de 1688 {i). Moins confiants d'abord dans leurs droits, Guillaume et son épouse Marie n'avaient pas peut-être porté leurs vues jusqu'au trône; le gendre de Jacques procbmait ne s'être einluirqué que pour forcer son beau-père à convoquer un parlement libre et à r^uer selon les lois , mais non pour le chasser du trône : aussi la présence de Jacques fut bientôt ce qui le gênait le plus sur le sol anglais. Quant au peuple, devenu un moment souverain, il se croyait si peu engagé avec Guillaume que Jacques lugitir ayant été ramené de Rochesler à Londres, on lui témoigna par des acclamations et un intérêt sincère qu'il était encore le roi, s'il le voulait être.
f t) Bbwjamiii Cohstamt, de l'Esprit de conga^ et d'usurpation.
Je ne modilîefai pas ce jagcmeat en iS3a. Personne ne niera que c'est un malheur, pour tout prince dans la position de Guillaume, d'être pfacé entre ses, devoii-s comme homme politique et ses devoirs de ramllfe. Quand il serait vrai que Guillaume n'eût co/u^in^ qu'indirectement par son opposition aux principes de gouvememeot du roi Jacques 11 , son usurpation n'eu fut pas moins une usurpation selon la morale, sinon selon la légalité politique. Intervenu d'abord dans la lutte comme médiateur, il accepta la déchéance du roi son oncle et son beau-père à son profit, sans égard pour les droits du prince de Galles, et même sans égard pour ceux de ta princesse Anne, qui était l'aînée de sa femme. Mais il est prouvé que Guillaume, sans viser précbément à la couronne, avait conspiré contre Jacques, en le trompant par son ambassadeur, par sa propre correspondance, et en se gardant bien de lui révéler qu'il avait été invité à venir délivrer l'Angleterre , par les sept membres les plus influents de l'opposition dans les deux chambres. Il est juste que l'historien aille ici au-devant de toute allusion, en déclarant qu'à ses yeux, GuillaoT/te , en i83o , n'avait point conspiré comme Guillaume en 1688. {Wote de l'é^tion de i83a.}
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DE CRABLEE-ÉDOUAtlD. lOT
Guillaume servit sans doute mieux que Jacques les intérêts réels de l'Angleterre, en la délivrant du joug de Louis XIV. L'hoiineup d'une nation est sacré; cet honneur consiste surtout dans l'indépendance. Les chevaliers Stuarts avaient bien abaissé la majesté de leur nom en acceptant l'aident français. Quant àl'administralion intérieure de .Guillaume, nous avons vu qu'elle futloin d'être constamment libérale et ne resta pas longtemps populaire, d'autant plus que dès son avènement l'impôt prit un accroissement sans exemple (i). En Ecosse, le gouvernement de Guillaume alla jusqu'à la tyrannie dans deux circonstances importantes, et, en Irlande, il sanctionna le système
(i) De nos jours, H. D'Israelî fils, qui, dans ses romans politiques, fait une guerre rétrospective à la révolution de 1688, ne manque pas de rappeler que le roi Guillaume introduisit en Angleterre le système du fisc Iiollandais, dont le principe est d'hypothéquer l'industrie pour protéger la propriété. Ce qu'il y a de certain , c'est que les Hollandais naturalisèrent en Angleterre leur talent en matière fiscale : «On vit paraître à la fois des taxes nouvelles sur les terres, sur les maisons, sur les fenêtres et sur le verre, sur la drècbe et le houblon, sur le papier, le savon, le cuir, le suif, etc. Les taxes existantes n'en furent pas moins doublées, triplées, quadruplées. On engagea le revenu public pour trois ans, moyennont une somme de 5oo,ooo liv. st. ; c'est de cette époque que date l'origine de la dette pitblique. Douze ans après la révulation, les impôts et les emprunts levés ou contractés par le roi Guillaume s'élevaient àU somme de 66,000,000 Uv.st.;et âla mort de la reine Anne, c'est-à-dire après un intervalle de vingt-six ans, leur total était de i5o,ooo,ooo liv. st. Le reste est connu : on sait que, dans le cours du dernier siècle, l'impôt s'est élevé de a,ooo,ooo à 5o,ooo,ouo liv. st.; et cependant la dette publique a atteint le chiffre énorme de 800,000,000 liv. st. [vingt milliards de . francs)!" Voir l'article sur Fimpâi en Angleterre. (Reiue Britannique, janvier i834.)
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d'inloléraoce et de pei-séculioii qui, jusqu'au dernier siècle, a fait la Iionte de la Giande-Bretagne.
La reine Anne, qu'elle fût sincère ou de mauvaise foi, abusa pendant quatorze ans les jacobites de l'espoir de laisser la couronne à son frère, et cet espoir suspendit plus d'une conspiration : les jacobites, étant à peu près rallies aux torys, l'emportaient de beaucoup par le nombre sur les wbigs; ils croyaient n'avoir plus qu'à attendre. Leur confiance passive fut mise à profit les six derniers mois de ce règne par l'opposition, qui, tandis que les torys négociaient vainement avec Jacques tll pour lui faire changer de religion , conclut son traité avec l'électeur de Hanovre. La reine n'avait jamais consenti à ce que celui-<n vint se fixer en Angleterre de son vivant. Le cbamp semblait rester libre : Bolîngbrolte et Sbrewsbury se ■ croyaient également sûrs de faire couronner, l'un le prétendant légal, l'autre le prétendant légitime. Les whigs l'emportèrent en quelque sorte par surprise: Geot^es fut prévenu avant Jacques, et prit possessioD du droit de premier occupant.
Georges l"", devant la couronne aux wbigs, ne pouvait gouverner que par eux, quoiqu'il-acceptâl volontiers toutes les extensions de sa prérogative. Aussi étranger à la constitution qu'à la langue du pays, regrettant son électoral d'Allemagne, renonçant à toute . popularité, résigné à une opposition systématique, il n'hésita jamais non plus à signer les mesures arbitraires et inconstitutionnelles qui paraissaient réclamées par les circonstances.
Quand Robert Walpole eut triomphé des intrigues des deux maltresses allemandes qui dominaient
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Georges l"', ce ministre dirigea en quelque sorte toute son administration contre le retour des Stuarts. Sous Georges II, les mêmes prétextes firent continuer le même système. Regardant comme son premier devoir de conserver avant tout la succession protestante , Robert Walpole s'appliqua sans cesse à prévenir ou à déjouer toutes les menées des torys et des jacobites, en corrompant les uns par des places, les autres par de l'argent; et ce ne fut pas seulement dans l'arène du parlement qu'il parvint à avoir, comme on sait, le larif de toules les consciences. Au dehors, il n'était aucun sacrifice qu'il ne fût prêt à faire dans le même but , pour empêcher la France de soutenir la dynastie déchue; on l'accusa même plus d'une fois de sacrifier à la paix la dignité de l'Angleterre; mais s6n but était rempli, et quand il fut renversé, il avait, à travers tous les changements politiques de l'Eui'ope, maintenu depuis vingt ans, sauf quelques légères interruptions, cette paix qui faisait la sécurité de la dynastie nouvelle.
Du reste, Walpole était le ministre des whigs, et sut les rendre complices de tout ce qu'il fit d'illégal ou d'inconstitutionnel, en leur persuadant que la conservation de la constitution elle-même, des libertés nationales et de l'anglicanisme, dépendait de leur accord avec le pouvoir de fait. Les wliigs savaient qu'ils étaient en minorité dans le pays, et pour contrebalancer l'influence locale des propriétaires de province, presque tous toryS ou jacobites, ils pratiquèrent et encouragèrent la coiTuptlon dans le parlement et hors du parlement ; au moindre tumulte, ils s'empressaient d'armer les autorités administratives de pou-
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310 HISTOIBt
voirs extraofdinaires et jusqu'alors inconnus; enfin, pour prévenir les entreprises des souverains étrangers qui pouvaient prêter force et appui aus ennemis intérieurs du gouvernemeol, ils maintinrent en temps de paix une année permanente, composée en grande partie de mercenaires étrangers (i).
D'un autre côté, si les nhigs faisaient de continuelles concessions au pouvoir, les lorys et les jacobites eux-mêmes, au grand avantage des mœurs conslitutionnelles , se virent souvent forcés de combattre les mesures de la maison de Hanovre avec les ' armes des anciens whigs. Dans ta lutte d'une longue opposition , les prétendus champions du pouvoir absolu invoquèi'ent au liesoin l'ordre légal et la liberté ; à force d'en adopter le langage , plusieurs en adoptèrent les principes; aussi, lorsqu'il y eut scission entre les ministres et les whigs, les mécontents de ce
(i) Halheoreu sèment pour l'honneur des lettres, l'homme qui a prodigué le plus d'invectives À l'immoralité des partis fui luimême un type complet de l'égoïsme politique. Le satirique Snift avait débuté comme whig sous Guillaume. Doté de béaéBce« ecclésiastiques lucratifs, mais toujours mécontent, parce qu'il aurait voulu être évêque , il déserta le dernier minisière whig de la reine Anne , flatta M." Howard , la maîtresse de Georges I"", tant qu'il crut pouvoir obtenir une mitre de celte Pompadour alletnaade, et finit par flatter à la fois le rai, la reine, la favorite, les whigs et les torys, en s'associant à l'opposition de Bolingbroke, au risque de faire triompher les jacobites. i^orsqu'il s'avisa d'être le champion de l'Irlande', il ne vit encore dans la défense des intérêts irlandais qu'un moyen de se venger de ceux qui avaient marchandé un si redoutable auxiliaire. Ce qu'il y a de cruel dans ses satires , c'est qu'il eut souvent raison contre tous , et put mépriser s être trop injuste envers eux.
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DB CHABLB»-riDOI)AKD. SU
parti se trouvèreot rapprochés aaturellement des torys et des jacobileS, qui eux-mêmes ne se firent aucuu scrupule de former avec eus la ligue qui renversa eofin Walpole en fj^^.
Ce triomphe de l'opposition ne fut pas complet ; ceux des chefs qui entrèrent au ministère perdirent d'ailleurs la confiance des leurs, dont ils ne pouvaient contenter les exigences; cependant, telles furent les clameurs delà nation tout entière contre les troupes allemandes qu'on était sur le point de les licencier, lorsque, dans le conseil et dans le parlement, une voix qui semblait s'être à jamais condamnée au silence, celle de Roberl Walpole, s'éleva de nouveau, et représenta ce liceDciement comme une trahison qui livrait la Grande-Bretagne aux Stuarts et à la France prête à les soutenir. Walpole était bien instruit, et avait raison; mais les whigs eux-mêmes oubliaient un peu leur haine contre les Stuarts, dans le méconteotement général qu'excitait alors Georges II, à qui on ne cessait de reprocher sa prédilection pour les troupes de son électorat, comme jadis on avait fait un crime à Guillaume de son attachement pour ses troupes hollandaises (i). Cette partialité du roi régnant s'étendait sur tous les intérêts de l'Allemagne, au préjudice des vrais intérêts de l'Angleterre : aussi l'opinion s'aigiit tellement que Coxe, le panégyriste
(i) A la liataille deOettingen, Georges'It avait porté Tuoiforme allcman<}.
Dans une médaiDe satirique, ou avait représenté l'Angleterre comme une Minerve assise , dont les entrailles étaient rongées par ces gros rats qu'on prétendait avoir été apportés du Hanovre par le bâtiment sur lequel était venu Georges I".
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de Walpole, convient tjue l'épithète « d'Hanoviien » était devenue un oppi-obre. Un écrivain qui, dans ses l'omans, a été rhistoi-ieu fidèle des mœurs de son époque, et qui place les événements de son Tom Jones en 174^* Fieldiug, wbig lui-même, n'a pas manqué de donner à son squire Western, type des genUlslioDimes de province d'alors, une véritable horreur pour tout ce qui est « Hanovrien. » Enfin , dans les clubs, dans les diders de corporation , on ne craignait pas de porter le toast de u Point de roi de Hanovre (1 ). »
Le retentissement des débats parlementaires eût peut-être suffi pour persuader à l'Europe que le trône s'ébranlait sous la maison de Hanovre ; car l'Europe n'avait alors aucune expérience de ces combats d'orateurs, de ces défis à mort entre un gouvernement et une assemblée dont )çs menaces, en apparence séditieuses, sont apaisées par un changement de ministère. Le mécou lentement des diverses classes du jieuple avait encore hors de la tribune ce langage de haine qui devait sembler concluant contre la dynastie régnante, dans un pays où une restauration et deux l'évolutions prouvaient qu'on substituait ^ns scrupule une dynastie à une autre, le neveu à l'oncle, la
(1) Un hi&torit's moderne compare cependant, aujourd'hui, l'ère des Georges d'A.n(;leterrc à l'ère des Antonins de Rome. Uaos cette ère, ii trouve la combinaison du bonheur et de la gloire, des maitrts bieuveîllants et une nation prospère ; mais il est forcé d'avouer presque aussitôt que, sous les Geoi^es, celte prospérité croissante dépendit plutôt des institutions que du caractère des princes , et d'accidents heureux que d'une ^u\ilinvit:bahi\v. {Hùtvry 0/ E/tgluiiii from thcpeace nf JJtreckt. — Avant-pro|>09.)
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DE CHABt.BS-BDOIIABD. 31:1
fille au père; mais, d'ailleurs, à l'appui des déclamalious des chambres et des cris de la désaFTection publique, les Stuaris recevaient continuellement des lettres de leurs adliéi'enls, qui croyaient pouvoir se permettre à l'égard de la famille exilée l'exagération naturelle à la plainte. Ces jacobites interprétant toute opposition selon leurs regrets et leurs vœux personnels, ils répétaient sans cesse aux Stuaris qu'on n'attendait plus que leur bannière pour se mettre en campagne. Il y avait même encore assez de traditions féodales dans certaines provinces, dans le pays de Galles, par exemple, pour qu'un descendant des anciens seigneurs pût promettre à ses anciens rois un bataillon de ses vassaux. Ceux-ci formaient leur opinion d'après un libelle, ceux-là d'après une citanson jacobite, comme V antienne du roi, dont l'air et une partie des paroles ont reçu depuis une autre applica ion :
THE KINg's A.NTHEM.
— « Que Tlieu bénisse notre seigneur le roi, que Dieu conserve notre seigneur le roi, que Dieu conserve le roi! qu'il le rende victorieux, beureux et glorieux pour régner longtemps sur nous! Dieu conseiTe le roi !
— Que Dieu lui envoie un héritier royal ! que Dieu bénisse le roi et la reine , afin que nous puissions voir sortir d'eux une race royale pour régner sur notre postéiité, pour régner à jamais!
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— Que Dieu bénisse le prince, que Dieu bénisse
le prince! C'est Jacques que je veux dire, afin
que nous puissions voir la Grande-Bretagne délivrée des whigs, de Geoi^es et de son Fekie ( i ). Ainsi soit-il.
— Que Dieu hâte l'heureux moment, que le Dieu tout-puissant nous soit en aide, afin que toute la famille qui est en Italie revienne bientôt et tout à coup à Whitehall!
— Que Dieu bénisse l'Église, que Dieu bénisse l'Eglise et la préserve pure de toute whigueriê et de l'hypocrisie des whigs,qui cherchent méchamment à la souiller!
— Bon courage à tous les sujets fidèles, grands et petits, qui rappelleront le roi, le seul roi qui ait le droit de régner! son retour peut seul sauver la Grande-Bretagne. »
L'influence de lou te cette poésie était puissante, sans doute, sur les sentiments des gentilshommes de province, sur ceux qui boudaient, de père en fils, dans leurs manoirs depuis 1688; mais, encore une fois, elle ne produisait que des vœux , des regrets , des espérances , se transformant tout au plus en opposition électorale au profit d'un tory qui allait se perdre dans
{1} Feide était le surnom familier donné au jeune Frédéric, prince de Galles, le fih de Georges U, et qui mourut sans régner, laissant un enfant mineur (Georges VU). Quand Frédéric fut d'âge d'homme, il passa lui-même i l'opposition, ce (jui lui donna une sorte de popularité, quoique ce fût un prince peu regretté d'ail-
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les grandes iotiigues parlementaires de Londres. De conspiration sérieuse, il n'y en eut jamais peut-éti'e que sur le papier. Les chefs ne se trompaient pas et ne trompaient personne, en disant que les Stuarts seraient rétablis avec les mêmes acclanwlions qui saluèrent Charles II apiès le proleclorat; mais les Monk de 1745 n'avaient pas de troupes : pour renverser Georges, défendu par ses gardes hanovriennes, il leur fallait dix mille Français. Ce secours étranger, nous l'avons dit, était le sine qua non de la restauration. Les plus hardis jacobites ti-emblaient donc, en I745, de l'imprudence de Charles-Ldouard.
leurs, comme le prouve l'épitaphe
Frédéric gtt sous cette pierre :
Il fat vivant, pais il est mort!
l^ax vaudrait que ce fût son pèt Son frère bien mieux encor.
Eût-ee été ta sœur, pauvre fille.
Nul ne s'en serait aperçu I Pour le peuple' mieux eût valu Que ce fût toute lafamUlel Enfin à Dieu, puisqu'il a plu Que Frédéric tout seul trépasse , Il est mort , il atait vécu :
Disant ; Requiescat in pace.
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