‹ Histoire de Charles-Édouard, dernier prince de la maison de Stuart, precédéeChapitre 59 sur 72 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

LE« «OVTEB HILRkniES. — ACTES DE Lt LËGISLITUBE ASCLAISE. — RËSISTUtCE S KIICTAGII4BM. — OOHPAGinE» IMDipEHDltNTES, — LA C

Tout ce qui précède ne saurait s'appliquer à l'Écosse que pour une partie des Low]ands ou bas pays; et là encore une civilisation moins avancée, l'iofluence moins directe du parlement et des intrigues de la cour, laissèrent longtemps aux passions politiques un caractère plus franc et plus prononcé qu'en Angleterre. Si, d'un côté, il restait au fond du cœur des whigs d'Ecosse beaucoup plus de vieux levain de puritanisme; de l'autre, le cœur des torys s'exaltait plus facilement au souvenir de l'enthousiasme chevaleresque de leurs pères. Un moment, sous la reine Anne, XÀcte cFUnion, qui fut le fait des seuls chefs whigs, avait rallié lotis les partis dans une indignation corn- 4nune, dont les sentiments de l'Irlande d'aujourd'hui, ralliée par O'Connell, peuvent donner une idée : ce sentiment de concorde s'était bien peu à peu affaibli: mais la vanité nationale, amoureuse de l'indépendance du royaume, pouvait encore balancer chez les whigs la haine des Stuarts, taudis que chez les jacobttes elle augmentait la haine de la maison de Hano-

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vre. Le gouvernement établi pouvait surtout compter dans la basse Ecosse sur la majorité de la classe moyenne du peuple, qui se composait de presbylériens proprement dits et de dissidents, que la peur du papisme faisait trembler davantage encore ; car sur cette classe agissait immédiatement le clergé, qui tenait bien plus aux intéiéts de l'Église écossaise qu'à l'indépendance du pays. La haute aristocratie et la petite noblesse étaient généralement de la foi épiscopale. Les catholiques étaient en petit nombre; mais les épiscopaux n'étaient guère moins jaooblles que les catholiques (i).

Des nuances d'opinion distinguaient aussi certaines villes: par exemple, la ville toute commerciale et industrielle de Glascow (2) avait été de tout temps moins dévouée aux Stuarts qu'Edimbourg, cité plus aristocratique , fière de son litre de capitale el de ses royales traditions. Edimbourg avait particulièrement ressenti en l'jdG l'humiliation à laquelle l'avait soumise le gouvernement par suite du supplice du capitaine Porteous. Elle avait été défendue à Londres assez heu-

(i) Sur la rive nord du Ta;, le presbytériunUme, et par suite l'opinion wliig, avait fait de grands progrès parmi le peuple, quoique la majorité des gentiisliommes fût restée fidèle au culte épiscopal et au souvenir des Stnarts; dans les comtés du sud et de l'ouest, la religion établie était la religion dominante parmi les gentilshommes et le peuple.

{%) La révolution de 168S avait été accueillie i Glascow avec plus d'enthousiasme que dans aucune autre ville d'Ecosse. Une ^ande sédition y éclata , en 1 710 , au sujet de l'augmeutatiou des taxe» sur la bière. Les jacobites y jouèrent leur rôle el attisèrent le feo, mais sans qu'il y fût directement question des Stuarts.

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reusement par le duc d'Arçyte; mais il répugnait à sou oi^eil de capitale de n'être plus que la cliente d'un grand seigneur, quelque grand qu'il fâl.

En fj^B, on trouvait encore dans les comtes des Lowlands de nombreuses racines du système féodal , modifié, il est vrai, par la civilisation générale, plutôt que par les lois nouvelles. Chaque baron était encore le juge civil et criminel de sa baronnie. Ce pouvoir, exercé par un subdélégué , lui soumettait ses fermiers et ses paysans coips et biens. Ceux-ci ne pouvaient se refuser à certains services de corvée, ni s'affranchir de l'obligation de porter leur grain au moulin du sei-, gneur et leur houblon à sa brasserie. En général, le baron jouissait avec modération de ses droits ; et alors il regagnait en influence ce qu'il perdait en revenu. Si les habitudes belliqueuses de l'Ecosse s'étaient conservées dans les Lowlands, cette influence eût pu être dangereuse au gouvernement dans les comtés mal disposés pour lui, d'autant plus que, par le serment exigé de tout fonctionnaire, on excluait de l'administration les fils des vieux gentilshommes jacobites, et que ceux-ci, repoussés des emplois de leur pays, allaient volontiers servir sur le continent et revenaient plus jacobites qu'auparavant; mais insensiblement les moeurs étaient devenues dans la basse Ecosse aussi pacifiques qu'en Angleterre.

Si les habitants du bas pays différaient encore par leur esprit et leurs mœurs politiques de l'Angleterre, les montagnards différaient bien davantage encore de leurs voisins immédiats. Sons le rspport de la religion, la réforme avait difficilement pénétré au delà des monts Grampiens; le catholicisme régna plus long-

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temps dans ces solitudes, protégé chez tes descendants des Celles parla langue gaélique et par leur aversion pour la civilisation des Lowlands, qui empêchaient les prédicateurs presbj'tériens d'être compris de ces hommes, qu'ils regardaient eux-mêmes plutôt comme des sauvages que comme des chrétiens. Même sous les derniers Stuarts, quand les montagnards descendaient dans le bas pays, ce n'était que le fer à la main , et plus disposés à s'emparer du butin qu'à écouter les sermons des disciples de Knox. Telle était alors leur antipathie pour les habitants des Lowlands, que le plus sûr moyen de les convertir à la foi presbytérienne eût été de ramener les Lowlanders au catholicisme. Sous le rapport politique, la même opposition devait les entretenir dans des sentiments jacobites. D'ailleurs, chaque clan vivait toujours subordonné à son Chef, qui , n'ayant d'autre moyen de considération que cette obéissance, repoussait soigneusement toute innovation qui eât ébranlé son autorité.

— ■ Combien vous rapporte votre domaine? demandaient deux étrangers à Macdonald de Keppoch. — Cinq cents hommes , » répondit-il brusquement.

Le Che^ (Aean kine, chef de famille) était, aux yeux dn clan , le représentant d'un ancêtre dont toute la tribu descendait comme lui 'et portait le même nom: voilà le secret de tant d'obéissance d'une part et d'une affection toute paternelle de l'autre; c'était une continuation du gouvernement patriarcal, plutôt que la simple féodalité militaire, quoique tout Chef exerçât aussi la juridiction territoriale. Le membre du clan qui refusait de sauver la vie de son chef au risque de la sienne était regardé comme un lâche qui désertait

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son père au momeni du péril, el la honte était le pins cruel de ses châtiments. Le territoire de chaque clan étant censé une propriété commune, administrée par le Chef au nom de tous, devait fournir à chacun sa subsistance; mais il y avait dans le partage du sol une inégalité fondée sur la hiérarchie de la famille. Le Chef, qui gouvernait par droit de primogéniture, avait sous lui de petits Chefs ou Chieftains, qui représentaient les frères cadets; puis venaient les Dtviac' tVaisels ou gentilshommesqui pouvaient faire remonter leur origine à l'ancêtre commun , et prouver leur parenté immédiate avec le Chef; ils étaient en général les lacksmeii , ou principaux tenanciers. Enfin, audessous de cette classe était celle des dépendants, ou hommes de la glèhe, cultivant le sol pour les gentilshommes , soit comme simples serviteurs, soit comme sous-lenanciers.

Les clans montagnards avalent longtemps prétendu être indépendants du royaume d'Ecosse. Depuis que les Stuarts les eurent soumis, ils se montraient surtout dévoués quand ils étaient appelas à soutenir l'autorité royale contre les Lowlanders, qu'ils n'avaient jamais cessé de regarder comme tes injustes détenteurs du sol d'où avaient été expulsés les habitants aborigènes , leurs aïeux. Leur gloire militaire était associée au souvenir des guerres de Montrose, et de la courte campagne qu'ils avaient faite, sous le vicomte de Dundee, en faveur de Jacques 11. Ils aimaient à se dire qu'en 1716 iisn'avaient été vaincus que par l'incapacité de leur général, comme en 1689 c'était la mort de Claverhouse qui avait rendu leur victoire de Killiecrankie inutile. D'ailleurs, en 1715, le duc d'Ar-

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gyle, vainqueur du comte de Mar, était lui-même un Chef puissant des Highiands. Ils citaient à l'appui de ces considérations, que vainement Guillaume se voyait reconnu par toute l'Ecosse, il s'était cru forcé de payer encore la soumission des Chefs des montagnes^ en leur faisant distribuer 30,000 livres sterling.

Après les insuri-eclions de lyiS et de 1719, la maison de Hanovre obtint du parlement un acte pour désarmer tous les Highlanders : cette mesure, trop générale, fut loin d'atteindre son but. Les clans dévoués au duc d'Ai^yle s'empressèrent seuls d'obéir ; les autres feignirent la même résignation, mais ne remirent que des armes en mauvais état ou celles des classes inférieures du clan; les Dwine-Walsels (gentilshommes) gardèrent leurs bonnes claymores avec leur humeur belliqueuse. Aussi, quand l'heure du combat sonna de nouveau , les amis du gouvernement se trouvèrent seuls désarmés. On s'en inquiéta peu, parce que tous, amis ou ennemis, paraissaient également contenus par les citadelles qu'on avait bâties dans leurs montagnes. Les routes militaires que le général Wade y fit tracer après 171 5 semblaient avoir d'ailleurs ouvert le pays à toutes les' troupes qu'en cas de révolte on voudrait envoyer au secours des garnisons.

Deux autres décrets de la législature anglaise attaquaient plus directement l'esprit des clans : en vertu du premier, si un vassal prenait part à une rébellion, sa propriété passait à son chef lige , en supposant que celui-ci fût vesXé fidèle ; comme aussi le vassal qui ne participait point à la rébellion de sou supérieur avait ses teiTes exemples de confiscation générale du

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domaine. Le fils aîné ou le frère cadet d'un Chef trouvait dans le texte de cet acte un avantage à ne pas avoir suivi l'étendai'd de son pèi-e ou de son aine. Les titres et les propriétés du proscrit lui étaient dévolus. C'est ainsi que le duc d'Albole , en 1 74S > .n'était que le fràre cadet du marquis de Tullibardine , uu' des sept compagnons de Charles- Edouard (i). Le second décret abolissait le service personnel que le simple membre du clan devait à son Chef, soit à la chasse, soit à la guerre : ce service pouvait être racheté par une rente en numéraire. Ce second décret fut sur~ tout méprisé par les Chefs; mais ils comprirent qu'un exemple pourrait séduire leurs tenanciers, et ils eurent bien soin d'empêcher qu'aucun Lowlander ne devint propriétaire parmi eux. Sir Alexandre Murray de Stanhope, tenté par la découverte d'une riche mine de plomb, avait acheté un vaste domaine appelé Àrdnamurchan, situé dans le comté d'Inverness, à quinze milles de la garnison anglaise du fort William. Son exploitation était commencée; tout paraissait lui promettre des bénéfices considérables; il projetait déjà des améliorations imporlanles dans la culture du pays, lorsque la haine qui couvait sourdement contre cet intrus de.s Lowlands éclata : ses chevaux et son bétail lui furent dérobés, ses maisons dévo-

(i) Dans les parties reculées des Highlands, il était biea difBcile nu gouvernement de profiter des confiscations. Le comte de Seafortb, par exemple, proscrit en 1719, toucha longtemps les revenus de ses terres, que le clan lui faisait passer en France, refusant de reconnaître le fadeur ou gérant du gouvernement. Dans les Lowlands mêmes, les biens confisijtiéa ne trouvaient pas d'ache-

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