‹ Histoire de Charles-Édouard, dernier prince de la maison de Stuart, precédéeChapitre 9 sur 72 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

La dynastie des Stuarts s'est éteinte dans la proscription et l'exil , après avoir donné neuf souverains à l'Ecosse indépendante, et six aux royaumes réunis de la .Grande- Bretagne. Il ne reste plus d'eux que ce nom deStuART, texte fécond d'allusions politiques, jeté souvent par les partis à la tête des rois commç une leçon menaçante, et rappelé aux peuples comme un témoignage de la force toujours jeune de l'opi-r nion , qui domine tous les principes, tous les souvenirs, toutes les institutions monarchiques ou républicaines, toutes les légitimités. Cette dynastie 4 eu ses titres de gloire comme ses faiblesses , ses

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sa HlSTOtU DB [.A aiVALITÉ

pnDces patriotes oomme ses princes, contempteurs des lois; son sang avait coulé sur le champ de bataille avant d'être versé sur l'échafaud. Sans doute 'les flatteurs ne lui manquèrent pas aux jours de sa puissance, mais, en retour, elle a été sévèrement jugée dans son abaissement. L'esprit de parti et la haine d'une dynastie riche de ses dépouilles exagérèrent longtemps ses torts, et la calomnièrent jusque dans le prince chevaleresque qui, le dernier, mit l'épée à la main pour la défense des droits de sa famille. Il est enfin permis à l'histoire d'être plus juste à l'égard de Ch\rles-Edouard. Mais, quelles que fussent les qualités personnelles de ce prince, quelque intérêt qu'excitent sa courageuse tentative et ses romanesques aventures après sa défaite, les événements de 174S ne seraient qu'un court épisode de l'histoire de la Grande-Bretagne, si nous ne p&u* vions considérer Charles-Edouard m'oins comme le représentant d'une dynastie déchue que comme le champion de l'Ecosse elle-même, jalouse de reprendre son rang parmi les nations. Il n'est plus possible de ne voir autour du petit-fils de Jacques II qu'une poignée de rebelles disant une /loinfe jusqu'à trente lieues de Londres. Pour apprécier toutes ses chaiices de succès, il faut compter aussi ce qu'il avait avec lui de forces morales; il faut connaître ce que valaient encore à celle époque, dans les cœurs écossais, la mémoire de quatre siècles d'hostilités entre les deux pays, et la vue de cette bannière de Wallace et de Bruce qui, effaçant l'affront de l'union, associait la vieille indépendance nationale à la restauration des Stuarts. L'expédition de 174^ fut en effet le termp

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de celle alternative d'invasions qui , depuis le temps des Irois Edouard, conduisaient tour à tour l'Ecosse en armes au sein de l'Angleterre , et l'Angleterre au sein de l'Ecosse.

Ces invasions conlinuelles avaient été plus que «les querelles de voisinage. Avec le rôle que l'Angleterre a toujours prétendu jouer sur le continent, ses. guerres avec l'Ecosse intéressaient le reste de l'Europe. La France le savait bien , et ce fut souvent la France elle-même que les Anglais alièi-ent chercher et combattre sur l'un et l'autre bord de la Tweed.

L'ancienne lutte de l'Angleterre et de l'Ecosse, rattacbée à la contre-révolution tentée par Charles- Edoiiai-d, comprend une longue suite de batailles et de négociations qui appartiennent souvent à l'histoire générale de l'Europe : notre but est d'en rapprocher ici les traits saillants , en nous aidant des chroniques el des traditions populaires, pour conserver, autant que possible, aux scènes qui se succèdent dans ce tableau, la naïveté et la couleur de chaque époque.

L'Ecosse, appelée quelquefois aussi North-Britain, fait partie de Tlle appelée Gi-ande-Bretagne; mais elle diffère de l'Angleterre proprement dite par son aspect topographique autant que par la physionomie et les mœurs de ses habitants. L'Angleterre, à l'exception de quelques-uns de ses comtés, est généralement un pays de plaines relativement à l'Ecosse, qui présente presque partout une surface montagneuse. L'Angleterre ressemble à un riche parc ou jardin partagé en

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comparlimeDts symétriques, doDt la variéfé même appartient au dessin de la culture.: il n'y a, encore aujourd'hui, qu'un tiers de l'Ecosse qui soit cultivé; les bruyères régnent partout ailleurs pour unique verdure, et le vallon le plus riant a pour remparts des rochers en apparence inaccessibles.

L'Ecosse se divise ep deux régions bien distinctes, les Lowlands , ou Basses-Tei'i'es , Bas-Pay», Basse- Ecosse, et les Highlands, ou Hautes-Terres, Haut- Pays, Haute-Ecosse. Entre l'Angleterre et les Lowlands, la dissemblance est moins sensible. Des deux rives de la Tweed, les habitants des deux royaumçs peuvent se donner la main ; mais là anssi une ligne de démarcation avait été tracée pioFondément par l'animosité nationale (i).

C'était là le Border (ou frontière) habité par ces maraudeurs qui étaient l'avanl-garde permanente des deux peuples, et qui, ne vivant que de pillage, n'avaient d'autre occupation que la guerre. Lar population de l'intérieur des Lowlands se trouvait comme pressée entre les Borderers belliqueux et les clans à demi barbares des Highlands : ceux-ci, affectant quelquefois de confondre leurs voisins avec les Anglais, se regardaient comme les descendants des premiers pmpriétaires du sol, qui, repoussés parla conquête derrière les montagnes, leur avaient légué, comme un héritage légitime, le droit de vivre aux dépens des conquérants, Le lien commun des

[i] Il est peut-être assez singulier que i'Arioste compare le golfe et la montagne qui servaient de défense au domaine de Logi»tille contre les empiétements d'Alcine à la rivière de la Tweed, qui sé^ |wre l'Ecosse de l'Angleterre. (Rul^hd Fubieux, cli.. vi.J

DB LAHOtlTBHKB BT DE L'BCOBSB. 3&

diverses races de la population d'Ecosse élait, en temps de guerre, la haine contre les Anglais , qui suspendait poufi- un moment toutes les autres.

L'Ecosse de nos jours n'a conservé que quelques traits généraux de l'aspect de l'anctenoe Ecosse : ses montagnes, ses fleuves et ses lacs ne semblent plus les mêmes. Quelques riches propriétaires, comme le duc d'Alhol, ont depuis quelques années multiplié les plantations de mélèzes sur leui's terres; mais ce ne sont plus là ces immenses foréls qui rendaient les abords du Haut-Pays si sombres et si dangereux; là où l'élégante villa moderne ne s'est pas encore emparée du site et des pieri'es de la forteresse féodale, ce sont les ruines qui parent seules aujourd'hui la nudité du désert; le mouton va brouter paisiblement là où le sarïglier, l'ours, le bison et le loup se rendaient redoutables au troupeau et au berger. De vastes marais ont été aussi convertis en des plaines cultivées, où l'on ne retrouverait plus les traces de ces sentiers connus deWallace et de Bruce, qui y bravaient, après leurs défaites, la lourde cavalerie des Anglais. £nfin , on cbercherait vainement à vérifier les lécits de ces vieux chroniqueurs qui rencontraient à chaque pas une chapelle ou un château, une abbaye ou un fort royal, à l'abri desquels vivaient, moyennant une faible redevance, les habitants de quelques cabanes formant un hameau. Uimion des deux couronnes d'abord, et des deux royaumes ensuite, a fait peu à peu disparaître ces citadelles estimées imprenables. Les guerres reli^euses avaient déjà détruit les édifices ecclésiastiques les plus vénérés. Naturellement aussi les villeis , fdles de l'industrie , se sont agrandies :

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3S HtSTOlKl DK t* mVALITB

quelques-unes de celleâ-ci , par le progrès rapide des manufaclures et du commerce extérieur , sont devenues plus considérables que la 'capitale.

la physionomie distincte des races primitives a vu aussi ses traits caractéristiques s'effacer peu à peu. L'occupation de l'Ecosse par les Romains, qui avait commencé en l'année 80, dura près de quatre siècles. Souslesordresd'Agricola, les légions s'établirent diins des camps , entreprirent des routes et fondèrent des stations ou même des villes , comme l'atteste un autdi de Jupiter conservé au musée d'Edimbourg. Mais des l-aces indomptables résistèrent toujours par delà les moDtagnes au double ascendant de la conquête et de la civilisation romaines : l'aigle des empereurs dut renoncer à planer sur la chaine des Grahpians. Il fallut restreindre deux fois les limites de'ta province régulière deVALEttriA, comme les Romains appelèrent l'Ecosse méridionale, et les proléger par une mtirailje jetée en travers de l'Ile.

Lps tribus sauvages, konibiles ulttmique Britanni, qui bravèrent ainsi les Romains jusqu'en 4^a, tribus assez semblables à ces Indiens taloués que leurs descendants civilisés trouvèrent dans l'Amérique du Nord, formaient à ce qu'il parait deux races distinctes, les Meates, ou Bretons méditerranéens, et les Rretons calédoniens , ainsi désignés parce qu'ils habitaient la forét de Calyddon , mot du dialecte celte d'où l'on a fait dériver le nom de Calédonie. Une troisième race, celle des Pietés, ne parait que dans le troisième siècle, et quelques auteurs en font une peuplade survenue tout à coup de la Gothie; mais d'autres prétendent que les Pietés n'étaient qu'une

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OB l'akglstkbre et db l'écossb. S7

troisième gnuide branche des ti-ibus bretonnes. Quant ^1^ Scots, autre tribu cetUque ou gaâtque , ils étaient d'abord venus d'Espagne en Irlande un siècle avant d'émigrer de nouveau d'Irlande en Ecosse; et, expulsés par les Pietés vers le milieu du cinquième siècle, ils revinrcoit, le siècle d'après, imposer défînitivement leur nom à leur conquête de la province de Valentia, oomme les Francs avaient imposé le lenrà Ifi Gaule romaine. Le roi de ces Scots était Pergus,qqi serait ainsi le Pharamond dftla ro3(autè écossaise (i). D'abord ligués avec les Pietés contre les Romains, les Scots finirent par exterminer leurs propres alliés vers l'année 84o, sous la conduite de Kenneth- Mac-Alpine, le vingt-quatrième successeur de Fei^s. Le nom des Pietés disparut même entièrement. Les Scots tendaient .toujours à gagner du terrain sur la frontière d'Angleterre, lorsqu'ils eurent à se défendre à leur tour contre les invasions successives des Saxons, des Norwégiens, des Danois et des autres tribus Scandinaves qui descendirent directement sur les c6te& d'Ecosse , ou qui s'étaient substituées peu à peu aux Romains et aux Bretons sur le sol britannique. Depuis Kennelli-Mac-Alplne jusqu'à Macbeth, de 84' à ]o4o, quinze rois des Scots continuèrent à porter plus ou moins glorieusement le sceptre de Fergus ; mais il serait difficile de raconter leurs faits et gestes sans se perdre dans des fictions qui n'ont

(i) Un Jeune historien, Robert Smart, vient de résumer, dans iiD volume intitulé Caledonia romana, l'histoire des antiquités ro- BMÎnes de l'Ecosse. Ce Yolume ériidit est aussi une élégnnle narration : Caledonia romana , in-4°> Ëdinburgh, i845.

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n HISTOllB DE LÀ. KIVALITB

pas même reçu, comme la chronique de Macbeth, cette'consécration poétique à laquelle le génie prête une autorité presque égale à celle de la véritable histoire. Nous sommes forcés de les laisser dans une ' sorte de nuage moins transparent que la vapeur merveilleuse à travers laquelle Shakspeare fait défiler les successeurs de Banquo , ce -thane de Lochaber « de qui la maison de Stuart est issue , » dit le chroniqueur Hollinshed (i).

L'Ecosse, comme la ïVance, a même eu longtemps sa généalogie classique. Lorsque tes rois de France descendaient de Francus , Hls d'Hector, le héros de

(i) La polémique des htstorteDs et des archéologues d'Ecosse sur leur aocienne histoire a produit une bibliothèque entière de traités, de dissertations, etc. Consultei Hector Boece, Wynton, le Prieur de Lochleveo, et Buchanan : le catalogue d&s rois issus de Cècrops est imposanL Lorsque W. Loyd, évêque de Saint-Asaph, . dans son Histoire du goiavrnement de l'Église en Angleterre et en Ecosse, osa retrancher quarante- quatre de ces monarques anté* rieurs à Fei^us 1", les crudits de l'autre câté de la Tweed faillirent renouveler i, leur manière les anciennes guerres des deux nations. Geoi^es Mackenzie, avocat du roi à Édimboui^ {lord advocate) , sous Charles II, se crut obligé, par les droits de sa charge, de défendre ces quarante- quatre souverains frappés tout à coup de déchéance, n Comment souffrirais -je , s'écrie-t-il , qu'on attente aux droits et privilèges de notre couronne d'Ecosse par une Ekssertioo qui vient supprimer environ trob cent trente ans de son antiquité!»

L'investigation calme et consciencieuse de cette antiquité obscure fut commencée par le père Innés, prêtre bénédictin du collège des Écossais, à Paris. Les recherches de sir David Dalrymple (lord Halles) éclairèrent encore les points douteux des vastes annales d'Écoue. Il faut consulter aussi Pinkerton , F. ' Ritson i G. Chalmers, etc.

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DE L'ANaLRTIBBB IT UI L'^MSI. 39

Troie, les rois d'Ecosse avaient pour ancéire Gathelus , fîls de Cécrops , roi d'Athènes et gendre de Miaraon, roi d'Egypte, dont il avait épousé la fille ^ Scola. Le scepticisme moderne a efiacé de l'histoire ces noms-là et bien d'autres, chers à l'imagination du moyen âge. S'il est une tradition que nous r^ettons parmi toutes celles qui sont désormais relouées au rang des fables, c'est l'alliance jurée entre Charlemagne et le roi Àchaïus, un de ces successeurs de 'Fei^us dont les sombras portraits décorent aujourd'hui encore le palais d'Hol^rood à Édimboui^.

Les annales de l'Ecosse ne commencent à être ap- ■ puyées par quelques témoignages historiques que sous le règrie de Macbeth. Quelques-unes des scènes de la tiBgédie de Shakspeare sont déjà de l'histoire. Shakspeare a copié Hollinshed comme copiait Shakspeare. Avant de devenir roi par une usurpation sanglante, Macbeth avait plusieurs fois combattu, en vaillant ««pitaine, contre les Danois ou Norw^ens de la colonie Scandinave établie dans les Hébrides, et contre la grande invasion des peuples qui asservirent en ce temps-là à peu près toute l'Angleterre. Après une dernière victoire , les deux capitaines Macbeth et Banquo allaient rejoindre le roi Duncan, lorsque arriva cette éti-ange rencontre « qui , dit le chroniqueur, dea vait être la cause de beaucoup de trouble dans le ■ royaume d'Ecosse. » Macbeth çt Banquo marchaient tous les deux ensemble et traversaient les bois et les champs; au milieu d'une bruyère, « ils apera curent trois femmes dans un appareil étrange, res- « semblant à. des créatures d'un autre monde; la « première parla , et dit : — u Salut , Macbeth , thane

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« de Glamaiis (car il venait de succéder à celte di- « gnité et à ces tbuctîoDs par la mo)-t de son père H Sinell). o La seconde dit : — u Salot, Macbeth, ' « tjiane de Cawder. » liais la tro^ième dit : — «Salut . « MaclJeth , qui, par la suite., seras roi d'Ecosse. » — a Alors BaiH]uo ,: ^ s Quelle sorte de femnies étes- « vous («trt-il), qui senUez m' être si peu ftivorablvst « tandis qu'à mon cowpagnon, outre àe hautes diu gnit^, TCHis promettez aussi le royaume? Ne ré- « servez^vous rien pour mw?» — « Oui, dit la pre- « mière , nous te promettons à toi bien plus qu'à lui , « car il régnera , en etiet , mus pour une fin malheu- « reuse, ne laissant aucune postérité pour lui succé- « der; tandis qu'au contraire tu ne r^neras pas, « .mais de toi naîtront oeux. qui -gouverneront le « royaume d'Ecosse, i>ar une longue suite de rois. » « Cela dit , disparurent aussitôt les susdites femmes. n D'abord, Banquo et Macbeth regardèrent cette « rencontre comme quelque vaine vision ; Banquo B appelait en riant. Macbeth le roi d'Ecosse, et Mac- « beth,en nantaussif appelait Banquo le pèredeplu- « sieurs rois. Mais ensuite l'opinion comraunefutque K ces femmes étaient soit 1^ sœurs fatales {weird sis- « ters), ou, comme vous (tiriex, les déesses du destin, « soit quelques nymphes ou fées douées du don de « prophétie par leur science néoromantique , cae tout « advint comqie elles Avaient dit. Bientôt après ,. le s thane de.Cawderayaut été condamné comme traître « au roi, ses terres, ses iievenns et ses titres fui%nt u donnés à Macbeth par la Hbéraiité i-oyale. n

Uollinshed nous dit conament Macbeth dissimula qu^ue temps encore son projet d'aider lui-même à

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os l'an&litBhhb bt bB l'écossb. si

raccomplissement du i-este de ta prédiction , attendant l'occasion «t le prétexte. Par une singulière coïncidence, qu'il est permis de remarquer au début de cette histoire, cette usurpation , qui préparait le trÔQë à' la race des Stuarts , n'est pas sans quelque analogie avec celle qui devait un jour le leur enlever. Macbeth, selon Hollinshed, était de la famille royale, comine Guillaunie d'Orange. Si, à cette époque, les femmes eussent héi^é de la couronne, il eût pu régner du chef de sa mère, fille>du roi Malcolm, dont Duncan n'était que le neveu. Comme Guillaume le slathouder, Macbeth le thane avait ses griels contre son roval parent, qui désigne d'avance son fils pour lui succéder, au mépris des éventualités qui appartenaient à Macbeth , car il n'y avait entre le trône d'Ecosse et te tbane de Cawder que des enfants en bas âge. Eu ces temps de trouble, où il s'agissait de sauver si souvent non pas les libertés, mais l'indépendance du royaume, les oncles en état de régner pouvaient être légitimement préférés à leurs jeunes neveux. La femme de Macbetfa ne lui apportait pas, comme celle de Guillaume, un titre d'héritage, mais elle ftit la conseillère ardente qui l'encouragea à l'tMte décisif : « Sa femme surtout , dit Hollinshed , le pressait viveti. meot d'oser la chose (to attempt the thing), étant « très-ambitieuse et enflammée d'un insatiable désir « de porter le nom de reine, u

Enfîn, Duncan e&t assassiné; Maclielh se fait prodamer roi, et va se faire couronner à Scone. Les deux fils de Duncan se réfijgient l'un daus le Cumherland , l'auu« en Irlande, « craignant pour leur vie, » dit simplement la chronique, qui, rendant justice à t'u-

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3S HISTOIBB Dl tA BITAUTÉ

surpateur et attribuant aux nobles Écossais une complicité semblable à celle de Foligarchie anglaise de

■ 688, nous dit combien furent heureuses les premières années de ce nouveau règne : « Pour être bref,

■ telles furent les dignes et royales actions de 'ce Mac- « beth dans l'administration du royaume, que s'il K fût devenu roi par des moyens l^itimes et eût conu tinué jusqu'à la fin de son règne avec droiljHre et « justice comme il avait débuté, il aurait pu être « compté parmi les plus nobles princes. Il fit plusieurs « bonnes lois et utiles statuts pour le bien public de « ses sujets. »

Banquo fut sacrifié un des premiers à la jalouse défiance de Macbeth , qui voulut aussi, se défaire de Fléance son fils, et ne put le faire tuer en même temps que- son père. A partir de ce nouveau crime, Macbeth, dans la chronique, n'est plus qu'un tyran et un oppresseur, qui se fait craindre et hair, qui le sait, et gouverne non plus par de bonnes lois, mais par des moyens de pohce : « Les rois , dit à ce pron pos Hollinshed , ont une vue aussi perçante que •X Lyon et des oreilles aussi larges que Midas. Mac- « beth avait dans la maison de tout noble un agent a adroit, ou tout autre individu à lui dévoué, pour a lui révéler ce qui s'y disait et faisait; par laquelle « politique il opprimait la plupart des nobles de son n royaume. «

MacduiT, un de ces nobles opprimés, se décide enfin à aller en Angleterre chercher Malcolm, le fils de Duncan , l'héritier légitime. La scène par laquelle s'ouvre ce drame ancien d'une restauration n'est certes pas plus intéressante dans la tragédie que dans la chro-

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DE l'Ecosse bt db l'anqlbtbbbb. 33

nique : Hollinshed et Shakspeare mettent à peu près les mômes paroles dans la bouche de ce jeuue prince, qui se demande combien durera celte espérance de lionbeur que l'Ecosse altaclie au retout de l'héritier l^limej et si un jour cesjidèles sujets, qui détestent si cordialement l'usurpateur, ne tourneront pas vers celui-ci un regard plein d'amei's regrets. Malcolm parlait surtout ainsi parce qu'il ne'savait pas jusqu'à quel point il pouvait se fier à MacdufT: «Je suis vraiment (I alïllgé, lui dil-il, des misères de mon pays d'Ecosse; " mais, quoique, dans mon affection pour lui, je fusse n Irès-porlé à le délivrer, cependant, en raison de « certains vices incurables qui régnent en moi, je n'y « suis nullement propre. D'abord, telle est ma soif « immodérée de luxure et de voluptés sensuelles » (abominable source de tout vice), que si j'étais fait « roi des Scots, je ne respecterais ni jeunes tilles ni " matrones; de telle sorte que mon intempérance « vous serait plus insupportable que ne vous l'est à '< présent la sanguinaire tyrannie de Macbeth, n — « Sur quoi MacdulY répondit :« C'est un très-odieux a vice assurément , car maints nobles princes et rois « ontperdupar là leur royaume et leur vie. Toutefois, n il est assez de femmes en Ecosse ; suivez donc mon n conseil ; failes-vous roi : je me chaire de mener les H choses si prudemment et si secrètement que vous a serez satisfait dans vos plaisirs sans qu'aucun le 'I sache. » — Malcolm reprit alors : «Je suis aussi n la plus avaricieuse créature de la terre; si j'étais « roi , je chercherais tant de moyens d'acquérir terres II et domaines que je ferais périr la plupart des noa blés d'Ecosse par de fausses accusations, à cette

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34 BISTOlKK DE LA RIVALITE

a fin de jouir de teurs biens, propriétés et richesses. a Et pour vous montrer quels malheurs pourraient « fondre sur vous par le fait de mon insatiable ava- <c rice,'je veux vous répéter une fable : Il y avait s un renard qui, s'étant fait une plaie, fut assailli « par an essaim de mouches, acharnées à sucer tout « son saag; un autre renard survenant lui deinanda o s'il voulait qu'il chassât ces mouches: Non, ré^ « pondit-il, car celles-ci, bientôt repues, sont déjà « mmns avides; si vous les chassiez, d'autres plus n altérées viendraient remplacer les premières. De u même, continua Malcolm , laissez-moi demeurer a OÙ je suis, de peur que si je réussissais à m'empai'er « du royaume, mon insatiable avarice ne vous fît H paraître bien légers les outrages dont vous vous « plaignez aujourd'hui.» — A cela répondît encore « Maciluff: «Ce vice-ci est bïen pire que l'autre, « car l'avarice est la source de toute sorte de mala heurs , et ce vice est eelui qui a perdu et fait périr > la plupart de nos rois. Cependant, suivez encore « mon conseil, et acceptez la cotironne : il est en « Ecosse assez de richesses et d'or pour satisfaire vos « cupides désirs. » — Alors Malcolm i-eprit encore : <t Je suis porté à la dissimulation , à l'artifice et « au mensonge, si bien que c'est mon bonheur tia- « turel de trahir et tromper ceux qui se tient à ma « parole. Or, puisque rien ne convient à un prince « comme la constance, la vérité, la justice, et toutes « les autres vertus ennemies du mensonge, vous « vo^ez combien je suis impropre à gouverner au- « cune province, à moins qu'ayant un secret pour ff habiller et couvrir tous mes autres vices, vous

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DE l'aHGLBTEBBE ET DE l'ÉCOSSE. 35

« n'en ayez un pour cacher celui-ci parmi le reste. » « Là-desMi9, Macduif : « Ah ! c'est là le pire de tous , i> et je te l»\sae ea m'écrnaat : Malheureux Écossais, « que tant de calamités accableat coup sur coup! « Vous avez d'un côté un maudit et méchant tyran e qui , régnant sur vous sans droit ni titre, vous op- 1 prime par sa cruauté sanguinaire; et de l'autre, ce- « lui qui auroit tous droits à la couronne /est si bien » imprégné de Vincortstance et des vices manifestes '< des j4nglais (i) qu'il n'est pas digne d'en jouir; « car , de son propre aveu , il est non-seulement « avare et livré à une insatiable luxare, mais encore « traili-e si félon qu'on ne peut avoir aucune Bsnce « à sa parole. Adieu , Ecosse ; car désormais je me a regarde comme banni pour toujours, sans réconfort « ni consolation... (Et à ces mots d'amères larmes tom- « bèrent de ses yeux). »

Enfin , au moment où il était prêt à partir, Malcoira l'arrête par le bras, et lui dit : « Réconforte-toi, Mac- « duff; je n'ai aucun de ces vices, et n'ai fait que plaîff santeravec toi pour l'éprouver; car déjà maintes et « maintes fois Macbeth a cherché à me surprendre, d Mais plus j'ai mis de lenteur à me rendre à ta re- « quéle , plus j'userai de diligence pour accomplir ce a que nous aurons résolu. » Là-dessus ils s'embrassè- 1 rent, promirent d'être fidèles l'un à l'autre, et se con- « sultèrent sur ce qu'ils avaient de mieux à faire. »

On remarquera plus tard la contre-partie de ce

(i) Shaksp«are a nùglîgéce Irait de satire, pour y substituer cet admirable appel au père et à la mère de Malcolm, qui, dit Macduff, étaient, ton père, un saint homme, et ta mère, plai souvent A genoux que sur ses pieds, mourant chaque Jour de sa vie.

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3C HISTOIKB DE LA BIVALITÉ

tableau à la manière antique , dans l'entrevue de Charles-Édouat-d et de Boisdale, à bord de la Doutelle,au moment où, commeMalcolm, le jeune prince va arborer son étendard sur la terre d'Ecosse.

Malcolm et MacdufT s'étant concertés, entrent en campagne : « Les nobles se divisent en deux fac- « tiens, les uns pour eux, les autres pour Macbeth. » Après divers combats, c'est Macbeth qui a te dessous, et se voit peu à peu abandonné des siens. II se rappelle encore la prédiction qui lui a promis qu'il régnera jusqu'à ce que la forél de Birnam se transporte à Dunsinane. Justement il est dans le comté de Fife et au pied du château de Dunsinane, où il croit pouvoir braver lous ses ennemis. Mais Malcolm, qui l'a suivi de près, « commande à chaque homme de « son armée de prendre une grosse branche, et de d s'avancer sans bruit, pendant la nuit, derrière celle « forêt mobile.» Le matin, à cette vue, Macbeth éprouve un accès de découragement; mais du moins il est encore invulnérable, car il lui a été dit qu'il ne périrait par aucun homme né d'une femme. Avant de croiser le fer avec Macduff, il le raille en lui racontant cette prédiction. Mais Macdu(f , son épée nue à la main: «On-t'a prédit vrai , Macbeth j et tescruauo lés vont avoir aujourd'hui unefiii, car je suis celui « dont tes sorcières ont parlé , moi qui ne naquis pas a de ma mère, car elle était morte lorsqu'on m'arracha <t de son sein. » — Ce disant, il se précipite sur lui et u le tue sur place; puis lui coupant la tête, il la fixe a au bout d'une lance et l'apporte à Malcolm. Ainsi o finit Maclielh, après a\oîr régné dix-sept ans (i). » (i) Hollinslied pince iH événement à la date de loS?.

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DR L AN&LBIEHBB ET DB L BCOSSE.

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