‹ Histoire de Charles-Édouard, dernier prince de la maison de Stuart, precédéeChapitre 10 sur 72 · CHAPITRE IJ · texte numérisé non relu

CHAPITRE IJ

Nous retrouvons dans la physiooomie du fils de Duncan quelques-uns des traits de notre Clovis, et à côté de lui, sur te trône, une autre Clotilde. Malcolm, suraooinié Canmore (grosse tète), avait l'impëtuositë, la fureur batailleuse, et la violence du fier Siccanbre; mais le lion devenait agneau sous le charme de la reine, ange de douceur et de paix. Celte princesse était Hai^uerite, sceur de l'atheling saxon, que Malcolm avait connue et peut-être aimée dans son exil en Angleterre. Cette digne pedle-nièce d'Edouard le Confesseur, monarque plus grand comme saint que comme roi, aurait préféi-é un couvent au trône de la barbare Ecosse; mais, princesse proscrite, elle se résigna à (lartager ce trône avec un prince autrefois proscrit et fugitif comme elle. Quoique porté par caractère à guerroyer, Malcolm, par reconnaissance et par amour, se fit un civilisateur et presque un apôtre chrétien. Il savait à peine lire, et il eût méprisé les missels qui occupaient tous les loisirs de sa femme; mais pour mériter à la fois son sourire indul gent et ses douces prières, il vénérait ces livres sacrés qu'il ne comprenait pas; il les baisait dévotement, et voulait qu'ils fussent splendidement reliés. Cette piété n'élaitencore que la superstition de l'amour. Malcolm fit plus : la douce et sainte Marguerite était naturellement un peu prêcheuse, et s'immisçait volontiers

S8 HISTOIRB DB lÀ BIVALITÉ

dans les questions d'Eglise. Malcolm alors lui servait d'iolerprète auprès de ces prêtres de la race gaélique, qui n'entendaient pas l'anglais, mais qui étaient fiers du patronage et de la collaboration de la reine.

D'ailleurs, dans le bas pays de l'Ecosse, s'établirent bientôt quelques seigneurs d'Angleterre, les uns saxons, les autres normands ; ceux-ci, les victimes de la conquête sous Gaillaume de Normuidie ; ceux-là, méeonteuts peut-être du partage. Ces sujets d'adoption étaient à ménager pour eux-oiémes, pour la reine et pour «on fr«^ aussi, car avec Mai^uerile était venu en Ecosse, après la bataille d'Hastings, Ëdgard, reclamant de Malcolm l'hospitalité qu'il avait reçue lui-même à la cour saxonne. Peu à peu la cour d'Ecosse devait naturetleuient accepter l'influence'des mcenrs de ces étrungern, et parler comme eux l'anglo-saxon. Ce dialecte enfin ne fut pas inutile à Maloolm dans sa vie de guerroyeur, car, plus tard, il fit des incursions sur le territoire anglais, ravageant ces mêmes provinces du Mord dont les habitants, fuyant devant Guillaume, s'étaient en partie réfugiés en iÉcosse. Il emmaia aussi des prisoDoiers en gi-and nombre dans son propre royaume, pour y cultiver la teire comme esclaves. Malheuneusement, la guerre devait avoir de orueltes i-eprésaillefi avec un enneini tel que Guillaume. Celui-ci fît à son tour une campagne en Ecosse, quoique les chroniqueurs écossais prétendent qu'il ne dépassa jamais la frontière. Selon tes uns, Maloolm se soumit el prêta serment de vassal à GulUuiioe; selon les autres, cet hommage fut en ^et obtenu du roi d'Ecosse, mais parce qu'il netint la possession leodale des terres par lui conquises en Angletei're. Ce

D„:,iP<.-jM,G00glc

DE L'jLDGLKTBKHB ET SB L RCOSSB. 30

qu'il y a de certain , c'est que .dans les révolutions de ce siècle l'Ecosse resta elle-mênie, toujours le pays des Scots^ taudis que l'ii^Ieterre changea tout à fait le caractère de sa nationalité anglo-saxonne, étant de* venue par la conquête une Angleterre /tontMOAdief, la propriété territoriale non pas seulement des chevaliers, mais encore des ecclésiastiques noi'mandfi, substitués partout, les uns aux tha»es «asons, les -autres aux prêtres saxons. Remarquons e«oore que c'est eo ce moment que le roi d'Ecosse s'allie par mariage avec le roi d'Angleterre , mais justement avec le roi vaincu et dépossédé. Si un mariage devait rapprocher les deux pays , calmer les haines et les rivalités des jdeox couronnes, ce n'était pas sans doute celui de Malcolm et de Marguerite. Cependant , l'élément de la civilisation normande s'introduit réellement à cette époque dans le bas pays de l'Ecosse. C'est en même temps dans cette partie du royaume, à.ÉdJjnbourg, que le siège de la royauté tend A se fixer, et la constitution de l'État , encore celtique, incUne de plus en plus aux formes féodales. Le roi rest^a le chef supréote, quoique non absolu; bob pouvoir, comme celui des roû d'ADgletotre, sera conirâlé par la haute noblet^e, mais il n'auca que plus tard pour contrepoids régulier les trois élats du royaume. Si vers le milieu du quatonâènie siècle, nous trouvons le grand conseil d'Ecosse oonstilué de manière à répondre à la définition moderne de la représenta lion nationale; si le parlement, assemblé à Edimbourg en i357, nous offre la réunion des délégués des dix-sept boui^ royaux , formant le troisième ordre de l'État , et a'associant aux délégués des prélats et des barons pour

n,g,t,7i.dh,G00glc

i us LA BIVALtTE

régler les conditions du retour de David II, retenu captif pai' les Anglais , nous sommes encore loiu du gouvernement représentatif. L'importance de la classe (jui aurait pu prétendre à parler au nom du peuple ou des communes ne grandit que lorsque des villes industrielles et commerçantes groupèrent autour d'une corporation municipale une population assez considérable de bourgeois et d'artisans pour Taire équilibre au cortège armé de la féodalité. Or, l'Ecosse, sous le double rapport de l'industrie et de l'agriculture, fut longtemps en arrière de l'Angleterre.

Le roi avait la haute direction de l'État comme chef de l'aristocratie militaire, et comme grand-juge ou administrateur de la justice. Il était la source d?s honneurs, parce que c'était lui qui distribuait les rangs et les dignités. Mais à la longue, quoique le monarque, en Ëcossecomme en Angleterre, fût plus particulièrement la personnification de la hiérarchie aristocratique, les luttes des rois avec la noblesse les forcèrent plus d'une fois de s'appuyer sur les représentants directs de la nation, et un parlement se constitua. Pendant longtemps la royauté, en apparence , gagnait seule à cette alliance, mais plus tard tes précédents ne manquèrent pas au parlement pour réclamer sa part de la souveraineté; et l'aristocratie du bas pays, battue dans les révoltes féodales, sut à son tour habilement transporter ses forces sur le terrain des discussions parlementaires.

Nous ne saurions ici signaler toutesles différences, essentielles qui distinguaient les deux peuples, dont un siècle d'union n'a pu encore former une nation homogène. Quelques-uns de ces traits caraclérisliques ressorliront du récit de leurs rivalités.

ri,5,t,7i.it,'G00gIc

DK L'ANGLBTBBHK KT DB L'iCOSSB.

Page 1