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En voyant qn'après six semaîties d^attente son armée «le s'élevait guère qu'à six mille bom-^ meS) Charles-Edouard regretta amèrement de n'avoir pas suppléé au nombre par l'audace et l'activité ; en suivant sa première idée de marcher sur Londres^ comme il avait fait sur Edim* bourgs au pas de course ^ au lieu de donner au gouvernement établi le loisir de revenir de sa surprise et de sa terreur. Il se rappelait que le comte de Mar avait perdu, en 171 5, tous ses avantages en prolongeant son séjour à Perth , et il recevait journellement des messages des Jaco-
DE CHARLES-ÉOOUAaD. QQ
bites d'Angleterre y qui semblaient ne plus attendre que sa présence pour se dédarer. Quelques uns se plaignaient qu'il les laissât désarmés en quelque sorte à la discrétion des troupes de l'électeur; d'autres croyaieni pouvoir l'assurer que ces troupes mêmes se déclareraient pour lui s'il se présentait seul à elles y tandis que l'orgueil national les forcerait de traiter en ennemis les Français s'ils effectuaient une invasion.
Charles assembla donc son conseil, et annonça son intention de se porter en Angleterre. Les mêmes objections s'élevèrent contre ce projet: une armée anglaise était à Mev^castle ; n'était-il pas imprudent d'aller se briser contre des forces supérieures y quand une défaite pouvait être irré*parable?Ne valait-il pas mieux laisser débarquer les auxiliaires français , ou laisser venir les Anglais en Ecosse y où ils auraient contre eux toute la populatioû y comme il était à craindre que la population d'Angleterre ne se levât contre les Écossais ? Le prince répéta qu'il avait l'assurance de vaincre s'il fallait combattre; m^is qu'il était appelé par les Jacobites des principales villes y qui s'engageaient à prévenir .tout cboc entre les deux peuples. <c Enfin , messieurs , dit-il y j'ai promis aux sujets de mon père de ne pas resrter en arrière : j'irai seul, s'il le fiiut,
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me jeter entre leurs brus : l'Ecosse csllibre ; demeurez pour la défendre : une armée anglaise se ralliera autour de cette même bannière^ qui a seule rallié l'Ecosse. »
Lord Georges Murray se rangea enfin de l'avis du prince. Marchons ^ux frontières, dit-il , ce mouvement entretiendra l'ardeur de nos montagnards, que le repos commence à impatienter.
Quand il n'y auraplus que la Tweed entre le prince et ses adhérents d'Angleterre , nous verrons s'ils nous tendent la main. »
La discussion s'engagea alors sur la route que prendrait l'armée. Charles-Edouard eût voulu se porter directement sur JNewcastle, par la frontière occidentale. Le conseil, qui désirait éluder le plus long-temps possible tout engagement décisif, ob-
tintque l'on se dirigerait vers lafrontièreorieutale^ car si l'on entrait sérieusement en Angleterre^ on se rendrait plus facilement maître de Carlisle que deNewcastlej et siunearmée hostile s'opposait aux progrès du prince, les Highlanders combattraient avec plus d avantage dans un pays de montagnes assez semblable au leur. Charles-Edouard adopta les conclusions du conseil, et ce fut après ces concessions mutuelles que l'on fit savoir aux clans ce qui venait d'être arrêté par le prince et les Chefs. Cette nouvelle fut accueillie avec en-
DE CUàALES-ÉDOUARD. lOI
iLousiastne; moins prudents que leurs officiers, les moniagnards ne doutaient pas de Theureux succès de lemr marche en Angleterre. Bs se préparèrent en chantant à celte expédition qui plaisait à la valeur de tous, et qui, pour quelques uns, avait de plus sans doute Fattrait secondaire d'un riche butin aux dépens des Wlûgs d'Angleterre. La chanson suivante fut joyeusement répétée par les montagnards comme par les soldats de la basse Ecosse :
GOCX UP YOGR BEA VER.
M Quand mon brave Jeannot entra dans cette ville , il n'avait qu'une vieille toque bleue ; maintenant il porte un chapeau à plumes 1 Allons , mon brave Jeannot, retrousse ton chapeau; retrousse ton chapeau, et mets-le sur l'oreille. JNous allons passer la frontière, et nous les frotterons; car il y a des gens là-bas à qui nous ap^ prendrons à mieux se conduire : allons , mon brave Jeannot, retrousse ton chapeau.
w Retrousse-le bien, n'en rabats pas les bords, attache la rose blanche au galon de la forme; retrousse-le du bon côté; nous serons bientôt à Garlisle. Il y a là quelqu'un qui aime la fourbe ^
rie et la bassesse^ quelqu'un qui, aime le métier de fripon; mais quelqu'un approche aussi qui fera trotter ces drôles : allons ^ brave Jeannot , retrousse ton chapeau I
« Sawney (i) a été apprenti chez un marchand de perruques ; il va maintenant dans le sud pour savonner les Whigs (2) : il vrfse faire leur perruquier et leur barbier ; allons , brave Jeannot , retrousse ton chapeau. Jeannot a été apprenti tanneur, entendez-vous, et il va dans le sud tanner le cuir de ces braves gens avec la lame de son André Ferrare (3) pour outil : retrousse ton chapeau, mon brave Jeannot. «
« Donald a appris le métier de voleur de bétail, de bouvier et de braconnier : il va passer la frontière pour toucher en bon or le prix de sa marchandise. Voici Donald le bouvier, Duncan le chaudronnier, Sawney le barbier, et Logie le laird : ces braves-là n'auront jamais peur de
(1) Sawney fïïom générique pour signifier rEcosse. Duncan , Donald , Logie sont des synonymes de Sawney.
(2) Jeu de mots: Wigy perruque,— Whig^ désignation de parti.
(5) André Ferrare, ancien armurier dont le nom es inscrit sur grand nombre de vieilles claymores.
DE CHAULES-EDOUARD. Io3
VOUS, Alloas 9 Jeannot^ mon gargoo^ retrousse ton chapeau. »
Ces refrains en style trivial ^ mais vif^ étaient plus populaires que les invocations emphatiques d'une poésie plus élevée. Les clans ne marchaient pas au son de la harpe des vieux Bardes calédoniens^ mais bien au son de la criarde cornemuse. Une autre chanson , dans le même goût y qui datait de 17 iS^ excitait encore plus d'enthousiasme : Donald de Macgillavry est une person-* nification des clans réunis.
DONALD MACGILLAVRY.
a Donald a gravi la moatagoe harassé de fatigue et mourant de faim y Donald descend la montagne de fort mauvaise humeur; Donald nettoiera comme il faut le nid du coucou : à la sanié du roi et de Donald Macgillavry!.... Viens comme une balance , Donald Macgillavry , viens comme une balance, Donald Macgillavry, pèse -les bien, pèse4es comme il faut : rejette bien loin ceux qui sont de fausses pièces , Donald Macgillavry.
ic Donald a couru sur la montagne comme un cheval échappé : on Teût dit fou ou piqué par
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une guêpe. Quand il reviendra, il y a des gens qui riront bien : à la santé du roi Jacques et de Donald Macgillavry ! Viens comme un marchand de toile, Donald Macgillavry , viens comme un marchand de toile, Donald MacgiUavry, ta balle sur le dos et ton aune à la main , donne-leur bonne mesure, Donald Macgillavry.
(c Donald a vécu avec les pillards et les voleurs, Donald a dîné de privation et de misère; mieux vaudrait pour les Wliigs et la whiguerie renconcontrer le diable que Donald. Viens comme un tailleur, Donald Macgillavry, viens comme un tailleur, Donald Macgillavry, taille le draps en tous sens, et appuie comme il faut le dé sur l'aiguille : à la santé du roi Jacques et de Donald Macgillavry!
« Donald est un brave qui n'aime ni la fourberie ni la whiguerie, ni les fourbes ni les Whigs ; qu'ils tournent vite les talons; il ne veut pas qu'on le raille, il faut qu'on lui fasse justice ou qu'il se la fasse lui-même, voyez-vous? Viens comme un savetier, Donald Macgillavry, viens comme un savetier, Donald Magillavry, batsles comme semelle, pique-les avec une bonne alêne : vive le roi Jacques et Donald Magillavry !
(( Donald a clé importuné de mauyaisos raisons et de moqueries , on lui a fait même de belles promesses ; on lui a donné de belles arrhes y mais on n'a pas tenu le marché: grand Dieu!
comme Donahl est en colère ! Viens comme le diable, Donald Macgillavry, viens comme le diable, Donald Macgillavry , écorche-les bien , et écliaude*les bien ces mauvais frères! et vive le roi Jacques et Donald Macgillavry (i).
Ce n^était plus, comme on voit, en chantant des psaumes, à la mauière des Puritains ou Têtes- Rondes, que les Ecossais de l'j^S se préparaient à cette dernière invasion de FAugleterre. A ces chansons populaires se mêlaient quelquefois les chansons plus tendres des dames jacobites d'Edimbourg, telles que «la Cocarde blanche »
( the ff^hite cockade), ou une fiancée félicite son bien-aimé d'avoir adopté le costume des montagnes, et cette autre où la jeune fille déclare qu'elle n'aimera qu'un montagnard.
(i) Quelques mots de ces chansons traduites ne sont que réquiyalent d'un texte fort difficile : mais d'ailleurs, l'air et les allusions locales faisaient plus de la moitié de leur popularité. On ne devinera guère que Macgiliavry, par exemple, est réputé un chef-d'œuvre d^humour jacobite.
Tel était le langage du soldat : voici le lan'^ gage officiel dn chef :