‹ Histoire de Charles-Édouard, dernier prince de la maison de Stuart. Précédée d'une Histoire deChapitre 27 sur 61 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

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Cependant le 20 décembre, )onr annèveirMiire de la naifisatMie de Gkafle»*£doiiard^ Favteéd arriva sur les bords de TEsk , et trouva cette rivière grossie par des pluies cofiftinuelles qui loni* baient depuis le combat de Glifton^Elnclosures. Gomme il était à craindre que la crue des eaux ne devint de pl«s en plus forte ^ le passade fut tenté iounédiatement. La cavalerie fut d'abord staboanée dans la rivière^ à quelques pas au-* dessus du ^ué pour rompre la force du courant; l'infanterie se forma ensuite en colonnes de dix à douze hommes de front , qui se tenaient par le bras de manière à $e soutenir réciproquement dans ce périlleux passage. Au bout d'une heure Je

prince et tous ses compagnons étaient sur le bord opposé^ poussant dés cris de joie et séchant leurs habits autour des feux nombreux qu'ils sMtaient empressés d'allumer. Ils foulaient de nouveau le sol calédonien y à Tombre de cet étendard de Glenfinnin qui venait de parcourir une partie de l'Angleterre salis avoir subi l'affront d'une seule' défaite 3 n'ayant à regretter^ après une campagne de six semaines ^ que quarante hommes sur cinq mille. Les flots de l'Esk^ il est vrai ^ entraînèrent, dit-on, quelques unes de ces héroïnes de la cocarde blanche, qui avaient jusque-là heureusement bravé tous les périls pour un frère, un époux ou un amant.

Charles- Edouard avait sauvé lui-même \xvt montagnard qui, s'étant séparé de ses compagnons, était emporté par la force de l'eau. En ce moment le prince passait le gué à cheval j il saisit ce malheureureux par les cheveux, en s'écriant : « Cohear^cohear! » mot gaélique signifiant au secours l et , au risque de périr luimême^ il le retint jusqu'à ce que ses camarades vinssent l'aider à le déposer à terre. Les clans eu aimèrent davantage un prince qu'ils proclamèrent aussi humain que brave.

Sur les bords de l'Esk, Charles -Edouard partagea Tarmée en trois divisions , qui se diri-

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gèrent par différeûtes routes sur Glascow. Le prince occupa Dumfries , ville peuplée de Prèsbytériens ftoatiques^ qui avaient précédemment arrêté une partie des bagages et des munitions de l'armée^ et qui ^ se figurant voir arriver les montagnards dans le désordre d'une déroute^ leur préparaient une réception peu amicale. Ils en furent quittes pour une amende de 2^000 livres sterling (i). Le hameau de Lesmahago^ patrie de l'historien SmoUet> aurait pu redouter aussi la colère de Charles-Edouard , ayant arrêté un de ses aides-de-camp^ le jeune et brave Kinloch- Moidart^ qui se rendait aux Hébrides avecj des missives du prince ^ et qui fut livré depuis au bourreau de Garlisle. Quelques maisons fiirent incendiées 9 mais les Chefs apaisèrent à temps la vengeance des Highlanders.

Personneliement, le prince^ dans sa retraite ^ ne tira d'autre vengeance des principaux Whigs que celle de leur imposer l'honneur, un peu coûteux peut-être^ de lui donner l'hospitaUté , à lui et à sa suite*. C'est ainsi qu'en se rendant de Dumfries à Glascow il s'arrêta à Drumlanrig^ dans le JNithsdale^ résidence du duc de Queensburj, nom également odieux aux Anti-unionistes

(1) Ils furent aussi désarmés.

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et aux partisans des Staarts. Le père du dcie de Queensbury avait été le digne associé dtt cotnte de Stairs dans lés transactions de ryoB. Ce Taste château, dont là masse quadrangulaire dorïiiae encore la vallée de Kith, avait été bâti aveé le prix de la vente de FEcosse : les Cïidfs monta- {^dards qui le 23 décetubre passèrent la nuit da¥is sa longue galerie se le répétèrent tout bas en s'endormaDt^etkurs soldats les entendirent» Les murs étaient ornés des portraits dn roi Gnillaume^ de la reine Marie son épouse^ et de la reine Anne, qui en avait elle-même fait don au Lord^onumissaire du dernier parlement écossais. Le lendemain, avant de partir, quelques HighlmMlers ne purent résister au plaisir de mutiler avec leurs clay mores Ces images abhorrées, qui portent encore aujourd'hui les traces de cet affront dans le château presque solitaire des ducs de Qneeasbury.

La ville de Glascow ouvrit ses portes â Tarmée jacobite le â5 décembre. Cette cité commerçante et industrielle rivalisait déjà avec la royale Ëdû»bouTg par sa population et son étendue ; iMe la surpassait en richesse : ennemie des StuarCs depuis les grandes guerres civiles, elle avait récemment levé un régiment de milices composé de huit à neuf cents hommes en faveur de la maison

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régnante. Lorsque cette population de bouti* qAjiers et de fa)>ricant8 y qui oomme Dumfries avait cru les moiitagniu*ds écrasés par les troupes régulières^ vit défiler devant ses magasins ces mêmes liommes dont Tair farouche et lies véle-^ ments semblaient pleinement JM3tifier ceux qui les traitaient de bandits ^ desanvages^la terreur fut générale, lia marche avait usé leurs bro^ gues^ chaussure de pew non tannée; plusieurs étaient nus jusqu'à, la ceinture^ par ki même raî^ son; et Igs intempéries de l'air avaient répandu sur leur corps u|ie teintç dq rouge bri(]peté j lenrs longs cheveux touffus tombaient cm désoprdre aur leurs épaules et leur visage; leur barbe n'était pas moins hideuse. Plusieurs aaw doute s'atten* datent a^n piUa|j||Qomme à une juste récompenae ■de leurs trav^iux ; mais (Bharles-Ëdouard ne voulut pas démenûr $a généreuse politique, et joi^ gnit son influence personnelle à l'ascendant de Caméron y de Itocbiel (et des autres Chefs , pour modérer cette double ardeur de ven^ance .et de butin. Une coptribuUQQ de 5^500 livres sterling avait été levée k Gl^cow api^ès la bataille de Pfîe$top-PaiUS : uue seconde ^ à peu près de la même somme ^futt exigée cetAe fois des mar»^ chands des bords de la Clyde^ qui dui*ent aussi fournir aux soldats de Charles-^Ëdouard douze

mille chemises^ six mille yesles de tartan , six mille plaids^ douze mille paires de souliers^ et même des bas^ produit des métiers de Glascow qui était le plus indifférent de tous sans doate à ces montagnards^ surnommés quelquefois red-^hanks ou jambes nues.

he prince prit ses quartiers chez un marchand opulent^ M. Glasford^ donnant toujours la préférence pour cet honneur k celui qui s'en souciait le moins. Les dames de Glascow furent moins empressées que celles d'Edimbourg auprès du jeune Chevalier; cela devait être : cependant il trouva aussi parmi elles des Jacobites qui se parèrent de la cocarde blanche : il enrôla même soixante habitants sous sa bannière^ quoique sa modération ne pût fléchir les ^ccesseurs de ces rigides ministres presbytériens qui avaient jadis osé prêcher contre Comwell devant Cromwell lui-même. Un fanatique^ peu touché de la bonne mine de Charles-Edouard et de cet air royal que ses ennemis ne pouvaient en général s'empêcher de remarquer en lui (i) , vit au contraire sur son front « lé signe de la bote de l'Apocalypse », et, inspiré par une sainte haine du papisme^ résolut de l'assassiner. On l'arrêta au moment où il diii-

(i) Chevalier de Johnstonb*s Mémoirs.

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'geait son pistolet contre le prince , qni conserva 4out son sang-froid et sa modération.

Ce fat à Glascow que Charles-Edouard apprit la reddition de Carlisle^ par l'arrivée de MM. Mairn et Gordon , deux officiers du régiment de Lally , qui s'étaient échappés de la ville -au moment où la capitulation venait d'être si* gnée ^ ne se fiant pas à la parole du duc de Gumberland. En effets douze malheureux officiers furent depuis pendus et écartdés à Londres y où leurs têtes restèrent long-temps exposées sur la porte de Templebar ; le reste de la garnison languit long-temps dans les cachots , confondu avec les derniers criminels. Le sort de ces braves gens fut pour le prince une cruelle source d'inquiétude; mais la campagne en Ecosse absorba bientôt toute son attention. Pendant qu'il s'était avancé au sein de l'Angleterre^ les autorités judiciaires et administratives d'E^mbourg y •étaient revenues avec les Shérifs des comtés limitrophes. Le i4 novembre^ rassurés par l'entrée pacifique de cette espèce d'avant-garde en longues robes 9 les fuyards de Preston-Pans, jusque-là retirés à Berwick, osèrent aussi se rapprocher de la capitale. Les volontaires de Glascow^ sous les ordres de lord Home, accoururent alors, let le général Blakenej , prenant le com^

mandement de toutes les troupes , les dirigea sur les gués du Fortli pour les opposer à l'armée de réserve que Charles-Edouard avait en vain fait < presser de venir le joindre. Cette armée de réserve , grossie de tous les renforts amenés de France par lord John Drummond, formait plus de 4ooo hommes* La discorde s'était mise entre les différents corps , les uns voulant obéir littéralement aux ordres du prince 9 les autres résolus de rester en Ecosse. Ils étaient encore stationnés à Perth, lorsqu'un courrier de Charles-Edouard^ Wors à Dumfries , vint leur apprendre son re* tour et son intention d'opérer sa jonction avec eux sur les bords du Forth. Cette nouvelle parvint en même temps aux dragons de Hamilton et de Gardiner, qui^ campés à Stirling^ eurent hâte de se replier sur Edimbourg : ils y furent reçus au bruit des cloches, dont le carillon jouait des airs whigs depuis le i5 décembre (i); mais on prétend^ et il est permis de le croire en se souvenant de la déroute de Preston-Pans, que déjà iU se préparaient à priver la ville dç leur protection 9 plus dangereuse qu'utile; ils ne furent rassurés que par la jonction des soldats du feld-maréchal Wade et des vainqueurs de Carlisle, qui entrèrent à Edimbourg dans les premiers jours de janvier 174^- (1) lÎEisDEnsoN's History.

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