I.ETTRE DU PRUrCE CHABIES-iDOVAaD A SON PBRB
«Pinky-housepriftd'Ediflobouig ai leptexibre ( v. i.) 1745»
H Sire ,
i< Depuis ma dernière , datée de Perth, Dieu a daigné accorder aux armes de Votre Majesté un
succès qui a dépassé mes espërances. Le 17 uous entrâmes k Edimbourg; ^ Tépee à la maîn, et prîmes possession de la ville saoa être obligés de répandre une goutte de sang ou d'employer au* cune violence. Ce matin j'ai remporté une victoire signalée avec peu ou point de perte. Si j'avais eu un ou deux escadrons de cavalerie pour poursuivre les ennemis^ pas un seul n'eut échappé. Dans l'état des choses^ k peine s'il leur reste quel* ques dragons qui, par une fuite précipitée^ se seront^ je crois, jetés dans Berwic^
u Si j'avais obtenu cette victoire sur des étrangers, ma joie eût été complète; mais l'idée que c'est sur des Anglais y a mêlé plus d'amertume que je n'imaginais. Les hommes que j'ai vaincu^ ' étaient les ennemis de Votre Majesté, sans doute j mais ils auraient pu devenir vos amis et vos loyaux sujets^ lorsqu'ils auraient ouvert, les yeu^ et vu le véritable intérêt de leur pays» que vous voulez sauver et non détruire* C'est à cause de cela que j'ai défendu toute réjouissance publique. Je n'entrerai dans aucun détail delà bataille, préférant que Votre Majesté les connaisse d'après les rapports d'un autre plutôt que par les miens* Je vous envoie la présente par Stevrart , en qui vous pouvez avoir pleine confiance. C'est un homme probe et fidèle , parfaitemept instruit de
IàO uistoire
tout cjc qui a eu lieu jusqu'à ce jour. Je le regretterai, mais j'espère être bientj5t dddomraagé de cette perte par son prompt retour, avec les plus agréables nouvelles que je puisse recevoir, je veux dire celles de la santé de Votre Majesté et de mon cher frère.
(1 Je vous ai envoyé deux ou trois gazettes pleines des adresses et des mandements des évéques au clergé. Ces adresses sont telles que je les attendais, et ne peuvent en imposer qu'aux faibles et aux crédules. Les mandements sont de la même force, mais plus artificieusement composés. Les évéques ordonnent à leur clergé défaire sentiraux peuples les grands bienfaits dontils jouissent sous les princes de la famille qui les gouverne actuellement. Ils leur disent d'appuyer sur la scrupuleuse administration de la justice, sur le saint respect des lois , sur la sécurité de leur religion, de leur liberté , de leur propriété» Ce sont là de grands mots qui peuvent en imposer aux esprits irréfléchis; mais celui qui lit avec attention découvre aisément l'imposture. Quel besoin a un prince de troubler le cours ordinaire dç la justice quand il a eu le secret de corrompre la source des lois ? N'est-ce pas risquer même de donner l'alarme ? M 'est-ce pas dire qu'il n'est pas. venu pour les protéger comme il le prétend, mais réellement pour les
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trahir ? Quand Us parleut de la sécurité de leur religion , ils ont bien soin de ne pas dire un mot des progrés effrayants que Fatliéisme otrimpiété ont faits depuis quelques années ; si j'en crois des hommes de sens^ ces progrès sont tels que plusieurs de leurs personnages les plus importants auraient honte de s'avouer chrétiens , et que beaucoup d'autres^ d'un rang moins élevé, agissent comme s'ils ne Tétaient pas . En couver* sant sur ce triste sujet , j'en suis venu à reconnaître ce que je n'avais pu jusqu'ici comprendre, que ceux-là qui crient le plus haut contre le papisme et le danger de la religion protestante, ne sont pas réellement des protestants, mais une bande d'hommes dissolus, doués de talent, ayant de l'instruction , mais vides de tout principe, et se prétendant républicains.
ce Je demandais à ceux qui me disaient cela, ce qui pouvait rendre ces hommes si jaloux de conserver la religion protestante, puisqu'ils ne sont pas clirétiens. On me répondit que c'est pour se recommander au ministère qui ( s'ils écrivent pour lui ou s'ils se font nommer membres du parlement) ne manquera pas de les pourvoir amplement. Le motif de ce zèle extraordinaire est qu'ils se procurent par là la connivence pour le moins, sinon la protection du gouverne-
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ment peiïdeiit qu'ils propagent lear impiété et leur 4it1iëîsaie.
« J'<espére, grâces à Dien , que ie christianimne ti'<est pas aussi bas t^mbë dans ce pajs que me le représent'ent les rapports qui me sont fidts. Ce* pendant , si je compare ce que j'ai souvent vu ^ entendu à Rome avec ce que j'ai observé d^uis^ j^ai peur qu'il n'y ait que trop de vrai daus oes rapport».
« Les évéqûcs so&t aussi partiaux el peu sinoèttes eu parlant de la sécurité* de la propriété que de celle de la religion ; car ils ne disent pas un mot de cet énorme fardeau de la dette toujours croissante^ BOUS laquelle gémit la nation ^ et qui ne peut être payée (si on a Tintention de la payer jamais ) qu'auxdépens despropriétés. Il est vrai quetou'te cette dette n'a pas été contractée sous les princes de cette famille , mais bien la pi sis grande partie; et le tout aurait pu être acquitté par une admi* nistration économe pendant ces tï^ente dernières années àe «paix profonde^ n'eussent été les immenses somtnes qui ont été prodiguées pour corrompre les parlements, et soutenir des intérêts étran«îen5aadétrime®tde ceux desTrois-^'oyaumes-
« C'est trop parlera Votre Majesté, j'en ai peur, de ces^ tristes mandements ; mais en ayant fait mention , j'ai voulu vous en donner mon api-
DE CI1ARLC9-ÉDOUARD. a?
nioa. Je me rappelle qœ le docteur Wagstaff { avec qai je regrette de ne m'étre pas eotretemi plus frëquemmeni ^ car il me disait toujours la vérité ) me disait ua jour que je ne devais pas juger le dergédel*église d'Angleterre a aprèsles ëréques qui ne paryienneiit pas à répiscopat par leur saw>îr ou leur piété j mats par d'autres talentSy comme d'écrire des pamphlets^ d'étro actifs aux élections ^ et de voter au parlement sous la direction du nimstcre. Quand j'aurai gagné une autre bataille f ils écriront pour moi et se cbargerout de répondre à leurs propres lettres.
« U est une autre classe dans laquelle ^ comme dans celle^ clergé , je suis porté à croire que les moins élevés en rang sont les plus honnêtes : )e veux parler de l'armée , car jamais on ne vit plus belles troupes que celles que j'ai combattues ce «latin } cepaEidaet elles, ne se soot pas montrées aussi braves que je l'aurais cru. Je pense avoir entrevu que les simples soldats n'aimaient pas le parti qu'ils avaient adopté. S'ils avaient eu a iîombattre des Français venus pour envahir leur pays ^ je suis persuadé qu'ils se seraient mieux défendus. La solde de ces pauvres gens , et l'avenir qui les attend , ne suffisent pas pour corrompre leur instinct de justice et d'honnêteté. 11 n'en est pas de même de leurs officiers , qui^ excités
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par .leur propre ambition et leurs fausses notions sur l'honneur^ se sont battus avec acharnement. J'ai demandé à l'un d'eux, qui est mon prisonnier (un vrai brave), pourquoi importait les armes contre son prince légitime , lorsqu'il vient pour délivrer son pays d^un joug étranger ? Il m'a répondu qu'étant bomme d'honneur, il se montrerait fidèle au prince dçnt il mangeait le pain ^ et par qui sa commission d'officier était signée. Je lui dis que c'était là un noble principe, mais mal appliqué; et je lui demandai s'il n'était pas un Whig. Il me répondit affirmativement •; — Eh bieni alors, ai- je ajouté , comment pouvez-vous regarder votre commission, et le pain que vous mangez, comme étant la compiission et le pain du prince, plutôt que du pays qui vous paie pour le servir et le défendre contre des étrangers? car j'ai toujours entendu dire que tels étaient les vrais principes des Whigs. Ignorezvous comment vos compatriotes ont été transportés en pays étranger pour y être insultés, maltraités par les défenseurs de la foi protestante, et égorgés dans une querelle où l'Angleterre est si peu intéressée , et qui ne tend qu'à l'agrandisse^ ment de- l'électorat de Hanovre? A cela il n'a rien répondu , mais il a baissé la tête d'un air gombre.
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fx La* vérité est qu'ils ont peu de bons officiers. Us sont braves, parce qu'un Anglais ne peut s'empêcher de Pétre ; mais généralement ils connaissent peu leur métier, sont corrompus dans leur morale, et ne sont guère retenus par le frein de leur religion , quoiqu'ils prétendent faire croire qu'ils combattant pour elle. Quant à leur honneur dont ils parlent tant , j'aurai bieotôt l'occaûon de l'éprouver, car, n'ayant pas de place forte pour mettre mes piîsonniers, je serai obligé de les relâcher sur parole. S'ils ne la tiennent pas , je ne leur souhaite pas de retomber dans mes mains : il ne serait plus en mon pou-* voir de les sauver du ressentiment de mes High- Jaoders qui les immoleraient de sang-froid , ce qui me désolerait, car je n'aime pas la vengeance. Mon superbe ennemi regarde comme au-dessous de lui, je le suppose, de régler un cartel. Si je le désire, c'est autant pour ses partisans que pour les miens. J'espère avant peu le forcer de s'estimer heureux que je le lui accorde.
« J'apprends que 6,000 hommes de troupes hollandaises sont arrivés, et qu'on fait venir dix bataillons anglais : je voudrais qu'ils fussent tous hollandais, afin de ne pas avoir la douleur de verser le sang anglais. J'espère que j'obligerai bientôt l'électeur de faire^ venir le reste, ce qui, à
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tout évéaeoient y sera un service rendu à l'Angleterre ^ en la faisant renoncer à une guerre étran^ gère, ruineuse pour elle. Malheureusement la vio toire apporte des embarras que je ne connaissais pas encore. Je suis chargé d'avoir soin de mes amis et de mes ennemis* Ceux qui devraient ensevelir les morts se sont enfuis comme si cela ne les regardait pas. Mes Highlanders croient audessous d'eux de le faire , et les paysans se sont retirés. Cependant je suis résolu à voir si en payant je puis avoir des hommes qui se cliargent de ces tristes fonctions^ car je ne saurais supporter l'idée de laisser pourrir des Anglais sur la terre. Je suis très embarrasé encore sur ce que je dois faire de mes prisonniers blessés. Si je fais un hôpital de l'église , ou se r écriera sur cette grande profanation^ et l'on répétera que je manqua à mon manifeste^ par lequel je m'étais engagé à ne violer aucune propiiété. Si les magistrats voulaient s'en mêler, ils m'aideraient à sortir de cette difficulté. Advienne ce que pourra, je suis décidé à ne pas laisser de pauvres blessés dans la rue. Si je ne puis mieux faire , je convertirai le palais en hôpital pour le leur abaudonner.
• « Je suis si absoi*bé par toutes ces choses et par
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le soin que je dob avoir de mes troapes ^ qu'il ne me reste ijue le temps d'ajouter que je .suis le très dévoué fils de Votre Majesté.
« Charles. »
Un ancien livre de prophéties prédisait aux Écossais qu'ils remporteraient une victoire à Gladsmuir ,
«On Gladsttmr «iuiU tiie battle , elo. > (1)
Jjsl plaine de Gladsmuir est située à plus d'un mille ^ Pre8lon4^ana^ mais ks Jacpbitcs ne ncgligérent pas l'occasion 4'appUq«er a leur premier succès une prédiction devenue «popolaire; c'est pourquoi la bataille de Preston-Pans est souvent appelée bataille de Glad^uir. U resta aux vaincus la consolation de nier que leur défaite fut bien nommée. On dit encore quelquefois la bataille de Tranent, à cause du village sur lequel sir John Cope avait appuyé son aile gauche.
(1) Book of propheeiee : Edinburgb'^ i6i5.