CHAPITRE XXXVIIÎ
LES COHPAGlfONS DB LA FUITE DU PRIIVCE. — LEUHS ATBNTUHES. ~^
EDOUARD BUBKE. AJLLITAN. — oVeIL. D. MAC-LEOD. -— FLORA
UACDOlf ALD ET KHfGSBURGH. -^ LA COMPLAINTE DE FLORA. — - LE D* JOHZfBOn. LES DEUX TOLEUR8.
Avant de suivre Charles* Edouard dans sou conseil , arrêtons - nous encore avec ceux de ses partons que nous avons vus si fidèlement atta-^ chés à sa fortune dans le pays de ses aïeux.
Edouard Burke^ le serviteur d'Alexandre Mac^ Leod^qui ne quitta le prince que pour le confier à Flora Macdonald^ resta long-temps caché luimême dans une caverne de South-Yist^ réduit souvent à y vivre de racines. Quand les tr(hibles furent apaisés , il alla exercer à Edimbourg l'hi;imble métier de commissionnaire. On pense bien que les Jacobites qui le connaissaient ne le laissèrent pas manquer d'ouvrage ; mais il refusa toute espèce de servitude plus directe, fier du rôle qu'il avait joué depuis la bataille de Gulloden. Il a laissé un journal de tout ce qui lui était «arrivé avec Charles-Edouard.
Sullivan fut assez heureux pour profiter d'un Dtivire français qui^ envoyë sur les côtes d'Ecosse pour y chercher le pi4nce, ne toucha à South-. Vist qu'après que celui-ci en était éloigné.
O'Neil fut saisi par les Anglais ; mais il fqt réclamé par le marquis d'Aiguilles^ et regardé comme prisonnier de guerre.
Le vieux Donald Mac-Leod ne tarda pas à être arrêté j et, conduit devant le général CamphçU, il répondit avec sang-froid à toutes les questions qui lui furent adressées.
«Vous avez été avec le Chevalier? lui demanda le général.
A — Oui, je ne saurais le nier.
^ « — Et savez-vous ce que valait la tête dç cet homme 7
« — Trente mille livres sterling.
(c — Cette somme eût suffi pour vous rendre riche , vous ^t votre famille.
tt — Sans doute; mais je n'aurais pu en jouir ^ux jours : ma conscience eût repris le dessus. M'aurait-ori promis loule l'Angleterre et toute l'Ecosse en récompense, je n'aurais^ p a offenser un seul cheveu de cette tête ... »
Le général Caraphell menaça ce vieux monta-^ gnard de l'envoyer à la potence , et se contepta
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de le faire D;iQ;ttre eo. prison : ce ne fut pas son &ge,, mus son obscurité qui le sauva.
Quand Charles-£doua|^ quitta miss Flora Macdonald, il lui dit, entre autres» choses, qu'il es{)ërait se i:etrouver jin jour avec elle, avant de mourir^ dans un bon carrosse à six chevaux.
Flora Macdonald avait souri de cette espérance^ et c'était éloignée à pied, souhaitant au prince ua navire français avec un bon vent pour le conduire en France.
Six jours après, le capitaine Fergusson , 3'étant emparé du bateau qui ayait transporté Charles- Edouard, s'imagina être sur ses traces. Il arriva, croyant le surprendre , chez sir Alexandre Macdonald. U avait la description exacte du costume de Flora et de sa prétendue servante. Il interro^ gea lady Maedonald,mistress Anne Mac-Alister, sa fille, et surtout Kingsburgh. Lady Macdo* nald était toute tremblante. « Si vous êtes mon juge , dit-elle au capitaine, Dieu ait pitié de mon ame 1 — Pourquoi cet effroi, demanda celui-ci î — Parce que tout le monde sait que le capitaine Fergusson est le plus dur et le plus cruef des hommes!... » Fergusson sourit, comme s'il recevait un éloge qui pouvait lui valoir de l'avancemient auprès du duc de Cumberland j puis, il
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continua ses questions avec une froide ironie : ic Vous avez reçu miss Macdonald et l'autre femme qoi racopmpagnait...Oùles avez-vousfait coucher? » Kiogsburgh répondit qu'il savait où avait couché Flora ^ mais qu'il ne demandait pas. où coux:baient les servantes*.. -*• « Ët^vous^ lady Macdonald , me direz-vous si miss Flora et Betty Burke ont couche dans le mécue lit?.... » On comprend tout l'artifice d'une semblable question. Fergosson espérait que la pudeur de lady Mac-* douald trahirait le prince: elle rougit.en e£fet ^ mais en disant que cç n'était pas l'usage dans l'île de 3k.ye de faire coucher la maiiresse e$^ $a ser^ vante dans le mémi^lit. Fergus^on se fit montrer les lits où les deux femmes avaient passé la nuit , et ^ remarquant que celui de la servante était meilleur que l'autre, il conduisit Kingsburgli prisonnier au fort Augustus, où il fut plongé dans un cachot et chargé de fers, aprèfir qu'on l'eut dépouillé de son argent>desamontre, et jusque de ses. jarretiènss. A lui aussi, comme à Donald Maç-Leod, on demanda comment il avait pu résister à la tentation de gagner les trente mille Uvrcs sterling proitiises à la trahison : a Des monceaux d'or , hauts comme cette montagne , répondit-il, ne me procureraient pas la moitié de la satisfaction que ressent mon cœur quand je
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pense à ce que )'aî fait!... » Quand on apporta au duc de Guiqiberland la téte de Mao-Kenzie^ il avait fait venir Kingsbiirgh avant Morison : a Reconnaitrais-tu la tête du Chevalier^ lui dit-il. i— Oui^ si elle est encore sur ses épaules. -*- Et si elle n'y était plus?... — Je ne recohnaitrais plus rien. » La tête ne lui fut pas montrée. On le conduisit à Edimbourg sous bonne escorte^ et il fut enfermé à la citadelle avec le major Macdo* naldy sir Georges Moir , le laird de Leckie et d'autres. Après une année ^'étroite captivité^ il fut compris dans l'amnistie.
Flora s'était rendue à Armadale^ cbez sa mère, mais sans rien dire de ce qu'elle avait fait, ni des lieux d'où elle venait* Au bout d'une semaine, Mac-Leod de Taliscar, officier de milice, la fit de* mander. Flora , devinant qu'elle avait enfin éveillé les soupçons, rassembla sa famille et ses amis, et leur demanda modestement conseil, en leur révélant tout ce qui s'était passé entre elle et le prince j mais déjà l'ofrdre avait été donné de s'emparer d'elle sans plus de détour. Une patrouille vint la chercbei*, et, sans lui permettre (Remporter aucun linge , la conduisit à bord de la Fournaise y où l'attendait le terrible capitaine Fergusson. Par bonlieur,survint le général Campbell, qui, plus humain, la traita avec égards.
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Elle avoua tout sans crainte et«sans aflFectation. Ou la garda cînq^ mois à bord de différents na« vires^ et elle fut enfin transférée dans les prisons de Londres. Le prince Frédéric fut curieux de la voir. « Gomment avez-vous osé désobéir à vo* tre souverain^ et trahir les vrais intérêts de votre pajs? » lui demanda- t-il. F)ora aurait pu défendre les droits des Sluarts contre le prince hanovrien : elle l'embarrassa davantage peut* être en lui répliquant : a J'ai obéi aux lois de Thumanité ; si Votre Altesse Royale ou tout autre prince de votre famille était poursuivi par la mémeinfortune que le fils des anciens rois de l'Ecosse^ je crois que j'écouterais en leur faveur le même sentiment (i)....» La liberté lui fut rendue^ et une dame jacobite^lady Primrose^ la reçut chez elle. Ce fut une mode d'aller la voir; on comptait jusqu'à vingt équipages continuellement à la file^ depuis le matin jusqu'au soir^ à la portf de lady Primrose. Flora fit admirer sa candeur et sa sage modestie autant que son courage, (^and elle obtint de retourner en Ecosse, c'était à qui lui of-
(i) Les écriyams miaistériels (et Walter Scott est du nombre , dans ses ouvrages signés ) ont voulu attribuer la réponse de Flora au prince Frédéric , qui l'aurait faite à sa femme, par(^ qu'elle s'étonnait qu'il eût été curieux de voir une Jacobite aussi déterminée^
frirait sa voiture. Elle choisit pour oompaguao de voyage Donald Mac-Leod^dêvenu libre comme elle , et qui avait au&î été arrêté à Sky e , dix jours après avoir pris cougé de Charles-Edouard* Donald, fier de ce choix ^ répéta souvent depuis : « J'étais allé à Londres pour être pendu ;. j'en revins dans un beau carrosse avec miss Flora Macdonalil !... »
De retour dans son île natale, Flora se vit aussi l'objet d'une espèce de culte, comme l'auge gardien du dernier des Stuarts; elle ne fut pas in* sensible aux hommages de sir Macdonald de J^ingsburgh , fils du vénérable insulaire dans la maison duquel elle avait conduit le prince*. Deveuue sa femme, elle accompagna son mari en Amérique^ çt y trouva des aventures étranges qui n'appartiennent pas à notre histoire. Elle y déploya^ comme en Ecosse, son admirable courage. Le navire sur lequel elle se trouvait ayant été attaqué par un corsaire, on ne la vit pas ^ comme les au^tres passagers, se réfugier à fond de cale : elle resta sur le tillac> excitant du geste et de la voix les soldats de marine à se bien défendre. Revenue dans l'île de Skye lors de la révolution américaine, elle y vécut jusqu'à un. âge très avancé, ue cessant jamais de|parler avec enthousiasme delà royale famille des Stuarts. U ûe
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SUlait pas nonuQer devant elleUharleis^Édouard le Prétendant, mais le priace : elle avait bien acquis le droit de protester jusqu'au tombeau contre l'usurpation. Les poètes du jacobitisme s'in-* ^pirèrept plus d'ui^e fois de son nom et de se$ souvenirs. C'est elle qu'ils font voloatiers parler dans leurs stances et leurs ballades. Voici un de ces chants^ traduit du dialecte gaélique :
TXB ULMBXT OV FLORA MACDOIIALD.
« Au mili^ de ces monts où la bruyère est si verte^ et sur une rocbe oui s'avance dans la mer^ la beUe et jeune Flora ëtait assise^ solitaire et soupir^ant; la rosée mouillait son plaid^ les larmes se^ yeux. Elfe regardait un esquif que h& vents faisaient pencher sur la vague , tel qu'un des oiseaux de l'océan. Elle le voyait se perdre peu à peu dans le lointain; elle soupirait et chantait: « Adieu à celui que je ne reverrai plus : adieu à mon jeune et bravCTiéro^ : adieii à celui que je ne reverrai plus l ,
a Le coq de bruyère qui vit sur la crête de ]Pen-<-Cormal trouve un doux nid de mousse où ii peut dormir ; l'aigle qui plane sur les rochers de Glan-Ranald peuty braver dans son aire la vaine menace des chasseurs. Le péUcan se repose sur
le récif du rivage , et le cormoran sur son roc au milieu des mers; mais hélas ! il est quel<^u'un dont je déplore le sort cruel, qui n'a ni maison ni toit dans son propre pays ! La lutte est finie, et notre nom a cessé d'être : il ne reste plus que douleur pour l'Ecosse et pour moit
« Le bouclier est arraché au bras du }uste y le casque est brisé sur le front du brave, la claymore va se rouiller à jamais dans l'obscurité, mais le glaive de l'esclave étranger est rouge de notre sang ; les fers du coursier, les éperons de l'orgueilleux cavalier or^ foulé les plumes de la toque bleue. Pourquoi la foudre dort-elle dans le sein des nuages pendant que la tyrannie se plonge dans le sang des fidèles? 4-dieu, mon jeune héros, mon brave et aimable prince: la couronne de tes pères est enlevée à ton front.»
Lorsque, en 1773^ le docteur Samuel Johnsoi^ et M. Boswell, espèce d'éioyer littéraire de ce géant de la critique anglaise, parcouraient le$ Hébrides, curieux de visiter lés Macdonalds de l'île de Skye, sans oublier mistress Kingsburgh , ils furent étonnés de la modestie de Flora, et Flora ne le fut pas moins de leur admiratioii(ï).
(1) Journal d'un voyage aux Hébrides fait ayçc Iq
docteur Johnson , 1 vol. •
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C'^^t , dit Boswell^ une petite femme gracieuse, d'une douceur charmante et d^n ton parfait. Le docteur Johnson, qui avait dans ses opinions un reste du a levain jacobite a , coucha dans le lit où avait dormi Charles-Edouard 28 ans auparavant (i).
Walter Scott a peint, dans son roman de PF^a^ çedejTyles infortunes du baron de Pitsligo , sous le nom du baron de Bradwardine. Mous citerons de préférence ce que la tradition raconte des deux voleurs que nous avons vus si dévoués au prince fugitif. Pierre Grant fut pendu à Inverness pour avoir volé une vache. Ghisholm,plus
(1) Outre les journaux d^Edouard Burke et d'autres , ou la relation plus complète imprimée à la suite des Lokhart papers fil est une foule de traditions orales sur la fuite de Charles-Edouard dans les Hébrides et sur le continent d'Ecosse. Les critiques anglais ont contesté Tauthenticité de Panecdote rapportée par Voltaire qui conduit Charles-Edouard chez un Chef dévoué au roi Georges et lui fait dire : « Le fils de votre roi vous deûiande du pain et des habits ; prenez les haillons qui me couvrent » tous pourrez me les rapporter un jour dans le palais des rois de la Grande-Bretagne. » Il ne manque peut-être à cette anecdote que le nom du Chef ^ qui fut dans cette circonstance plus fidèle aux lois de l'hospitalité qu'à celles de la proscription. Voltaire pouvait tenir ce fait de quelque Ecossais réfugié; loin d'être impro-
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heureux , vécut depuis n ea honi^te bonfî^p >y jusqu'à une grande vieillesse ^ d'abord à Edimbourg y et puis à Strathgidss ^ oii il mourut en 1 8 1 2. C'était un homme de six pieds ^ remarqua-^ ble par sa bonne mine , et qui allait lever on tri-^ but volontaire dau&les maisons jacobites. C'étaiit de la main gauche qu'il recevait l'argent qu'on lui donnait , s'excusant sur une prétendue btes* sure de sa main droite ; mais la véritable raison était qu'il eût crû avihr cette main^ parce qu'elle avait eii l'honneur de serrer celle de Charles^ Edouard lorsque le prince avait pris coingé de lui. Il espérait qu'un jour la claymore brillerait encore dans cette main ennoblie; car il rêva jusqu'à son dernier jour la restauration des Stuarts.
bable il s'accorde avec les ayentufes du prince fugitif dans l'île de Skye. Le théâtre s*en est emparé. Aujourd'hui que la couleur historique est devenue une règle dans fa poétique nouvelle, il est à regretter que dans le drame intéressant Ôl Edouard en Ecosse ^ M. Alexandre Duval ait pris au h|isard des noms écosstiis qui sont peut-être en contradiction ayec les opinions que leur prête l'auteur..
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