‹ Histoire de Charles-Édouard, dernier prince de la maison de Stuart. Précédée d'une Histoire deChapitre 5 sur 61 · OPINIONS BEU6IBUSBS.-^LES MINISTRES PRESBYTÉRIENS. UNB PRIERE · texte numérisé non relu

OPINIONS BEU6IBUSBS.-^LES MINISTRES PRESBYTÉRIENS. UNB PRIERE

A DQUBLB SENS. CBOMWBIX BT CHABLES-ÉDOUABD.

Les fuyards de Preslon-Pans apportèrent à Edimbourg la première nouvelle de la victoire de Charles-Edouard ; c'étaient les dragons de Gardiner qui traversèrent la viUfe au grand galop, se dirigeant vers là citadelle. Au détour d'une rue , un vieux Jacobite invalide faillit les faire tous prisonniers ^ ils' earent encore un reste de courage pour décharger leurs pistolets contre lui, quoique d'une main trop mal assurée pour l'atteindre; mais le gouverneur de la citadelle ne voulut pas les recevoir, et, les traitant de lâches déserteurs, menaça même de les repousser à

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coups de caiion. Us continuèrent à fuir du côté de Stirling.

Pendanl l'absence de Charles -Edouard , le gouverneur n'avait pas cru prudent de faire une sortie jusqu'au palais désert d'ilolyrood. Un montagnard ivre en était cependant à lui seul toute la garnison; mais sa présence d'esprit suppléa au nombre. Cet homme ^ que ses amis jacobites avaient libéralement fait boire à la santé du roi Jacques^ s'aperçut^ au sortir de son ivresse, qu'il était resté seul de toute l'armée j il se hâta <Je rassurer ceux qui lui témoignaient de l'inquiétude : « Croyez-vous, dit-il y que nous ignorions les ruses de guerre ? plus de cinq cents hommes sont cachés dans les caves pour couper la retraite au gouverneur^s'il ose descendre de son rocher là-haut. » Cette réponse, en apparence indirecte, fut portée au gouverneur, qui se tint pour averti, et laissa le drapeau des Stuarts flotter sur le vieux palais des rois d'Ecosse.

La victoire de Près ton-Pans ou Ghidsmuir, avait été complète et importante, surtout par ses résultats. Charles-Edouard, qui, tout en proscrivant les réjouissances publiques, sentait ]e besoin qu'il avait de frapper les imaginations, ne fut pas fâché de laisser rentrer son armée à Edimbourg avec une certaine pompe. Dès le

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même jour , et trois heures aprèa la bataille , les Camérons avaient promené dans la ville les drapeaux enlevés par eux aux dragons ; mais ce fut le dimanche matin ^ 22 septembre^ que toutes les pompes du triomphe furent déployées aux yeux des habitants de la capitale. Cent joueurs de cornemuse s'avancèrent d'abord , faisant re-tentir les échos de l'air chéri des vieux Cavaliers :

« The King shalL enjoy his own again, »

« le roi va de nouveau posséder son royaume. »

Puis, venaient les clans en longue colonne, faisant flotter, avec leurs bannières victorieuses, les étendards des vaincus. Quelques uns étalaient aussiles uniformes et les ornements qu'ils devaient au pillage, comme les dépouilles opimes des'anciens soldats romains, auxquels leurs courtes tuniques et leurs petits boucliers les faisaient com*parer par quelques antiquaires. A l'arrière-garde, marchaient en long cortège, et presque aussi nombreux que l'armée elle-même, les prisonniers, la tête basse et suivis du bagage, ainsi que des canons et munitions de Cope, sous bonne garde.

Quelques montagnards déchargèrent leurs mousquets en défilant. Les dames jacobites étaient aux fenêtres et aux balcons , agitant leurs mouchoirs i une d'elles, miss Nairne, eut le front

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é par une balle : « Dieu soit louë^ dit-dle, ayecle plu3 grandsaDg-froid^ cet accident aurait pa arriver à la femme oa à la fille d'unWhig, et qae n'eàt-on pas dit contre les braves défen-* seurs de la bonne ^cause (i) ! m Un sourire da prince récompensa^ quelques jours après, cette héroïque Ecossaise.

Charles-Edouard luinméme eut la modestie de ne point paraître dans ce spectacle , et ne vint que le soir à Holyrood, où il eut sa part des ac« clamations, H s'était fait précéder de plusieurs édits, dont un proclamait l'amnistie de toutes les trahisons, rébellions ou offenses quelconques dirigées contre la maison de Stuart, depuis i688* II fut expédié aussi, dès ce jour-là , des circulaires adressées à tous les magistrats ^es villes d'Ecosse, pour leur enjoindre de se rendre à Edimbourg ^ et y venir verser le montant des contributions annuelles ; pareille invitation fut &ite à tous les collecteurs et contrôleurs des taxes, qui , sous peine de haute trahison , devaient apporter à Holyrood-House leurs registres et leurs caisses.

Mais dans la plupart des villes et des bourgs, les

(i) Walter Scott, dans tJ^averley, fait blesser de ceUe manière Flora Uac-Ivor à qui il prête les mêmes paroles.

agents et les officiers publics du gouvernement jugèrent plus prudent de se retirer en Angleterre, ou de se cacher. Cette espèce de déroute de l'administration acheva de rendre Charles-Edouard le maître presque absolu de l'Ecosse.

Ce n'était pas seulement une conquête malérielle, mais une véritable révolution morale qui semblait se fonder sur le patriotisme et rintérét national^ bien plus que sur le triomplie d'un parti. Le succès réduisait au silence les Hanovriens les plus opiniâtres, et peu à peu effaçait les préventions des autres. L'affection des Jacobites n'était pJus la ridicule idolâtrie d'une dynastie dégénérée , mais une glorieuse sj^ttipathie pour un héros. L'enthousiasme général n'est dissimulé par aucun mémoire du temps , et c'est ici qu'on pourrait s'étonner de ne pas voir des armées entières répondre à l'appel de Charles- Edouard j on est tenté de demander, dans ce retour apparent aux idées chevaleresques , ce qu'étaient devenus ces cinquante mille Écossais qui accouraient autour de \Vallace, de Bruce et de ses successeurs^ ces cent mille hommes qui allèrent à Flodden-Field mourir avec Jacques IV ? Nous l'avons déjà remarqué en introduisant Charles-Edouard dans le royaume de ses pères ; il avait pris trop à la lettre les protestations dont

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ses partisans oonsolèreot Fexil des Stoarts depuis 1688 j et la civilisation avait fait disparaître les mœurs militaires ; il ne restait plus que des opinions pour applaudir au courage des barbares montagnards^ au lieu de les imiter.

On ne fut pas avare de compliments et de toasts publics « au prince qui dormait sur la dure, qui dînait en quatre minutes et battait T ennemi en cinq. )i Les épigranmies^ les brocards et les cbansons satiriques pleuvaient sur le pauvre sir Jobn Cope ; la muse jacbbite était féconde encore pour célébrer tf CharUe my darlingvi (Charles mon mignon). On multipliait ses portraits sur les tabatières ^ sur les médail* loD&^ sur les rubans ; on se disputait une boucle de ses cheveux ; on accueillait^ on fêtait^ on ca* ressait les braves Highlanders ; quelques bourses même s'ouvrirent : mais' le tambour battait en vain dans les rues et les carrefours^ quand il précédait les recruteurs jacobites. La cornemuse seule ne* réveillait point inutilement les échos des montagnes ; mais encore en 17 15^ elle avait réuni tout d'abord dix mille hommes sous l'étendard royaliste^ et nous verrons que le bruit de la victoire de Preston ne put donner à Charles que la moitié de ce nombre.

Un* exemple montrera qu'il s'était introduit II. 3

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dans les mœurs et les habitudes de certains comtés ; comme dans les grandes villes , un intérêt commercial ou industriel , qui ne pouvait facilement sympathiser avec le désintéressement poétique des enthousiastes champions de la légitimité. En 1715, le comte de Kilmarnock^ dont les domaines héréditaires étaient situés dans le comté d'Ayr, avait ^ au premier signal ^ réuni sous sa bannière un régiment entier , composé de ses fermiers et tenanciers qui s'étaient armés avec une noble ardeur pour défendre la cause des Stuarts. Le nouveau comte de Kiimarnock espérait obtenir dans son cotnté le même succès que son père , après la bataille de Preston-Pans. Mais depuis trente années une partie de la populatioa avait abandonné la culture des terres pour travailler dans une manufacture de bonnets de laine. L'un était devenu chef d'atelier, l'autre syndic de la corporation j les simples ouvriers avaient amassé un petit pécule 3 leur ancien baron ne les trouva plus attachés à la glèbe, et fut obligé de les réunir, non dans la cour du château , mais dans l'hôtel-de-ville de la bourgade, où ils arrivèrent , chacun avec sa petite prétention municipale. Au lieu de crier, comme autrefois : « Huzza! Vive le roi Jacques et le loyal comte! » les tisserands discutèrent s'il n'était pas

plus avantageux de rester neutres et d'attendre révénement; quelques uns y faisant les orateurs^ déplorèrent les malheurs d'une guerre civile. Le comte alors se contenta de leur demander la remise de leurs vieux mousquets ^ qui dataient du temps du Govenant; mais la commune^ jalouse de son indépendance^ ne voulut pas les livrer. Le comte témoigna un peu de colère j quelques vieux Whigs soufflèrent, le feu: un' d'eux eut l'audace de menacer l'ancien baron, qui^ indigné^ s'en revint à Edimbourg avec deux hommes en tout. C'était juste le même nombre que le comte de Dunbar y comme nous l'avons vu y avait recruté pour sir John Cope sur ses domaines^ où les industriels avaient sans doute aussi la majorité parmi se^ vassaux comme parmi ceux des terres de Kilmamock.

Le comte de Kellie ne fut pas plus heureux dans le comté de Fife^ où l'opinion des habitants et son influence personnelle lui promettaient un grand succès. U amena deux hommes ^ dont un vieux laird y qui avait été tenté par le grade de lieutenant-colonel. Enfin y la prudence des habitants des Basses-Terres y cette prudence caractéristique et proverbiale en Ecosse^ ne les abandonna pas après la première exaltation. La plupart étaient plus ou moins de l'opinion de ce-

lui qui interrogé sur le parti qu'il fallait prendre^ répondit froidement qu'il était bien résolu à se mettre du c6té du bourreau : « Je verrai de quel parti il se rangera après tout ceci^ dit-il , et alors je me déciderai. Hf

Les Lowlanders des comtés du nord, tels que FAberdeenshire, Angus, et Banff^ où le catholicisme et la religion épiscopale prédominent encore,payèrentdeleur personne en plus grand nombre; Edimbourg fournit aussi ti'ois cents volontaires jacobites; c'était peu sur une population <le cent mille âmes , mais ils ne jouèrent pas du moins le rôle ridicule des volontaires whigs. Quelques sergents, caporaux et soldats de sir John Cope s'engagèrent aussi sous les drapeaux des Stuarts^ et furent utiles pour exercer les recrues au maniement des armes.

Quelques uns de ces transfuges ne furent pas long-temps fidèles à leur nouvelle bannière ; on ne s'en étonnera pas , c'étaient des mercenaires dans une armée d'enthousiastes; mais quel que fût le sentiment qui , en général , inspirait les Cavaliers de I745, il dut se trouver même parmi ceux-ci plus d'un politique qui apportait à Charles-Edouard une fidélité intéressée, toute la chaleur d'un enthousiasme d'ambition, et, au fond du cœur, la tiédeur réelle du faux ]^le. Les uns

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étaient des Whigs mécontents^ d'autres des Jacobites égoïstes et plus avides de troubles que de gloire. On en vit qui partagèrent prudemment leurs enfants et leurs soldats pour envoyer les uns sous une bannière ^ les autres sous une autre^ avec l'intention de se ménager un refuge ou une protection dans le parti vainqueur , quel qu'il fût •

Toutes ces petites passions se trahirent à la Ion* gue ; mais dans Tentrainement des premiers ^onrs^ il semblait que la bataille de Preston-Pans avait électrisé toute l'Éçbsse et réveillé l'énergie des temps héroïques. Le^prince dut mieux augurer .de tout ce qui se passait autour de lui , et il parut s'occuper sérieusement des moyens de tirer parti de ses avantages.

Une grande question s'élevait sur ce qui restait à (aire j Charles- Edouard, se croyant sûr de l'Ecosse y jetait déjà les yeux sur TAngleterre. Là, pleia de confiance dans les promesses de ses principaux partisans, promesses dont les preuves irrécusables ont été trouvées dans les papiers du cardinal d'York, il se flattait* d'arriver à Londres aussi facilement qu'à Edimbourg, avant que les forces britanniques fussent revenues de la Flandre. « Ne donnons pas au gouvernement

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pouvoirs comme rëgènt^ soit qu'il eàt besoin de ménager les diverses opinions qui Tentouraient y il éluda peut-être de se prononcer trop explicitement sur certains points. Il eut du moins le mérite d'inspirer personnellement assez de confiance à ses officiers pour calmer en retour leurs exigences ; mais il fut forcé lui-même de composer avec son impatiente valeur y et d'attendre, pour marcher sur Londres^ que son armée eût reçu tous les renforts que sa victoire et l'enthousiasme général semblaient lui donner le droit d'espérer.

If ous venons de parler de sa tolérance ; les gazettes anglaises y sous l'influence du gouvernement, ne cessaient de le représenter comme un papiste superstitieux ; il est plus vrai de dire qu'il comprenait assez l'esprit de son temps , pour considérer le culte comme devant être subordonné, chez un prince, à la question politique; on aurait pu l'accuser d'indifférence plutôt que de fanatisme ; il y avait auprès de lui un chapelain, le D' Maclachlan, dont nous possédons le journal , et qui mentionne avoir dit la messe en campagne pour les Highlanders de sa religion | mais le prince se rendait sans scrupule aux églises presbytériennes ou épiscopales, et traitait avec respect les prêtres de toutes les

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