‹ Histoire de Charles-Édouard, dernier prince de la maison de Stuart. Précédée d'une Histoire deChapitre 50 sur 61 · MOMENTS DB LOED LOTAT. LES SUPPLICES DE CAELISLE. LE SEE · texte numérisé non relu

MOMENTS DB LOED LOTAT. LES SUPPLICES DE CAELISLE. LE SEE

MON DTOEK. — MUEEAT ET LE DUC DB CUMBEELAND AUX ENTEES. -— LES DiDOMMAGEHENTS DU DUC. 8M0LLET.

(( La loi vint glaner après la moisson de l'épée»^ dit S. Johnson en parlant des supplices de l'j^S. En effet, quand les campagnes et les déserts mêmes eurent été bien arrosés du sang des massacres, les villes eurent le spectacle plus régulier des condamnations judiciaires. Voltaire voulait que leboui^eau fût l'historien des guerres descc deux roses »: c'est aux4*egistres des cours criminelles, et aux traditions des prisons, que nous emprunterons les scènes que nous allons esquisser, dussions-nous imprimer sur les mains de la dynastie régnante d'Angleterre les ineffaçables gouttes de sang de lady Macbeth.

Les officiers de la garnison de' Carllsle^ qui avaient cru à la parole du duc de Gumberland y furent condamnés à mort par séries successives. Dix-huit avaient d'abord été livrés à la sentence d'un jury anglais, du comté de Surrey, qui prononça coptre eux la peine capitale. L'exécution ayant eu lieu à Kennington, près de Londres^ la populace de cette grande cité put jouir des supplices réservés aux coupables de haute trahison , avec tous les horribles détails qui expliquent les goûts sanguinaires que le peuple anglais fait éclater jusque dans les fictions de la scène. Tel fut le calrae courage de tous les suppliciés , qu'on observa qu'un seul , Sydal , avait frémi lorsqu'on lui passa la corde autour du cou. Ils sortirent de la prison sur trois tombereaux , précédés du bourreau, avec son grand sabre nu. Les condamnés étaient presque tous des catli cliques ou des épiscopaux, sans doute; oa les traita en païens : point de prêtre j mais M. Morgan, l'un d'eux , avait gardé ^ livre de piété : il lisait tout haut des prières auxquelles les autres répondaient. Avant de quitter leurs tombereaux pour passer sur la charrette à bascule,ils jetèrent au peuple des papiers manuscrits , dans lesquels ils protestaient de leur fidélité à la bonne cause , et racontaient les persécutions dont on les avait

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deeablë8.QoaQd ils furent attacha aux potenoea le boQireaa tira leurs bonnets de leurs poches leà leur mit sur les yeux, et fit jouer ensuite !a bascule. Ils étaient à peine suspendus depuis trois minutes^ que les soldats s'approchèrent leur ôtérent leurs souliers^ leurs bas et leurs culotte^; le reste de leurs vétemenls fut la part de r«e'cuteur, qui descendit le colonel Townljr sur Féchafaud* Là , voyant qu'il respirait encore , il r^cheva en le frappant violemment sur la poitrine , et en le saignant à la gorge; il lui enleva ensuite les parties génitales, et les jeta dans un feu ^Uonié poui* cela prés des potences* Il ouvrit le't^adavre, et en tira les entrailles et le cœiir, qu'il jeu ^ezQent dans le bûcher. Enfin il sépara la tête du corps pour les mettre dans une espèce de cercueil. H détacha ainsi du gibet et mutila tous les condamnés les uns après les autres. Cette boucherie fut terminée sur James Dav^son Au moment où son cceur fut jeté dans les flammes, il s'éleva du milieu de la foule un cri affreux j c'était le cri de douleur, le dernier cri d'une jeune fille qui expirait. Ceux qui étaient auprès d'elle récueillirent ces paroles: « Mon bien^aimé. jelésuis, je te suis j mon doux Jésus, recevez nos aines ensemble. » James Dawson était un j«une étudiant de Cambridge, qui avait quitté

l'université et celle qu'il aimait , pour s'enrôler sous les drapeaux de Charles -Edouard» On avait espéré qu'il obtiendrait sa grâce , et le jour de son mariage avait été fixé pour le jour de 6oa abquittement j ayant imploré en vain la clémence du roi 9 sa fiancée voulut assister au supplice* Une amie et un parent dont elle s'était fait ac* compagner s'étonnaient du sang-froid avec lequel elle contemplait Texécution. Mais elle concentrait en quelque sorte toute sa douleur pour la rendre mortelle ; et son cœur se brisa quand celui de son amant fut jeté dans le feu. Cette mort inattendue fît verser des larmes aux spectateurs qui n'avaient accordé aux victimes de la loi que des applaudissements semblables à ceux que la foule romaine prodiguait au courage des premiers chrétiens dans le cirque^ A deux mois de là une seconde série des prisonniers de Carlisle vint subir le même supplice à Ken-.

nington-Common ; mais on se défia cette fois des émotions populaires, et Ton mit de plus longs intervalles entre chaque acte de cette affreuse tragédie. On fit aux suppliciés la faveur de ne les dépouiller et de ne les mutiler qu'après quinze minutes de suspension au gibet (i). La porte de

(i) They werc pçrmited to hang fifteen minutes èefbr€

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Témplé'Bâr reçat son trophée ordinaire de tétes^* elles portes de Carliste et de Manchester le leur ; trophées bien faits pour rappder plutôt les ven-»geances dd despotisme oriental ^ que celles de la loi cheG& UD6 nation qui se vante de sa morale et de sa civilisation.'

Le pirj de Surrej n'avait envoyé à la mort que des ofEiciers les uns peu connus y les autres obscurs, avec quelques étadiaûts et quelques marchands qu'on trouvait encore plus ridicules que coupables de s^ètre mêlés des querelles des rois. Mais on n'enleva pas aux lords proscrits ' leur privilège. La chambre liante, formée eu cour de. graude-sénéchansfiée^ fut chargée de fournir aussi au glaive de la justice poKtiqué

being dimemhered. « Oa le4iB p.errnitde rester pendiH quinze minutes avant . d'être démembrés» jj ainsi s'exprime M. ChamberS) écrivain^ à qui il échap{^e quelque-, fois des expressions {acobites, quoique fidèle sujet de la maison de Hanovre.. Dans une ballade populaire sur les éréRements'de ly^S, on remarque la strophe Suivante :

' « .... iSt ce qui se fit à G^rtisle aux jeux de tous dans ces temps de rage, quand la Clémence fut enfermée dans une cage et là pitié étouffée ! En voyant tant de cruauté qui n'était blânvSb de personne 9 il secoua la tête !»

• Bans la strophe smv?nte ,* les Ecossais sont compares à an troupeau -^e bofeufs^ttleoés à là boucherie, ^c.

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de plus nobles i^ictiities^ Le procès des lords Kil-* mtfnock^ Gromaily et Balmérino fiit condoit ^vec une grande solennité.

On raconte qu'une année avant le débarcpement de Charles-Edouard ^ le lord Kilmarnock se promenait dans son jardin lorsqu'il entendit tout à coup un cri de terreur^ et puis un autre tandis qu'il cherchait daos sa -surprise à s'en expliquer la cause. Il rentra précipitanunent 5 et la comtesse soupçonna la première que ce cri avait été jeté par sa femme de charge , qui venait de monter seule à l'étage supérieur pour chercher du lirïgç* On se l^ta d'aller voir ce qui lui était arrivé j mais à peine eut-elle levé les yeux sur le comte > quelle s'évanouit. Revenue à elle, et interrogée sur ses cris et son évanouissement, elle raconta que tout à coup la porte s'était oa«verte d'elle-même, et qu'une tête saoglante avait roulé sur le plancher. Elle avait jeté un premier cri^ et la tête avait disparu ^ puis tout à coup la poçte s'était rouverte, et cette fois un corps sans, tête s'était approché d'elle. Cette tête, ce corps, n'étaient autres que la tète et le corps de son maître , doùt la vue venait malgré elle de confir-mer ses sinistres pressentiments.L^comtedc Kil-marnock avait été un jeune honune adonné à se^ plaisirs,,peu dévot, encore moins superstitieux, et

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tp'en accusait même d'être un incrédule. Il ne fit que rire de cette apparihon> et enplaisanta plusieurs fois avec lord Gallowaj. Quand après la bataille de Preston il manifesta l'intention de joindre Pétendard jacobite ^ la femme de charge vint lui rappeler son espèce de seconde vue. »Le oomte la traita de vaine chimère / et partitvMais parmi tous ;Ceux qui connaissaiejit cet incident y aucun n'avait mis en doute qu'il ne portât tôt ou tard sa tête à l'échafaud.

Le Lord-cbancelier Hardwick se chargea de réaliser le présage. Après la lecture des lettres^ patentes qui l'appelaient à siéger en qualité de Lord-grand-sénéchal ^ il prit sa place sur la seconde marche du trône^ et reçut , des mains d'un officier de la chambre haute ^ la baguette blanche, emblème de ses fonctions. Par son ordre, le greffier de la couronne donna lecture des troi3 indictments du grand jurjr de Surrey, qui tra-t duisaient devant les pairs les trois lords Kilmamock y Cromarty et Balmerino.

Us furent intreduils le fx9 Juillet dans la salle de We8tminsteir> après avoir traversé une longue et double haie de soldats, précédés par le geôlier de la Tour, armé d'une hache dont le tranchant était tourné en avant. Ils échangèrent trois salttts avec la cour et fléchirent le genou^ Après

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les fotoalites et les proclamâtiona d'uaa^^ le GraQd-aéiiéchal adressa aux trois accusëftune allocution pour leur dire que s'ils étaient jugés pkr leurs pairs , ils le devaient à cette glorieuse répo^ dution de 1688/ contre laquelle ils s'étaieot

armés.

Le greffier de la couronne prit la parole^ et leur deman da su cccssi veroeut s'ils plaidaient coupables pu non co2/^a£Ze^.«Coupable6»> répondirent. lord Cromarty et lord Kilmarnock. Mais lord BaimoriiK)^ qui dans tout le cours du probes montra plus de hardiesse^ ignorait ou feignant d'ignorer la langue des lois anglaises 5 et ne se croyant pas obligé à respecter beaucoup des juges qu'il récusait :

a Je demande^ dit-il^ avant de me reconnaître coupable ou non coupable , à écarter l'accusation par une question préjudicielle. » L^ Grand^sénéchal voulut d'abord s'y opposer au nom dos formes copsacrées de la procédure, mais consentit enfin à l'entendre; et lord. Balqierino ii>voqua contre Vindictmeni du jury une fausse désignation de nom et lane fausse date de son etitrée à Garlisle : ces moyens furent repoussés. «JEh bien ! dit-il y je plaide u non coupable » ^ et veiu: être jugé par Dieu et par mes pairs. » A qes mots il se retira, et la eOur entra en délib^rastion.

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« Arthur lord BâlmerÎDo, est-il coupable an crime de haute ttaihison dont il est accusé? de-^ maDda le Lord-gràtid-séflécl>al. •— Coupable^ «nf mon honneur, Mylordw^répon dirent les uns ;aprèi6 les^ autres ^ debout^ la tête nue, et la n^iil droite sur la poitrine , les cent trente-cinq juges, ducs, mar^quis^ comtés, vicomtes et barons, qui compulsaient > le tribun»! de la grande- sénechau^ëe.

' Lee {)it^v^ntts rappdlëé' à là bàKe f^retit ibror-^ mes de ^e verdict y et feeondoils à kt Téur jus^ qu'au 3o juillet, jouir !6xé potir là prockitiàtibii de leur sentence. Cette Ibis la hadie qui les ^ptéfcédait avait le tranchait tourné de leur éôté; On avait flatté lord Gromarty et loi^d: KiliUaf 4 nock de Tespoir d^obusiir leur grâce. Gètéspoir, ou cette incertitude, ënetrva leur courage; ili s'abaissèrent à dessupplicatiossdans leurs arvenx ; ils firent d^ toucdiants appela à la fA;ié desf pairs et à la clémence du roi. Lord Gromany aidait huit eti&Dls f et sa femme était enceinte du nen^^ vièm«. Il parla de lem* deuil et de leur màlkenr, le cotispilrateiir 'disparut pojur faire p^la^eiafi père et à Fépouic* Lord Balmertno n^^n^ânquani à ;sa fermeté d'homme ni à sa lot^aut J^^ Jaco** bité. -Fier^ mais saasiBûrpogatiÊe; il ne montra ui refientir ni4efretti(. Le Lèii^d^grand^^énédifll ne

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fit aacnne distinction entre les trois accosés dan« ses concIosioBs^ qu'il termina ainsi :

a Le jugement de la loi est que vous William comte de Kilmaroock , vous Geoi^es comte de Gromarty, et vous Arthur . comte de Balmerino^ tous les trois et chacun de vous.^ retourniez à la Tour d'où vous venez ^ pour être de là conduits à la place d'éxecution ^ où vous serez pendus par le cou^ mais non jusqu'à ce que mort s'ensuive^ car vous devez être ouverts vivants ; vos entrailles sevont arrachées et bràlées à vos jeux; ensuite vos têtes sépsurées du corps ; yo8 corps coupés en quatre quartiers et mis, à la disposition du roi : que Dieu tout-puissant ait ^tié de vos âmes I »

Après cette sentence on [^reconduisi t les prirsOnniers à la Tour^et le Lord-grand-sénéchak^ debout^ la tête découverte, brisa sa baguette^ et aoinonça que ses fonctions, cessaient.

Le comte^de Gromarty, appuyé par de puis^ santés sollicitations^ demanda de nouveau sa graœ au roi Georges. Sa femme ^ en grand. denil^ se présenta sur le passage de^Sa Majesté, tomba à ses genoux^ saisit les basques de son habit et s'évanouit. A deux jours de là on lui annonça que le comte serait pardonné. Les. amis de lord Kiloiarnock espéraient n'être p^ moins heureux;

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Biais on eût pa dire qae là fatale apparition n'était point un songe, ou plutôt Kilmamocjk avait joint à sa rébellion le crime d'avoir parlé peu respectueusement du vainqueur de Gulloden.

Le duc de Gumberland avait, une belle occasion de se montrer généreux. Il ne pensa pas sans doute en avoir besoin pour sa gloire.

Quant à lord Balmerino^ il dédaigna de croire un seul m<Mnent à la clémence royale. « J'estiiAe peu digne de vivre qui n'est pas prêt à moorir >i^ disait->il. Qaand on vint lui annoncer que le i8 aoàt serait le jour de- son exécution^ il dînait avec sa femme, qui perdit connaissance à cette nouvelle; le comte lui prodigua ses soins, se remit à table en souriant , et lui rappela qu'elle avait eu pins de courage quand elle l'avait vu partir potir le combat; selon lui, l'échafaud était un autre champ de bataille, où l'on pouvait mourir sans bonté pour une bonne cause.

Lord Kilmarnock montra moins de sang^froid, mais une résignation religieuse. Il écouta tous les détails que le gonverneur de la Tour se plut à lui faire de son prochain supplice. «Les Shérifis de la^ cité de Londres viendront y lui dit-on , vous réclamer ; l'écbafaud a été exhaussé de deux pieds, car lord Kenmure, en t'j i6, Tavait trouvé trop bas. Le bourreau est habile , et de plus une

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très bonne espèce d'homme ( a ^ery good sort of man. ) — Habile^ à la bonne heure j s'écria lord Kilmàrnock^ mais votre bonne espèce d* homme me fait moins de plaisir, si vons veniez dire par là qu*il est tendre et plein de pitié. Un homme pins dur et moins sensible vaudrait mieux. »

Les Sbérifis vinrent chercher les àevx prisonniers pour être déposés^ jusqu'à l'heure convenue, dans une maison voisine de la place de la Tour. Le gouverneur, en les quittant, cria, selon l'u-* ' sage : <( Vive le roi Georges I » Kilmarnock baissa la tête, mais Balmerino la releva en répon* daDt : « Vive le roi Jacques I » La foule qu'ils traversaient se demandait : leqael des deux; est Balmerino ? Balmerino , salaant avec politesse de ce côté, dit :« C'est moi. » Un muroftire d'approbation se perdit dans le bruit des roues de deux corbillards et d'un carrosse de deuil qui Élisaient partie du lugubre cortège.

En attendant l'heure du supplice, Balmerino demanda une entrevue à son compagnon d'in-»

fortune. « Mirord,lui dit-il, avezr-vous ouï par-> 1er d'un ordre du prince qui prescrivait de ne faire aucun quartier à Gulloden?-*- Non, milord. • — C'est donc une invention de nos ennemis pour justifier leurs propres massacres », dit Balaie-

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rino avec la satisfaetion de mourir pour ua prince (p'oii arait été forcé de calomnier , afin de le faire passer pour cmel. h Adieu, ajoutaU-il, mon cher lord Kilmamock , je suis bien fâché de ne pas périr seul dans côtte affaire ; adieti pour jamais, fi Chacun des deux lords resta avec ses amis ; mais lord Kihnai'nock se laissa per-^ suader par le prêtre qu'il devait se repentir de IfL part qu'il avidt prise à l'insurrection , ei s'en accuset comme d'un crime (i). Il monta le premier à l'échâ&iud , et la vue dé cet appareil funèbre & fimnir son ame trop émue par ses incertitudes |>oIiitîques. a Je ne croyais pas que ce fût un spec^ taêle si borriUie > dii*il en se penchant yet9 To-' reille du ministre ; cependant , rassuré par unif prière 9 il plaça son cou nu sur le billot et donna le signal à rexécuteur, qui avait été dbUgé d'a^ valer un verre d'eau-de-vie pour retrouver ses forces. Du premier coup, la hache trancha sa tête, qui fut aussitôt renfermée dans le cercueil, car il avait obtenu qu'elle ne serait pas exposée. On se hâta de répandre du sable sur l'échafaud ,

(i) Lord Kilmarnock craignait surtout de compromettre rayeuir de son fils qui était resté au serrice du roi Georges. Tel fut l'intérêt qu'il inspira ^ qu'une dame du premier rang devint, dit-on , amoureuse de lui en lé Toyaat passer pour aller à la Tour.

pour faire disparaître les tadies dfi sang ^ et le Shàriff alla chercher lord Baliherino. A la vue da magistrat ^ celui-ci demanda si Kilmarnock avait cessé de vivre. Sur une réponse affirmative : « G^est bien^ dil-il; à mon tour^ mes amis; vidons on dernier verre ensemble , avant mon voyage pour le ciel. » Il but ^ et prit congé de ses amis quiplearaient, san* verser lai-même une larme. La foule le vit paraître avec d'autres émotions que lord Kilmarnock ; la belle figure , Fair triste et solennel^ le vêtement noir de celui-<û n'avaient pas produit autant d'effet que le pas ferme y le regard hardi sans jactance, et le maintien martial

dé lord Balmerino.il portait l'uniforme bleu à parements rouges, avec lequel il avait servi le prince, et sa tète était couverte d'tme toqae écossaisse, dernier souvenir de sa terre natale. Jetant un coup d'œil calme sur un cercueil placé' près du billot , il y lut cette inscription :

A&TBUBIDS POHINUS DE BALMËRIRO

degolàtus i8*die À1J6UST1 1746

JETATIS 58.

ARTHUR DE BALMBRIHO

DéCAPITE LE 18 AOUT I746

AGE DE 58 AVS.

«L'cpitaphe est exacte;/, dit-il, el il salaa le

DB CHàaLES-tDOUARO. )Q5

peuple ; puis regardant le billot : ce C^e$t donc là l'oreiller de mon dernier sommeil, n H tira un papier de sa poche ^ et lut à ceux qui pou* vaient l'entendre la déclaration de son inëbran*table attachement à la maison de Stuart , et de scm regret d'avoir pu servir autrefois sous les drapeaux delà reine Anne et de Georges l*'.a C'est la seule faute de ma vie , pour laquelle je mérite la mort, dit-il». A un signe, le bourreau s'approcha et voulut lui demander pardon : « I^on, mon ami , reprit lord Balmerino en Tinterrom-^ pant ; de quel pardon as-lu besoin ? Tu vas faire ton dçvoir. » Il lui donna trois guinées en ajoutant : M Mon ami, je n'ai jamais été riche ; voilà tout ce qui mè reste; ye voudrais en avoir davantage ; je n'ai plus à t'offrir que n^ veste et mon frac. » Il s'en dépouilla y et voulut faire une espèce dé répétition de son supplice, en indiquant au bourreau comment il devait frapper quand il recevrait le signal ; puis se tournant vers ceux qui étaient autour de Téchafaud: « J'ai peur, dit-il, qu'on ne m'accuse de forfanterie; croyez^ messieurs, que ma conduite est inspirée. par ma confiance en Dieu et une bonne conscience. » Il prit la hache dans ses mains, en examina le trahebant et en par»t satisfait.

S'agenouillant alors , il fit sa ^dernière prièrer

36ti lUSTOlRE

« Seignear^ récompensez mes amis ^ pardonnai à mes emoemis ^ bénissez le roi Jacques et re-> cevez mon ame. » Cela dit, il laissa tomber ses mains ^ signal convenu avec le bourreau. Celui-ci surpris^ ou troublé, le frappa entre les épaules. La douleur physique agit seule alors sur cette tête si calme ; on la vit se retourner convulsivement j et son regard terrible sembla reprocher à l'exécuteur de n'avoir pas bien rempli son office. Deux nouveaux coups de hache furent nécessaires pour achever la décapitation de lord Balmerino , et la multitude s'éloigna en s'entretenant de son héroïsme*

A trois mois de là, périt de la même manière, et avec le même mépris de la mort et de ses juges, Charles Ratcliffe , le plus jeune frère du comte de Derventwater , exécuté en 1716, et qui luimême, à cette époque, s'était échappé de la prison de J?ïewgatej puis ce fut le tour du vieux lord Lovât.

C'était de tous les proscrits celui qui semblait devoir inspirer le moins d^intérêt, à cause de son odieux caractère ; mais il se fit admirer à ses derniers instants autant que lord Balmeriuo* On avait dit de celui-ci qu'il avait fait de la mort une maître'sse dès !e commencement de son pro-i cès> Lord Lovât mi montra de l'indifférence pour

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