‹ Histoire de Charles-Édouard, dernier prince de la maison de Stuart. Précédée d'une Histoire deChapitre 51 sur 61 · DE CIIAIIJL.66*ÉU0UA11D · texte numérisé non relu

DE CIIAIIJL.66*ÉU0UA11D

k.' vie que lotsqu^il n'eut plus d'espoir de la cou-^ setver. Ju6que«4à , fidèle à son caractère d'astuce et d'byi^ocrisie , il eut recours à tous les moyens pour fléchir et tromper le duc de Gumberland^ et ètasaite à toutes les chicanes pour embarrasser s^s juges. On l'ayait troSivé caché dans un creux d'arbre^ où il était enveloppé d'une couverture^ On le conduisit au fort William «comme on vieux nen^rd qui s*est laissé surprendre daiis son ter-> rier ». De sa prison^ il écrivit an vaiQqueur de Gulloden : a Cette lettre est adressée liiwblement à Y. A. R.^ par l'infortuné Simon lord.

Fraser de Lovât Je n'oserais pas solliciter une seule &veur de V. A, R. ^ s'il n'était pas notoire que^ pour éteindre la grande rébellion de lyiSy î'ai rendu à votre royale famille plus dû services* essentiels qu'aucun Écossais de mon rang. J'en reçus trois^ lettres de remerdmens de mon royal maître George I". Présenté a ce gracieux monar**. que par le feu duc d'Argyle, j'étais devenu à la Qour un aussi grand £ivori' qu'aucun de mes com*. patriotes. Dans les parcs d'Hamptoncourt et de Kensington^j'ai souvent porlé dans mes brasV • A. . Rt^et je l'ai présentée aux embrassements de son royal gra^d-père , car il vous aimait beaucoup ,

ainsi que les jeunes princesses . ^ Dans la cir-*

constance où je suis > je supplie V. A. R. d'éten-.

dre ses bontés et sa compassioa généreuse sur une sitiiation aussi déplorable que la mienne. Si î'ayais l'honneur de baiser la main deV. A. R., je lui démontrerais aisément que je pois encore être plus utile au roi que ne saurait l'être la destruction d'une centaine d'hommes comme moi^ vieux, infirme, octogénaire, et n'ayant l'usage ni de mes mains , ni de mes jambes, ni de mes genoux. . . . , ne pouvant ni me tenir debout, ui marcher, ni monter à cheval. »

A travers toute cette flatterie, il j avait des souvenirs d'en&nce qui, rappelés par un vieillard, auraient pu toucher un jeune prince de l'âge du duc de Gumberland, mais il eût fallu que le duc possédât le cœur de Charles-Edouard. Fort peu sensible à la lettre de lord Lovât, il refusa de le voir, et le fit conduire au fort Auguste^ d'où il fut envoyé à Londres , sous l'escorte d'un déta* cbement de cavalerie.

' Telle avait été l'ambiguité de la conduite de lord Lovât, qu'on se croyait en droit de ne pas procéder légalement contre lui. Ce fut par la chambre des communes qu'oif le fit accuser devant la chambre des pairs du crii&e. de haute trahison. Traduit à la barre des lords /il prétendit que sa surdité l'avait empêché d'entendre l'acte d'accusation. De délais en délais , son pro-

DE CHAEIiES^ÉPOUARD. 3GQ

fh^^0AA€QU^meJàl9é^tâe ié i6 mara ; mais^es-dé- ^s k^émes donoèi^Bt à'afis.a€>9iisatei]i^s le tènirs ^ç job^cdiarfdes preuves* .4 :'^

Parmi jaot de Jacobitesfidelea^ il se titÂiva^m Iraitffé^ Jaka Muinray.déBn>iigihton;i secrétaire ^le <3iarles-Edo«^d^^ui^ySOQsJe^coip||9r^de Fàcte d'^ntfUnder^^ ae iawa effraya, idaos la pr^on ^ jusqu^à vendre tous les aei^ets de sdki parti y lociyeDitaat !^o liviies elarUfg et ^ooo livres de rttte^iir ^ biens eonfisquës. C^ misérable pTodûi^t une iUte (diS Ayfy^o persoopes qui^ daa^ la^sëi^ ville .de Loadres , avaient souamt pout * <divf0r«e5 lioaimes desiiDées A reiitretie]> de» tmupes jacelâAes*. fl IjLvxa^jeMre autres papiers adressés k -Ghasle^fdofiard^ un^ lettre de lordliovat^ qcd. lai nuyid^itT « J^ai levé quz^ee ceàts borames «de mcmidafa pour k serwiœ de Sa Majesté Jacqmes lif) «^'m.mis.niaii fiL9>a ieur tfte; mojoi âge^ne tue pelaùet pas. de ^amber meârmâme» Votre *À« E. Mii^iBi je fais oerdtaltaimt desxefix p^ur' se% attecèi. il .' ' "^

. Une aatrepîèceproatis(itqiie \^€à Lovât avait reçu au.' PrétéMdant Une commissioli ^e Keiitenattti^géiiéral^t'Uià breyet4e'd.Hc.

Qn.gagtta encore qiielqtrés domestiques du vieux lord poUr appttjter-Mtirray j^qurvintlttiméttie déposer <x>ntre le prévenm I<iord Lovât II. â4

rçca$a Murray.de Broughton comme témoin , parce qu'il: était^hii-mémesous le coap de la loi. Mais Ses enaemi^^ s'atteodaat à cette objection^ répoiidirent que .Murray^ ayant fait sa soumission en temps utile ^ avait été légalement décharge de sa Gondiamnâtion. Lord Lpvat nia alors tous4es faits. Malgré les preuves éoîtes^ on craignit tellement qu'il n'échappât ^ qu'on retîntes témoins à décharge en charte privée^ qu^on refusa de lui restituer unesomme de 700 guii^ées qui lui avait été prise^ parce qu'il eût pu l'employer à sa défense^ qu'on renvoya des débats de ùlux témoins qui s'étaiejit contredits et coupés; qu'on ne craignit pas enfin d'afiaiblir^ par la plus criante partialité^ les témoignages les mieux prouvés. Plusieurs pairs en laissèrent perCer leur indignatioin , mais les agents de la couronne n'en tinrent compte , jaloux, du peu. de jouris qui restaient à tin vieillard infirme. Le Grand-sénéchal^ ayant de casser sa baguette officielle, l'iiijuna par une sévère, allocution. Alors le vieux Ghef^ se relevant par le mépris que liii inspiraient des juges. acharnés à sa ruine ^ ne daigna plus se défendre^ et termina si noblement une vie de basses iutrigues , qu'un libmmage extraordinaire loi fut rendu* Un jeune étudiant jacobite^ pénétré d'admiration pour ce martyr de la a h^pnne cause n ,

adressa à la chambre des pairs une pétition par laquelle il demandait k mourir à sa place sur Féchafaud. « C'était une grâce qu'il implorait, sur (( de son courage , parce que tous les démons de a Milton y et toutes les ombres des Écossais morts (c dans la plaine de Culloden^ne seraient pas ca- « pables de lui arracher tin cri d'efFroi devant t< l'appareil du supplice. »

Cette pétition ne.fut pas écoutée ; mais Ibrd Lovât^ qui avait tant feil pour prolonger un souffle de vie, vit approcher sa dernière heure avec une sorte de gaité philosdphil^uc. Il n'y eut aucune circonstance qui ne fut pour lui un 'texte de bons mots et de remarques plaisantes. On lift apprit qu'un échafaudage, s'étant écroulé près du lieu de l'exécution , avait tué ou blessé pluslei;t*s person-* nés : u Plus il y a de mal , dit-il , plus la partie est amusante n; réfletion qu'il rendit sous la forme d'un ' proverbe , pour éviter toute apparence d'^pertume. Il deitianda un prêtre catholique et l'obtint ; mais cet acte religieu^ ne lui dta rien de son hilarité.Il répondit, cQmnieBalmerino: ic Vive le- roi Jacques! » an' ta Vive le rdi'Georgesl »du gouverneur dé la Tdur. Il promena'un regard calme sur la foule, çt puis sçir l'éfebiifaud, où deux personnes l'aidèrent à inonterâ cause de &es infirmités. Là , ayant ôté ses habits ,

comme ^ c'eût été pour se ipetlre ;iulît^ il |^:<)- XiODça à haute voi^ ce yef3 d'Horace :

« DtLCE ET BEGOKra FBO FAtUA MORI ,

« Il est doux , il est beau de mourir pour sa patrie. •

Heureux en effet s'il s'était réellement persuadé qu'il périssait en martyr patt^ate ! car quelle mort plus belle, même sur Técl^faudl 3oit que lord Loy^t ;^e fût fait cette illusion^ et qqe J'esprit de parti ait exagé;*é se;s vices, soit qxi'il ne jouât qu'un dernier rôle nouveau, ^vant .4e.iBourir , li posa tranquillement sur le l^iMpt sa tête oct^gélia<i;re , ^qui £ut tranchée d'u^ seul coup.

Peu» mois auparavi^t avait eu lieiji à/^arUsle mêtpe l'exécutjiôn des olEqiers^ a laquelle »t'auteur d,e ff^werlejr nous fait assister avec Flo?ra Mac- If or. Qx^ affecta de faire jug^r les !Elcossai& p^r un jury anglais ^ pour qu'il y eût une vengea^ce dépeuple à peuple daps leur co^damoation. Un France fut compris . parmi le» vict^nes, doni le ^QH^b^e éqijùval^t à ^uju dautoiftenlÂor.

4 York^ 9^ le sang jacobite coulfi ég^eipent, le clergé anglican moptr^ s^i c< loya\i.t;é jp da^ la chaire avec une lureur digne de ces Puritains qui, à une époque de faijiati^me, trouvaient dans l'Ëqriture-Sainte des sientences de mort en stjrle mysjt^que : le chapelain delà prison 4>réc^a de-

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vaut led jugi^s tin sçrmon dont le iètie incHqtie raffisaoûfETiènt rinténiiob;

« Moïse dit aux juges d'Israël ; Tuez tout homme qui s'est joint à Baple Phégor. v Nombres XXFy verset 5.

Au milieu de rannéé. 1747 , on proclama um acte' d^amnislie^ c'était uqé éérision; et cependant 8b personnes étaient encore exceptées.

Quelques iiistûriens' ont confondu lord Qeôrges Mùrray aVec le traître John Murray do Broughton* (i). La fidélité de lord Georges aVaiit été soupçonnée, il est vrai, par Charles- Edôiiard; mais ce prince lui rjéncfit plus de juâU(^e'après soii retour en France. Lord Greorg<&s pàryint à fuir siir le contineqt, et mourut à: lifedenblinck , en Hollande ( 1 760 ).

La trahison de John Murray devint , conime on pense bien, un texte fécond d'imprécations en Ecosse : on lé surnomma le' Judas des Jacohites. Il y'a, dans quelques lineà des 'ballades populaires qui flétrîrénJt son noîn, i^ie causticité «triviale, mais dont Texàgération énergique exprime paiv fois poétiquement la haine qu'il inspir^. Une, de CCS pièces satiriques , qui associe dans un titre et

^1) Le continuateur du P. d'Orléans enire auUcs a Lâli la-dessus une de ses fables. .

un cadre commuiis* le duc de Gnmberland et Marray^ les suppose tous les deux ^ par anticipation y descendus aux enfers. Murray cherche en yain à laver ses mains sanglantes dans les flammes sulfureuses des infernales demeures; il se rend presque redoutable à Satan lui-nnéme y tant est noire sa méchanceté diabolique. Il lui vole son trident^ ses instruments de torture, et « la dorure de son pupitre » ; il arrache de ses mains brûlantes les ctiartes du Tartarç ; enfin il allait lui dérober les a bottes n dont sa majesté infernale chausse ses pieds fourchus pour traverser réterneUe mer de. feu ^ si Satan ne Tavait arrêté. Les esprits les plus noirs s'éloignaient de ce scélérat^ les damnés ne voulaient pas « rôtir yy auprès de lui^ lorsque Iç 4uc sanguinaire arrive au rendez- vous 9 et les deux « gras bouchers» s'éprouvent l'un Vautre. « A leurs rugissements le sombre bourreau de l'enfer s'étonne, tous les diables suspendent leurs Fonctions ; l'un rôtissait les Whigs comme des galçttes, l'autre lardait un ininlstre presbytérien devenu maigre à force de s'épuiser par la prière et par le jeune. «Qu'on fasse un pâté avec la pâte iufernalè ! » s'écrie Satan : le duc est pétri et cuit au four^ la nappe noire est' mise, le bénédicité des démons est dit, les démons aflamés . s'asseyent à table, et, dévorent

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ce repas livré à leurs dents avides. Mais 6*cst un poison poar ces affreux convives, La chienne qui garde la porte du palais de Satan, ayant lappé la sauce, en est dans les convulsions j^ses petits, ayant leté leur mère en ce moment, crèvent à ses mamelles^ et le ver rongeur des damnés, qui ne saurait mourir, se flétrit et cesse de mordre, etc. >^

Le duc cle Cumberland^ avait pour se consoler de ces malédictions de la muse jacobite, les chansons où il était comparé aux plus grands héros des temps anciens et modernes j car la victoire a dans tous les partis ses courtisans et ses poètes. Les doches sonnèrent aussi pour lui dans les églises presbytériennes d'Ecosse; l'aie coulait en fontaines snr tes places publiques pour célébrer la défaite du papisme et le triomphe des libertés nationales. Le clergé ne se refusa pas à lire en chaire la proclamation de mort contre les rebelles et leurs adhérents: des' félicitations étaient ^dressées de toutes parts au roi Georges et à son: illustre fils. Londres eut ses fêtes civiques comme Edimbourg ; et le parlement^ çstimant la gloire du duc au prix de l'or , vota vingt-cinq mille livres sterling dé rente pour être ajoutées^ à son revenu.

C'est, ainsi qu'en attendant les Jourches eau^ dînes de Closterseven, fut récompensé le petit'neveu du roi illégitime, pour avoir ptesqucL

réalisé dans les Highlands le vœa da r6i' décha ^ qoi^ lorsqu'il n'était que dac dTork^ avait Toola condamner l'ancienToyaukne de ses péresrà n'éCre plos qu'un yaste cioietière. La première pierre d'un édiQce élevé dans un comté du ifoid l'anpée de la victoire dé CuUoden , portait cette inscription 2

Çuiiemas, CumbrUs dax, nobis base otia fecit

Âo dac de Gumberland nous devons ce repos.

A ce repos^ fruit du sang écossais, et célébré ainsi dans la langue de Virgile et de Tacite, on pouvait appliquer la phrase de l'historien des tyrans de Rome : Solîtudinemfaciunt elpacem appellant « Ils créent autour d'eux la solitude et rappellent la paix... » Tel fut sans doute le sen-* tlment d'un historien d'ailleurs favorable à la maison de Brunswick, le célèbre SraoUét , lorsque, rappelé par ses souvenirs d'enfance dans sa patrie, il écrivit d'inspiration son odçtouclxgnte des Larmes de la Calédonien

While tke warm bldod Mews my teins^ .

And unimpçtired remembrante reigm,^ Resentment ofmy country (aie Tf^itkin my filial brest shall beat ; And spite of lier Insulting foe M y sympaUiizing verse shall ftoxv ;

D£ Ctt.VRLES-ÉDOUARD. 877

Mourn; hapiess Caledonia, moam

T^ banUhedpsiioef thy ioKtre^s tanti (r)*

Qui blâmera SmoUet de déplorer le sort de r^cosse^ si le premier bien pour une nation^ c'est d'abord d'être une nation? ' *

(1) Tant que le 8an^ animera mon çcenr, Au souvenir de TÉcosse fidèle > <• - Ce cœur ému palpitem pibnr dAe ^ £t iBauëirtt le nom^ de son ttf iiiquetir.

Ha triste muse ose b'rater Pontrage :

Quel e9t ton sort 9 ô maHletrreux pays f Tu'dbis gémir sur tés lauriers flétris; On t'a donné là pais: de {'esclavage.

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