LE ROI PLANTE SON ÉTENDARD
gouverneur de Portsmouth, s'était déclaré en sa faveur ^ Les Cavaliers se levaient de toutes parts ; ils se répandaient dans les campagnes, entraient de force dans les maisons des amis du Parlement, enlevaient l'argent, les chevaux, les armes, et arrivaient à York déjà fiers de leurs victoires et de ce facile butin. Charles comprit que de tels désordres feraient grand tort à sa cause, et pour les réprimer, tout en excitant le zèle des royahstes, il parcourut en personne les comtés d'York, de Leicester, de Derby, de Nottingham, de Lincoln, convoquant partout la noblesse, la remerciant de sa fidélité, l'exhortant au bon ordre, à la prudence ; plus actif, plus affable qu'il n'avait coutume de paraître, soigneux même de parler au peuple, et protestant partout de son ferme attachement à la religion et aux lois du pays -. Ces rassemblements, ces discours, les gentilshommes quittant ou fortifiant leurs châteaux, les bourgeois relevant les murs de leurs villes, les routes couvertes de voyageurs armés, les milices s'exerçant chaque jour, tout offrait l'aspect de la guerre déclarée, tout en faisait naître, à chaque instant et sur tous les points du royaume, l'envie et l'occasion. Déjà même le sang avait coulé en plusieurs rencontres, plutôt des rixes que des combats ^ Déjà le Roi, par deux tentatives, qui échouèrent, surles
Clarendon, Ilist. ofthe releïï., t. IV, p. 243 etsuiv. — parliam. Hist.,t.ll, col 1440.
2 Mav, Hi^t. du Long Parh, t. II, p. 40-41, 55, dans ma Collection.— Clarendon, Hisl. ofthe rehell., t. IV, p. 216 et suiv.
» May,Hwt. du Long Parlât. II, p. IC— Wbitelocke, p. 59.
A NOTTINGHAM (23 août 1642). 375
places de IIull et de Coventry, avait donné sujet au Parlement de lui imputer la première agression \ L'un et l'autre parti redoutaient également ce reproche, prèls l'un et l'autre à tout risquer pour soutenir leurs droits, mais tous deux tremblant d'avoir à répondre de l'avenir. Le 23 août enfin, Charles résolut d'appeler officiellement ses sujets aux armes, en plantant à Notlingham l'étendard royal. A six hem'es du soir, sur le sommet de la colhne qui domine la ville, escorté de huit cents chevaux et d"un faible corps de milice, il fit d'abord lire sa proclamation. Déjà le héraut avait commencé; un scrupule s'éleva dans l'esprit du Roi; il reprit le papier, et, sur son genou, corrigea lentement phisieuis passages, puis le rendit au héraut, qui lut avec peine les corrections. Les trompettes sonnèrent, l'étendard approcha, portant pour devise : «Rendez à César ce qui appartient « à César. » Mais on ne savait où l'attacher, ni comment se passait jadis cette antique forme de la convocation des vassaux par le suzerain. Le temps était sombre; le vent soufflait avec violence. On dressa enfin l'étendard dans l'intérieur des murs du château, au haut d'une tour, à l'exemple du roi Richard III, le dernier dont on se souvînt. Le lendemain le vent l'avait abattu. « Aussi, pourquoi le placer là? dit le Roi, il fallait le « mettre dans un lieu ouvert, où chacun pût en appro» « cher, non dans une prison. » Et il le fit transporter
1 Clarendon , Hts(. oftherehclL, t. IV, p. 257.— Padiow. Ilist.; t. II, col. 145G.