‹ Histoire de Charles Ier (volume 2)Chapitre 128 sur 144 · COMPLOT ROYALISTE · texte numérisé non relu

COMPLOT ROYALISTE

du service, il sortit précipitamment avec les principaux de ses collègues, laissant les assistants dans un trouble égal à leur igaorance et à leur curiosité *.

Après le sermon , les Chambres se réunirent, et le public apprit qu'un grand complot venait d'être découvert : plusieurs lords, disait-on, plusieurs membres des Communes et beaucoup de bourgeois de la cité y avaient pris part ; ils se proposaient d'armer les royalistes, de se saisir de la Tour, des magasins, des principaux postes, d'arrêter les chefs des deux Chambres, et d'introduire enfin dans Londres les troupes du Roi. Ce même jour, 31 mai, avait été désigné pour l'exécution. Du reste, tout serait bientôt éclairci, car un comité d'enquête était nommé, et déjà on parlait de plusieurs personnes arrêtées sur son commandement «.

Dans la nuit, en elîet, et le lendemain, Edmond Waller ^ membre des Communes et poëte déjà célèbre ; M. Tompkins, son beau-frère, naguère attaché à la maison de la Reine; M. Clialloner, riche bourgeois et plusieurs autres furent arrêtés et interrogés. Tous avouèrent, avec plus ou moins de détails, un complot trèsréel, quoiqu'il n'eût pas, pour tous les conjurés, la môme étendue et le môme dessein. Les uns n'avaient songé qu'à se refuser au payemenJt de? taxes pour coa-

s Clarendon, litsl. of the rehell, t. VI, p. 66.

2 Id. ibid., p. 66.— S tate-Triah, t. IV, col. 637.

3 Né le 3 mai 1005, à Colesliill, dans le cointcdo Hertford, mort le 21 octobre 1687.

DANS LONDRES (mai-jdillet 1G43). 413

traindre le Parlement à la paix; les autres voulaient présenter aux Cliambres, en grand nombre et de concert, des pétitions pacifiques; d'autres avaient simplement assisté à quelcpics réunion?, ou concouru à la rédaction decerlames listes sur lesquelles on inscrivait les noms de tous les citoyens connus, en les distribuant en trois classes, les bien pensants , les modérés et les ennemis. Mais à travers tant d'actes d'inégale importance et de motifs différents, le complot, depuis longtemps formé, s'était aggravé chaque jour. On se souvint alors que, plus de trois mois auparavant, dans une de ces négociations si souvent reprises et rompues, \Yaller avait été au nombre des commissaires envoyés à Oxford, et que le jour de leur présentation, comme il se trouvait le dernier en ]f;ang, le Roi l'avait accueilli avec une grâce particulière, lui disant : « M. \Yaller, quoique le dernier, vous n'êtes «pas le pire ni le moindre dansma faveur'.» Depuis cette époc[ue, une correspondance assidue avait eu lieu avec Oxford; des négociants royalistes*, qui avaient fui Londres pour échapper aux poursuites des Chambres, en étaient les principaux agents; un nommé Hall habitait secrètement à Beaconsfield , chargé de transmettre les messages ; lady Aubigny, à qui le Parlement avait permis d'aller à Oxford pour ses aû'aires, en avait rapporté, dans «n petit coffre, une commission du Roi autorisant quelques-uns des conjurés à lever des hommes et de l'ar"

» Whitelocke, p. 66.

• Sir Nicolas Crisp, sir George Bcnyon. etc.

m COMPLOT ROYALISTE

gent en son nom , tout récemment enfui on avait fait dire à Hall que « le grand vaisseau était arrivé aux « dunes, » c'est à dire que tout était prêt ; et il en avait donné avis à lord Falkland, qui avait répondu : « Qu'on « se presse donc, car la guerre devient tous les jours « plus difficile à arrêter *. »

C'était plus qu'il n'en faut à la justice des partis^ et le Parlement , s'il eût voulu , eût pu en croire davantage. Saisi d'un désir honteusement passionné de sauver sa vie, Waller demandait à la racheter, n'importe à quel prix ; argent, aveux, dénonciations, il prodiguait tout, s'adrossantaux plus obscurs comme aux plus puissants protecteurs, suppliant tous les fanatiques en crédit de venir entendre l'humhle profession de son repentir, prêt à exagérer la gravité du complot, comme à Oxford peut-être il avait grossi naguère le nombre et le crédit des conspirateurs. Les lords Porfland et Conway avaient reçu de lui quelques confidences, il les dénonça; le comte de Norlhumberland et beaucoup d'autres furent compromis par ses réponses *. Quoique peu de gens se fussent portés à des actes légalement coupables, beaucoup avaient connu et approuvé ce qui se préparait. Mais le Parlement, avec une courageuse sagesse, ne voulut abuser, contre ses ennemis, ni de leur imprudence, ni de la bassesse de leur complice, et sut croire

1 State-Trials, t. IV, coL 626-631. — Clarendon, Eist. ofthe r»èell.^t. VI. p. 57-79.

* May, Hist. du Long Pari., t. II, p. 142, dans ma Collection.— Clarendon, Hist. ofthe rehell., t. VI, p. 66.

DANS LONDRES fMAi-JtriLLRT 1643). 41."

que la justice suffisait à sa sûreté. Sept personne? seulement furent traduites devant un conseil de guerre; ei sur cinq condamnés, Challoner et ïompkins subirent seuls leur arrôt. Us moururent en hommes de cœur ', mais sans se croire ni se prétendre des martyrs, témoignant même, avec une touchante sincérité, quelque incertitude sur la bonté de leur cause : « J'ai prié Dieu, a dit Challoner en montant sur l'échafaud, que si ce « dessein ne devait pas être à son honneur, il nous le « fît connaître; Dieu m'a entendu. — Je suis bien aise, « dit aussi Tompkin>, que le complot ait été découvert; « il aurait pu avoir de fâcheux résultats*. » Quant à ^Valler, condamné également, on lui fit grâce de ia vie, pour payer ses aveux, par le crédit de quelques-uns de ses parents, de Cromwell entre autres, son cousin, peut-être aussi par un reste d'égard qui s'attache encore au talent, quand même il ne sert qu'à illustrer la lâcheté*.

Quelques jours les chefs des communes se flattèrent que la découverte et le châtiment de ce complot jetteraient le trouble dans Oxford, intimideraient à Londres les royalistes, suspendraient les dissensions des Chambres, tireraient enfin leur parti des embarras où sou énergie se consumait sans fruit. Mais ces espérances furent bientôt déçues; à peine les actions de grâces

» Le 5 juillet 1643.

» State-Trials.t. IV, col. 63?-635.

» Ibid., col. 635-638.— May, llist. du Long Pari, t. II, p. 140, dam ma Collection.

m MORT DE HAMPDEN

avaient cessé de retentir dans les égli?e?, à peine avait-on prêté le nouveau serment d"union décrété au moment du péril, que le Parlement se vit en proie, au dehors à de plus grands revers, au dedans à de plus violents débats.

Le Roi avait appris sans vif chagrin le mauvais succès du complot de la cité; presque en même temps lui était arrivée la nouvelle que dans le Sud, dans l'Ouest, dans le Nord, ses généraux avaient remporté de notables avantages, et il aimait bien mieux attendre son triomphe des Cavaliers et de la guerre que d'un secret accommodement avec des bourgeois naguère opposés à tous ses conseils. Le 19 juin, un incident inattendu parut ramener sa pensée vers Londres et le Parlement. Le bruit se répandit que la veille, à quelques lieues d'Oxford, dans la plaine de Chalgrave, au milieu d'une rencontre de cavalerie où le prince Robert avait surpris et battu les parlementaires, Hampden avait été blessé : « Je l'ai vu, dit un prisonnier, s'éloigner, contre son « usage, du champ de bataille avant la fin de l'action; « sa tête était penchée, ses mains s'appuyaient sur le a cou de son cheval ; à coup sûr il est blessé. » La nouvelle excita dans Oxford une vive émotion, de curiosité encore plus que de joie ; on avait peine à croire qu'un tel homme fût si près de succomber à un coup si imprévu; on hésitait presque à s'en réjouir. Le Roi lui-même, au premier moment , ne pensa qu'à saisir cette occasion pour tenter de se concilier , s'il était possible , dans l'espoir d'une transaction pacifique, ce puissant adversaire.

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