MAUVAIS ÉTAT DE L'ARMÉE
du Parlement à rimpuissance, et assez passionné pour tout risquer en donnant cet avantage à l'ennemi commun.
Déjcà aussi, et sous l'empire des mêmes passions, naissait sans bruit une nouvelle armée. Dans ces petits combats qui, en dépit des négociations et des lenteurs entre Oxford et Londres, se renouvelaient partout chaque jour, les parlementaires, depuis l'affaire de Brenlford, avaient essuyé de fréquents revers. La cavalerie royale surtout frappait la leur d'épouvante, et la cavalerie était encore, comme aux temps féodaux, l'arme considérée et décisive. Hampden et Cromwell s'entretenant un jour de cette infériorité de leur parti : « Que voulez-vous, « dit Cromwell, vos cavaliers sont pour la plupart d'an- « ciens domestiques hors d'âge, des garçons de cabaret « et autres de même sorte ; les leurs sont des fils de gen- « tilshommes, des cadets et des gens de qualité. Pensez- « vous que des drôles de basse espèce comme les vôtres « aient dans l'âme de quoi tenir tête à des gentils- « hommes pleins de résolution et d'honneur? Ne prenez « pas mal ce que je vous dis, et je sais que vous ne le « prendrez pas mal; mais il faut que vous ayez des « hommes animés d'un esprit capable de les faire aller « aussi loin que peuvent aller des gentilshommes : « autrement, je suis sûr que vous serez toujours battus. 0 — Vous avez raison, dit Hampden, mais cela ne se « peut. — J'y puis faire quelque chose, reprit Cromwell, « et je le ferai; je lèverai des hommes qui auront la « crainte de Dieu devant les yeux, et qui apporteront
« quelque conscience dans ce qu'ils feront ; et je vous rc- « ponds qu'ils ne seront point battus *. » Il parcourut en elfet les comtés de l'Est, recrutant des jeunes gens, la plupart connus de lui et qui le connaissaient, tous francstenanciers ou fils de francs-tenanciers, pour qui la solde n'était pas un besoin ni la seule oisiveté un plaisir, tous fanatiques fiers et durs, engagés dans la guerre par conscience et sous les ordres de Cromwcll par confiance en lui : « Je ne veux pas vous tromper, leur disait-il, ni « vous faire croire, comme le porte ma commission, « que vous allez combattre pour le Roi et le Parlement : a si le Roi se trouvait en face de moi, je lui tirerais mon a coup de pistolet tout comme à un autre ; si votre con- « science ne vous permet pas d'en faire autant, allez « servir ailleurs '. » La plupart n'iiésitaient point, et à peine admis, toute mollesse de la vie bourgeoise et toute licence de la vie des camps leur étaient également interdites; astreints à la discipline la plus sévère, tenus de bien panser leurs cbcvaux, de nettoyer avec soin leurs armes, couchant souvent en plein air, passant presque sans relàdie des exigences du service aux exercices de la piété, leur clicf voulait qu'ils se dévouassent à leur métier comme à leur cause, et qu'à la libre énergie du
1 Celte conversation est rapportée dans un pamphlet du temps, intitulé: Monarchy asserled to be the hest form of government, xn a conférence at Whitehall letwcen Oliver and a Commitlce of Parliament, publié à Londres en ItJOO, in-8, p. 38.
* Memoirs of the l'rotectoral bouse, etc., par Mark Nohle, t. I, p. 271, édition de 1787.
410 COMPLOT KOYALISTE
laiiatismo s'unît en eux la fermeté ponctnelle du soldat'. Quand la campagne se rouvrit, quatorze escadrons de tels volontaires, formant un corps d'environ mille hommes, marchaient sous les ordres de Cromwell *.
Un mois se passa presque sans événements. La prise de Reading, si peu comptée à Londres, avait jeté le trouble dans Oxford, et le Roi, loin d'agir, délibérait s'il ne fuirait point. Le Parlement, embarrassé de ses dissensions, s'en occupait plus que de ses ennemis. Tantôt il essayait de donner à tous ses adhérents , violents et modérés, politiques et dévots, quelque satisfaction; tantôt des résolutions décisives, emportées à grand'peine par un parti, demeuraient sans elTetet comme abandonnées d'un commun accord. Les presbytériens réclamaient depuis longtemps, et on leur avait promis une assemblée de théologiens pour réformer enfin l'Église : elle fut convoquée ' : mais le Parlement en nomma lui-même les cent vingt et un membres : trente laïques, dix lords et vingt membres des Communes, leur furent adjoints avec les honneurs de la préséance; des ecclésiastiques d'opinions foii diverses y furent appelés ; et, dépourvue d'autorité comme d'indépendance , l'assemblée n'eut pour mission que de donner son avis sur les questions que les Chambres, ou l'une d'elles, jugeraient à propos
' Whitelocke, p. 68. — Mercurius pragmaticus, numéro du 30 mai JG48. — Bâtes, Elencliusmotuumnuperorum, part. II, p. 220.
a Maj, Hist. du Long Pari., t. II, p. 199, dans ma. CoUeclion.
s Par une ordonnance du Parlement du 12 juin 1643, et elle ou» ▼rit ses stances le l^juillet suivant.
DANS LONDRES imai-juillet 1643) 411
de lui soumettre *. Une acciisation de haute trahison fut intentée contre la Reine, et personne n'éleva la voix pour s'y opposer; mais après (jue Pym l'eut portée à la Chambre haute', on n'en entendit plus parler. L'absence du grand sceau entravait cbaque jour l'administration de la justice et beaucoup d'affaires publiipies et privées. Pour faire cesser ces inconvénients, surtout pour s'approprier les attributs légaux de la souveraineté, les Commîmes ordonnèrent qu'un nouveau grand sceau serait préparé ^; mais les Lords s'y refusèrent, plus effrayés d'usurper les marques du pouvoir souverain que de l'exercer sans cette sanction ; et les Commîmes jugèrent prudent d'ajourner leurs instances *. Quelquefois les partis, votant ensemble avec des intentions diverses, se réunissaient dans une fausse et stérile unanimité; plus souvent, de force à peu près égale, ils se réduisaient réciproquement à l'impuissance , et semblaient attendre qu'un événement extérieur vînt les contraindre à se rapprocher ou les séparer sans retour. Le 31 mai, jour de jeûne, dans l'église de Sainte-Marguerite de Westminster, les deux Chambres assistaient au sermon ; un billet fut apporté à M. Pym, (pii se leva aussitôt; à l'oreille et à voix basse, une conversation fort animée s'engagea autour de lui, et sans attendre laf'a
* Neal, Hist. ofthePurilans, t. III, p. 43 etsuiv.
* Le 23 mai IGl.l. Ruslnvorth, part. III. t. II, p. 321. » Vers le milieu de mai l(il3.
* Parliam. Hist., t. III, col. 115, 117.— May, Ilist. du Long t. II, p. IIG et suiv.