Ô DÉMONSTRATIONS PACIFIQUES
escorter. Leur traversée dura vingt jours '. Dans cet intervalle, le Roi, mieux conseillé, publia une proclamation plus douce. Avec l'espoir reparut le désir de la paix. Le -4 août, sur la motion du comte de Northumberland, les Lords adoptèrent des propositions au Roi, les plus modérées dont on eût encore parlé; elles ordonnaient le prompt licenciement des armées, rappelaient dans lei Chambres les membres éliminés pour avoir rejoint le Roi, et laissaient du reste les questions de la milice et de l'Église à décider, dans l'avenir, l'une par un synode, l'autre par le Parlement. Dès le lendemain ils les transmirent aux Communes en leur déclarant d'un ton assez haut qu'il était temps de mettre un terme aux calamités du pays *. Surpris de cette brusque attaque, le parti de la guerre insista vivement sur le danger de perdre ainsi, pour obtenir quelques mois de relâche, le fruit de tant d'efforts et de maux déjà soufferts : en vain il demanda qu'on attendît au moins la réponse de TÉcosse : « On s'est « mal trouvé, lui répondit-on^ d'avoir rompu les négo-
» ils partirent de Londres le 20 juillet, et n'arrivèrent à Edimbourg que le 9 août suivant. (Rushworth, part. III, t. II, p. 466.)
• Dans la conférence qui eut lieu à ce sujet entre les deux Chambres (5 août 1643), l'orateur de la Chambre haute commença en ces termes : « Messieurs, les Lords pensent qu'il n'est que € trop évident, pour l'intelligence de qui que ce soit, que ce « royaume, avec tous les biens que lui avait valus une longue ei « heureuse paix, est près de tomber dans la désolation et la € détresse qui accompagnent la guerre civile, et que les hom- « mes qui devraient vouer à sa prospérité leurs cœurs et leurs € bras le mettent en péril par leurs dissensions contre na« « ture, » etc. LFarliam. Hist., t. III, col. 156.)
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« cialions d'Oxford; le petit peuple de Londres, il est s vrai, paraît disposée pousser la guerre; mais il est « clair que les citoyens riches et notables n'en \cnlent « plus, car ils se refusent à de nouveaux emprunts pour « la soutenir. Quel mal y a-t-il d'ailleurs à adresser au « Roi des propositions raisonnables? S'il les accepte, « nous aurons la paix; s'il les repousse, son refus nous « vaudra plus d'hommes et d'argent que n'en lèveraient « jamais toutes vos ordonnances. » 11 fut décidé, par quatre-vingt-quatorze voix contre soixante-cinq, que les propositions des Lords seraient prises en considéralion'.
Un trouble violent s'empara du parti; la paix ainsi recherchée, au milieu des revers, n'était pas une transaction, mais une défaite ; elle laissait tous les intérêts publics et privés en proie aux plus vives craintes, et déjouait dans leurs espérances les patriotes qui souhaitaient une plus large réforme, les ambitieux qui voulaient une révolution. On résolut de tout faire pour la repousser. Le 6 août au soir, quoique ce fût un dimanche, le lord maire Pennington, que les proclamations du Roi avaient exclu de toute anmistie, convoqua le conseil commun de la cité; et le lendemain une pétition menaçante somma les Communes de rejeter les propositions des Lords et d'adopter à la place une ordonnance dont l'alderman Atkins^ porteur de la pétition, présentait en
1 ParUam. Hist.,t. III, col. 156-158. — Clarondon, ifisi. of tht re'tw:.,t. VI, p. 178-182.
i'28 DÉMONSTRATIONS PACIFIQUES
même temps le modèle*. Un peuple immense, averti par de petits pamphlets, répandus la \eille dans tous les quartiers, appuyait ce vœu de ses cris. x\rrivés à Westminster à travers cette émeute, les Lords s'en plaignirent sur-le-champ aux Communes, déclarant qu'ils s'ajournaient au lendemain et s'ajourneraient encore si justice n'était faite de tels attentats. Mais les Communes avaient déjà remis les propositions de paix en délibération; après un long débat, quatre-"\'ingt et une voix se prononcèrent encore pour les accueillir, soixante-dix-neuf seulement pour les repousser. Le tumulte fut au comble : au dehors le peuple criait qu'il ne s'en irait pas sans une bonne réponse ; au dedans les adversaires de la paix réclamaient avec violence une nouvelle épreuve, soutenant qu'on s'était trompé et qu'ils ne se laisseraient pas ainsi jouer. On céda. La Chambre se divisa de nouveau: qùatre-vingi. et une voix persistèrent à vouloir la paix; mais les scrutateurs qui comptaient les voix pour la négative en déclarèrent quatre-vingt-huit; l'orateur proclama aussitôt ce résultat, et les partisans de la paix sortirent stupéfaits et consternés -.
Le surlendemain, 9 août, ils voulurent prendre leur revanche. Un rassemblement de deux ou trois mille femmes se forma, dès le matin, autour de Westminster, portant sur leur tête des rubans blancs, symbole de la
1 Rushworth, part. III, t. II, p. 336. (VojezlesEclaircissementt et Pièces historiques^ n° VIII.)
2 ParUam.Hist., t. III, col. 158-100.— Clarendon, ZJisi. of the rebdl.t. VI, p. 182-1&4.
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paiv, nt la doniandant en ciïct par une pétilion lamentahle '. Sir John Ilippisley vint leur dire « que la Chain^ « l)re désirait aussi la paix, qu'elle espérait la leur « procurer bientôt, qu'en attendant elle les invitait à « retourner dans leurs maisons. » Les femmes restèrent : à midi, leur nombre s'élevait déjà cà plus de cinq mille; quelques hommes en habits de femme se mêlèrent dans leurs rangs, et, sur leur instigation, une bande pénétra jiisipi'à la porte de la Chambre des Communes, criant : « La paix! la paix! » La garde, simple poste de milice, les engagea à se retirer ; mais les cris redoublaient de violence : « Qu'on nous hvre les traîtres « qui sont contre la paix! que nous les mettions en « pièces ! qu'on nous livre ce gueux de Pyni ! » On les repoussa jusqu'au bas de l'escalier; quelques coups de fusil furent tirés en l'air pour les effrayer : « Ce n'est que de la poudre, w dirent-elles, en assaillant à coups de i)icrres les miliciens. Ceux-ci firent alors une décharge véritable; un escadron de cavalerie arriva ea même temps et chargea sur la foule, le sabre en main : un moment les femmes s'obstinèrent encore ; elles se pressaient en tous sens i)0ur faire place aux cavaliers qu'elles accablaient, à leur passage, dimprécalions et de coups. Il fallut fuir enfin; et après quelques minutes d'un tumulte effroyable, il ne resta plus autour de Westminster que sept ou huit femmes blessées qui pleuraient et deux tuées. L'une de celles-ci, bien con-
• Voyez les Êdaircisscinents et Pivces liistori^ties, n° IX.
nue du peuple, clmntait dans les rues de Londres, depuis son enfance, les vieilles ballades du pays*.
La ■victoire était complète, mais achetée bien cher; il y avait fallu la fraude et la violence, moyens qui décrient leurs propres succès, surtout quand la réforme se fait au nom des lois et prétend les remettre en vigueur. C'était déjà un propos vulgaire qu'on n'avait rien reproché au Roi que le Parlement ne le fît à son tour. La Chambre haute était irritée; le sang du peuple avait coulé; les haines intestines commençaient à surmonter tout autre sentiment. Les meneurs des Communes furent informés qu'un certain nombre de membres, sous la conduite des principaux lords, se proposaient de sortir de Londres, de se réfugier dans le camp d'Essex, de proclamer là qu'ils s'éloignaient d'un Parlement asservi par la multitude, et d'ouvrir avec Oxford des négociations. Ce dessein échoua par la probité d'Essex qui refusa de s'y prêter, et ce fut pour le parti mi grand soulagement d'apprendre que son général ne songeait pas à le trahir '. Mais les lords Portland, Loveîace, Conway, Clare, Bedford, Holland, n'en quittèrent pas moins Londres pour se rendre auprès du Roi; le comte de Northumberland se retira dans son château de Petworth ^ : noms illustres qui, sans faire la force du Parlement, lui avaient servi d'égide et prêté leur éclat.
' Rushworth, part. III, t. II, p. 357.— Clarendon, Eist. of thê rebell., t. IV, p. 184.
= Clarendon, Hist. of the reiclL, t. VI, p. 188, 200-203. • 'Ibid.,t. III, p. 189.
Étonnés de se trouver seuls, quelques-uns des chefs bourgeois semblaient près de s'intimider; Pym luimême fut accusé de correspondance avec l'ennemi '. D'autre part, les plus violents démagogues, ks sectaires les plus fougueux, commençaient à laisser éclater leurs secrets sentiments : Jolm Sallmarsli, qui fut depuis chapelain dans l'armée de Fairfax, soutint « qu'il « fallait à tout prix empêcher le rapprochement du Roi « et du peuple, et que si le Roi ne voulait pas se prêter a à tout, on devait re\tir[)er, lui et sa race, et conférer « à quelque autre la couronne. » Le pamphlet fut dénoncé à la Chambre des Communes, mais Henri Martyn en prit la défense : « Je ne vois, dit-il, aucune raison « pour condamner M. Saltmarsh; à coup sûr, la ruine a d'une seule famille vaut mieux que celle de beau- « coup. — Je demande, s'écria sir Nevil Poole, que « M. Marlyn soit sommé de dire de quelle famille il « entend parler. — Du Roi et de ses enfants, » reprit Martyn sans hésiter*; violence jusque-là inouïe, et que le parti (jui s'y livrait était bien loin de pouvoir soutenir. Aucune nouvelle enfui n'arrivait d'Ecosse; on ignorait môme si les commissaires avaient débarqué; et clKKjue jour on craignait d'apprendre qne le Roi marchait sur Londres, ou qu'il avait mis le siège devant Glocester, la dernière place qui restât au Parlement dans l'ouest du royaume, la seule qui, gênant encore,
» Le 9 septembre 1G43. Pailiam. Ilist., t. III, col. 1G5. « Whilolocke.p.Ca.
432 ACCORD DANS LE PaKlE.MENT.
du sud-ouest au nord-est, les communications des armées royales, les empêchât d'agir partout de concert K
Les passions cédèrent aux périls; les partis jugèrent sainement de leur situation. ?>i l'un ni l'autre n'était assez fort pour écraser prom[)tement son adversaire, et demeurer en état de faire ensuite la guerre oii la paix. Au lieu de chercher leur salut, les modérés dans la faiblesse, les fanatiques dans la frénésie, les premiers comprirent qu'avant de traiter il fallait vaincre, les seconds que pour remporter la victoire, c'était à eux de servir, à leurs rivaux de commander. Toute méfiance fut suspendue, toute ambition ajournée. Un comité où siégeaient quelques-uns des plus chauds partisans de la guerre ' se rendit auprès d'Essex % l'informa des mesures qu'on venait de prendre pour recruter et pourvoir de tout son armée, lui demanda ce qu'il souhaitait encore, remit enfin en ses mains le sort de la patrie, avec les plus éclatants témoignages de la confiance du Parlement. De leur côté, le comte et ses amis se portèrent à la guerre aussi vivement que s'ils n'eussent jamais formé un autre désir * : Hollis, qui avait demandé un passe-port pour se retirer sur le continent avec sa famille, le fit
« Whitelocke.'p. G9.
* MM. 'Saint-John, Strode et Crew, auxquels fut acIjoiiilM, Pym, après que. que opposition.
' Le 4 août 1643. Journals ofthe House of Com7iwns,t, III, p. 15r — Clarendon, Ilist. ofthcrevéll., t. VI, p. 187.
* Rushworth, part. III t. II d. 201.
POUR CONTINUER LA GUERRE (août 1613). 433
révoquer et resta : partout les hommes naguère accusés de lùclieté ou de trahison étaient à la tète des préparants, des efforts, des sacrifices ; et leurs fougueux adversaires, réservés maintenant et dociles, les secondaient avec ardeur, mais sans bruit. Ils laissèrent même ordonner presque sans résistance l'exclusion de Henri Martyn et son emprisonnement à la Tour après sa dernière incartade '; tant leur résolution était ferme de tout sacrifier à ce bon accord momentané, seul moyen de salut. Une si sage conduite porta bientôt ses fruits ; tandis que Waller et Manchester formaient, chacun de son côté, une armée de réserve, les levées d'hommes, d'argent, les approvisionnements de toute sorte destinés à celle d'Esse:?, la seule qui pût rentrer promptement en campagne, s'opérèrent avec une rapidité inouïe; quatre régiments de la milice de Londres voulurent y servir; et le tîiaoût, après une revue solennelle passée à llounslov,'-Hcath, en présence de la plupart des membres des deux Cliambres, le comte partit à la tète de quatorze mille hommes, pour aller à marelles forcées au secours de Glocester, (jue le Iloi, connue on l'avait craint, bloquait ctroilenient depuis quinze jours '.
C'était bien à regret que Charles, après sa victoire, n'avait pu tenter sur Londres même ime entreprise plus décisive ; la résolution en avait été fonuée, et d'après
t LelCaoùtlt;J3. Parliam. Ilisl., t. III, col. 101 . 2 May, Ilist. du Long PaiL, t. II, p. JU,— .l/cmo; ri-s Je Ilolli^, p. IG.dans mSiCoUection.