LE ROI FAIT LE SIEGE
un plan dont le succès semblait assuré : tandis que le Roi se serait avancé de l'oLicst à l'est, lord Newcastle, vainqueur aussi dans le comté d'York, aurait marché du nord au sud, et les deux grandes armées royalistes se seraient réunies sous les m'irs de la cité. Après la prise de Bristol, Charles hc hâta d'envoyer à lord Newcastle un de ses plus fidèles serviteurs, sir Pliili[)pe Warwick, pour lui faire part de ce dessein et l'engagcir à se mettre en mouvement. Siais les grands seigneurs attachés au parti du Roi n'étaient pas dés généraux qu'il pût faire agir à son gré : ils avaient reçu de lui leur commission, non leur pouvoir; et contenls de soutenir sa cause dans les lieux où s'exerçait leur inflncnce, ils se souciaient peu de perdre, en se déplaçant, leur indépendance avec leurs moyens de succès. Newcastle, fier, magnifique, aimant la pompe et le loisir, craignant la fatigue et l'ennui de la contradiction, entouré luimême dune petite cour où lelégance de son esprit et de ses mœurs attirait des hommes d'un commerce agréable, ne voulut ni s'aller perdre à Oxford, au milieu des courtisans, ni se trouver, dans l'armée du Roi, au-dessous d'un grossier étranger comme le prince Robert. Ai)rès avoir écouté froidement la proposition que lui portait Warwick : « Je me rappelle, lui dit-il, l'histoire du rea belle irlandais Tyrone, lait prisonnier par le vice-roi « Mountjoy et amené à la Reine Elisabeth : lorsqu'il vit, a dans les appartements de ^Yllitehall, le vice-roi à « peine remarqué, et attendant, coimix les autres, qi:e « la reine parût, il se tourna vers l'un de ses compa-
DE GLOCESTER (10 août 1643). 433
t triolcs et lui dit : — Que je suis humilié d'avoir été fait « prisonnier par un homme qui me semhlait puissant, « et qui maintenant, confondu dans la foule, se fait 0 assez petit pour attendre sur le passage d'une femme! 0 — Pour moi, tant que IIuU ne sera pas pris, je ne puis « quitter le comté d'York'. » Warwick transmit cette réponse au Roi, qui n'osa s'en plaindre. Quelques personnes lui conseillaient encore de marcher sur Londres; c'était môme l'avis de la Reine ; mais il avait peu de goût pour les tentatives hasardeuses, moins par crainte du péril que de peur de compromettre sa dignité : déjà l'année précédente, après les hatailles d'Edgehill et de Brentford, presque aux portes de sa capitale, son orgueil avait soufl'ert de se voir contraint de rétrograder. Beaucoup de hons officiers étaient d'agio du siège de Gloccster, les uns dans des vues désintéressées, les autres dans l'espoir d'un riche hulin; le colonel Wilham Legg 8e vantait uième d'avoir avec le gouverneur, Edouard Massey, des intelligences assurées *. Le Roi se décida enfin, et le 10 août, son armée, qu'il commandait en personne, vint occuper les collines qui dominaient la place, défendue seulement par quinze cents hommes d carnison cl ses habitants.
A peine arrivé, il les fit sommer de se rendre, leur donnant deux heures pour répondie. Avant ce terme.
* Mémoires de Warwick, p. 200-202, dans ma Collection. — Cl* tend<jD, Hist. of therebell., t. VI, p. 191. « CïàT^ndoD, IlUt. of the rcbell. , t. VI, p. 1G9-173