‹ Histoire de Charles Ier (volume 2)Chapitre 43 sur 144 · MOUVEMENT GENERAL · texte numérisé non relu

MOUVEMENT GENERAL

giieil du clergé leur était une offense depuis longtemps inaccoutumée; ils entendaient dire que bientôt viendrait le jour où un simple ecclésiastique vaudrait autant que le plus fier gentilliomme du royaume^; ils voyaient les évêques ou leurs protégés envahir les ciiarges publiques et les faveurs de la couronne, seul dédommagement qui restât à la noblesse en échange de son ancienne splendeur, de ses libertés, de son pouvoir. Charles, d'ailleurs, sincère dans sa dévotion au clergé, s'était promis de son élévation un ferme appui contre la mauvaise volonté du peuple ; et bientôt la disposition à censurer la conduite ou à redouter les desseins du gouvernement devint universelle ; le mécontentement monta des ateliers de la cité jusque dans les salles de AYhitchall.

11 se manifestait dans les classes supérieures par un dégoût de la cour et une liberté d'esprit jusque-là i/xconnue. Quelques grands seigneurs, et les plus estimés, allèrent vivre dans leurs terres, voulant témoigner leur désapprobation par leur éloignement. A Londres et auprès du trône, l'esprit d'indépendance et d'examen pénétra dans des réunions naguère serviles ou frivoles. Depuis le règne d'Elisabeth, le goût des sciences et des lettres n'était plus le partage exclusif de ceux qui en faisaient leur profession ; la société des honnncs distingués de toute sorte, philosophes, lettrés, poètes, artistes, et les plaisirs d'une conversation spirituelle ou savante,

* Neal, Hist. of the Purit., t. II, p . 251. •

DES ÏSPRTTS (1630-1636). 205

avaient été recherchés par la cour comme un éclat nouveau, par les gens du monde comme un noble pa?sctcmps : mais aucun besoin d'opposition ne s'associait à 8e tels rapprochements; c'était môme la mode, soit qu'ils eussent lieu dans quelque taverne fameuse ou dans la maison d'un grand seigneur, d'y tourner en dérision l'humeur morose et la résistance fanatique dus non-conformistes rehgieux, déjà connus sous le nom de puritains. Les fêtes, les spectacles, les débats littéraires, un agréable échange de flatteries et de bienfaits, telles étaient les seules pensées d'une société dont le trône était communément le centre et toujours le protecteur. Il n'en fut plus ainsi sous le règne de Charles : les réunions des lettrés et des gens du monde continuèrent; mais on y traita des questions plus graves, et on les traita loin des yeux du pouvoir, qui s'en serait offensé. Les affaires publiques, les sciences morales, les problèmes religieux y furent le texte des conversations ; elles étaient brillantes et animées, et reclierchées avec ardeur par les jeunes gens qui revenaient de leurs voyages ou qui étudiaient les lois dans les écoles du Temple, par tous les hommes d'un esprit sérieux et actif à qui leur rang ou leur fortune permettait le loisir. Selden leur prodiguait les trésors de sou érudition; Ciiillingworll/ les entretenait de ses incertitudes en matière de foi; lord Falkland, jeune lui-même, lein* ouvrait sa maison, et ses jardins étaientcomparés à ceux de l'Académie '. Là ne se

1 Clarendon, jVmoirM, etc., t. I, p. 43-89, dana ma Collection, I Charles l'^ 12

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